Saint Jean-Paul 2
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«Ce pape est venu de plus loin qu’il ne paraît. Il est venu, comme Pierre, des rivages de la mer de Galilée, “un filet sur l’épaule et l’Évangile sous le bras”, pour nous entraîner vers de nouveaux horizons, sur les pas du Christ ressuscité, dès le premier jour, par son cri évangélique lancé comme un défi avec une force communicative, à la messe d’intronisation de son pontificat : “N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ”». Cet hommage du cardinal Poupard à Jean Paul II peut se résumer en un mot : «Grand». Grand, Jean Paul II le fut par le don de toute sa personne à l’Église pour enseigner, gouverner, sanctifier.

Dans sa dernière lettre sur Jean Paul II, Benoît XVI écrivait : «Si nous comparons ces deux histoires (celle de Léon Ier, dit Léon le Grand, et celle de Grégoire Ier, dit Grégoire le Grand) avec celle de Jean Paul II, la similitude est indubitable. Jean Paul II n’avait également aucun pouvoir militaire ou politique. Lors de la discussion sur la forme future de l’Europe et de l’Allemagne en février 1945, il a été dit que la réaction du pape devait également être prise en compte. Staline a alors demandé : “Combien de divisions le pape a-t-il ?” Eh bien, il n’avait pas de division disponible. Cependant, le pouvoir de la foi s’est révélé être une force qui a finalement détruit le système soviétique en 1989 et qui a permis un nouveau départ. Incontestablement, la foi du pape a été un élément essentiel de l’effondrement des pouvoirs. Et donc, la grandeur qui est apparue dans Léon Ier et Grégoire Ier est certainement également visible1

Pourquoi «le Grand» ?

Il y a des papes qui ont été de grands saints. Je pense à saint Martin Ier, pape de 649 à 653, mort martyr pour avoir, contre l’empereur Constant II, condamné avec Maxime le Confesseur la thèse du monothélisme2. La brutalité des tortures, les injures et les outrages qu’il eut à endurer témoignent d’une sainteté et d’une force surnaturelle peu courantes. On pourrait aussi penser à Grégoire VII (1073-1085), le grand pape de la réforme grégorienne, qui combattit les mœurs dépravées de son époque et affermit la papauté. On pourrait en nommer plusieurs autres. Seuls parmi les 265 papes qui ont accédé au siège de Pierre, Léon Ier (440-461) et Grégoire Ier (590-604) ont reçu après leur nom l’extension «le Grand». Qu’ont-ils fait de «grand» ?


Seuls parmi les 265 papes qui ont accédé au siège de Pierre, Léon Ier et Grégoire Ier ont reçu après leur nom l’extension «le Grand».


Au temps où Léon Ier accède à la papauté, le 29 septembre 440, l’Empire est aux prises avec les Barbares, aussi bien les Huns d’Attila que les Vandales de Genséric. Léon fut un admirable docteur de la foi : non seulement il prépara minutieusement avec l’évêque d’Alexandrie Flavien la doctrine de l’Incarnation que le concile de Chalcédoine (451) allait proclamer en définissant la dualité des natures dans le Christ – vrai Dieu, vrai homme –, mais il purifia l’Église de tout le monophysisme qui, depuis Eutychès, y traînait. S’affirmant maître du concile – et supplantant ainsi l’empereur –, Léon ler unifia l’Église sous la seule autorité du pontife romain. Tandis que l’Empire tentait d’établir l’unité de son gouvernement dans Constantinople, l’action du pape Léon porta ses fruits quand, forcé de se replier sous la poussée des Barbares, l’empereur abandonna Rome.

L’Empire d’Occident disparut le 4 septembre 476, quand Odoacre déposa Romulus Augustule. Léon Ier était mort, mais un autre, encore diacre, releva la charge et maintint la continuité de Rome comme siège de la papauté. Il s’appelait Grégoire. Né en 540, il fut nommé en 573 préfet de la Cité, la plus haute dignité civile à Rome. Il présidait le Sénat, la cour suprême de juridiction civile, qui siégeait à soixante kilomètres de la capitale. Il avait la charge d’approvisionner Rome, de veiller aux aqueducs, aux égouts et de surveiller le lit du Tibre. Il habitait à Rome et en avait la responsabilité financière. En 574, il vendit son patrimoine de Sicile et fonda six monastères, donnant aux pauvres ce qui restait et ne gardant pour lui que la maison paternelle, située sur le mont Cælius.

Pendant quatre ans, Grégoire vécut sa vie monastique. En 578, le pape Pélage, désirant l’élever à une charge plus importante dans l’Église, l’ordonna diacre et, l’année suivante, il l’envoya comme apocrisiaire (nonce) à Constantinople. À son retour, Grégoire demeura diacre, mais il fut immergé dans les affaires romaines. Il les géra de 586 à 590, tout en pratiquant la vie communautaire, accompagné par quatre de ses frères moines, dont Augustin, qui deviendra le premier évêque de Canterbury. En 590, une épidémie de peste bubonique attaqua Rome. Le pape Pélage en mourut. Le clergé de Rome élut immédiatement Grégoire comme pape, alors qu’il n’était que diacre. La confirmation impériale de l’élection papale arriva le 3 septembre, et Grégoire fut immédiatement consacré à la Basilique Saint-Pierre.

De 590 à 604, Grégoire gouverna l’Église comme évêque de Rome. Il passa tout son pontificat «parmi les épées des Lombards», jamais sûr que les ducs lombards et la complicité des rois ne réduiraient pas la Ville sainte à l’état de plaine désertique. Il vit de ses yeux des chrétiens enchaînés par le cou comme des chiens, vendus comme esclaves en Gaule ; ses oreilles entendirent les lamentations des paysans arrachés à leurs terres de Campanie et mendiant leur pain. Comme évêque de Rome, il dut s’occuper de toute l’administration de la Ville ; comme pape, il dut gouverner toute l’Église. Il sauva la Cité et, en même temps, il affermit pour toujours le siège du Pontife suprême, celui qui possède les clés de saint Pierre. Ce qui ne l’empêcha pas d’être l’un des plus grands moralistes de son époque, moraliste dont saint Thomas d’Aquin s’inspira abondamment.

À rapprocher ces deux biographies, une ressemblance apparaît. Léon, devenu «le Grand», fut non seulement un saint, mais un grand docteur de la foi, non seulement un grand pape, mais un roc sur lequel l’Église apostolique et romaine trouva sa continuité et sa tradition. Elle s’enracina dans la crypte des saints apôtres Pierre et Paul, vainquit toutes les puissances politiques romaines et barbares. Rome devint la Ville éternelle, le siège de la papauté, et elle le demeure. À l’aube du troisième millénaire, ce n’est pas anecdotique.


En l’an 2000, celui qui n’avait «aucune division» avait vaincu ! Le 9 novembre 1989, le système soviétique s’effondra avec la chute du mur de Berlin.


Un autre homme, un Polonais de souche, quitta sa chère Cracovie pour s’installer dans la Chaire de Pierre. Lui aussi, docteur de la foi, fut un homme d’une prudence politique surnaturelle, et il vainquit non pas les Barbares, mais l’un des systèmes idéologiques qui couvrait déjà la moitié de l’Europe et qui ambitionnait de devenir le modèle humaniste du troisième millénaire. Mais, en l’an 2000, celui qui n’avait «aucune division» avait vaincu ! Le 9 novembre 1989, le système soviétique s’effondra avec la chute du mur de Berlin. Pas plus que Léon Ier, ce pape n’avait d’armes ; pas plus que Grégoire Ier, il n’entreprit une lutte politique. Mais en homme venu de l’Est, en homme habitué à reconnaître les ruses du mensonge, celui qui fut l’homme à abattre – rappelons-nous l’attentat du 13 mai 1981 – devenait, par la force de sa foi, vainqueur de celui qui le nommait son plus grand «ennemi», le personnage politique qui occupait le Kremlin. Le politique perdit, et l’homme de l’Église romaine gagna ! Espérons qu’un jour, le titre bien mérité de Jean Paul le Grand lui sera donné.

Docteur de la foi

L’œuvre de tout évêque dans l’Église s’énonce en trois mots : enseigner, sanctifier, gouverner. Le pape est d’abord évêque de Rome, et c’est à ce titre qu’il devient pape, successeur de Pierre, à qui le Christ donne la mission d’enseigner : «Allez donc, faites des disciples» (Euntes ergo docete omnes gentes, πορευθεντες ουν μαθητευσατε παντα τα εθνη, Mt 28, 11) ». Faire des disciples, c’est enseigner. En ce qui concerne Pierre et ses successeurs, la recommandation contient une obligation qui lui est personnelle en tant que chef de l’Église : «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment, mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31-33). Non seulement il est demandé aux successeurs des apôtres d’enseigner afin de transmettre ce qu’ils ont appris du Christ, mais la promesse faite à Pierre de l’infaillibilité de sa foi s’accompagne de l’obligation d’être pour ses frères – les successeurs des apôtres – la règle prochaine de la vérité de la foi.

Cette obligation, Jean Paul II l’a acceptée, ô combien !, de toute son intelligence et de tout son cœur : 14 encycliques, 15 exhortations apostoliques, 11 constitutions apostoliques et 45 lettres apostoliques.

Les encycliques sur le mystère de Dieu

Une encyclique est l’acte du magistère ordinaire par lequel s’exerce le magistère authentique du pape. Si habituellement elle ne sollicite pas l’obéissance de la foi, elle sollicite plus qu’un religieux respect, elle demande «un assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence3». Les encycliques de Jean Paul II contiennent en peu de pages toute la synthèse de la foi de l’Église telle qu’elle nous est parvenue depuis deux mille ans et telle qu’elle doit s’appliquer à la pensée moderne.


Les encycliques de Jean Paul II contiennent toute la synthèse de la foi de l’Église telle qu’elle nous est parvenue depuis deux mille ans et telle qu’elle doit s’appliquer à la pensée moderne.


En premier, les encycliques sur le mystère de Dieu : Redemptor hominis (4 mars 1979) sur le mystère de l’Incarnation, celui par lequel le Verbe incarné pénètre la nature de chaque homme, se l’approprie en quelque sorte pour le rendre capable d’une vie divine et l’institue comme une «personne» sujet responsable d’un nouveau lien avec le Père. Cette encyclique, qui donne la ligne pastorale du pontificat, fut rapidement suivie d’une autre, Dives in misericordia (30 novembre 1980), qui nous enseigne le mystère de Dieu, le mystère du Père, principe de la relation trinitaire du Fils et de l’Esprit. Or le mystère du Père nous est révélé par le Fils, qui nous le manifeste comme «amour et miséricorde» (n°3). Toute l’encyclique porte sur la révélation de la miséricorde, non seulement celle de la compassion, non seulement celle de Dieu envers l’homme pécheur, mais celle qui est ontologiquement un attribut divin qui «définit» le Père en tant que «Donateur» du Fils.

Cette surabondance d’amour que l’évangile de Jean nous révèle (cf. Jn 3, 16) constitue le don absolu du Père. Le Fils qui devient homme fut, depuis sa naissance jusqu’à la croix, la révélation du Père source de toute miséricorde : «La croix est le moyen le plus profond pour la divinité de se pencher sur l’homme et sur ce que l’homme – surtout dans les moments difficiles et douloureux – appelle son malheureux destin» (n° 8). Cette donation du Fils satisfait toute justice, laquelle n’aurait jamais pu s’accomplir sans le trop grand amour du Père. Cette manifestation de l’amour de miséricorde, il appartient à l’Église d’en donner le témoignage «en la professant comme vérité salvifique de foi nécessaire à une vie en harmonie avec la foi, puis en cherchant à l’introduire et à l’incarner dans la vie de ses fidèles, et autant que possible dans celle de tous les hommes de bonne volonté» (n°12).

Il fallait s’y attendre, le triptyque se termine par l’encyclique sur l’Esprit Saint Dominum et vivificantem (18 mai 1986). Elle est certainement l’encyclique la plus difficile et la plus mystique. Elle est désignée par Jean Paul II lui-même comme le rappel de la perfection de la vérité révélée concernant le mystère de Dieu et celui de «notre salut accompli dans le Fils envoyé par le Père» (n°1). Si le Fils est la Personne envoyée comme révélation du Père surabondance d’amour et de miséricorde, l’Esprit est la Personne Don. «Le Père, par la puissance de sa paternité, envoie l’Esprit Saint comme Il a envoyé le Fils, mais en même temps, Il l’envoie en vertu de la puissance de la rédemption accomplie par le Christ – et en ce sens, l’Esprit Saint est envoyé aussi par le Fils» (n°2). Mais comment est-Il envoyé ? Il est envoyé comme la Révélation du Don que Dieu fait de Lui-même, pour le salut des hommes. Non seulement, Dieu envoie le Fils comme incarnation de son amour et de sa miséricorde qui, par la croix, accomplit toute justice, mais dans l’Esprit, Il se manifeste comme Don de Lui-même.

L’envoi de l’Esprit Saint ne dit pas seulement de l’homme qu’il est «à l’image de Dieu», il témoigne à l’homme qu’il est fait porteur d’une vie nouvelle, qu’il est plus que l’image, qu’il est lui, homme, «don de Dieu». Il vit de l’Esprit, la Personne qui éternellement est le Don réciproque du Père et du Fils dans l’échange continuel de leur connaissance et de leur amour. Au baptême, l’Esprit repose sur le Christ-Messie, il le conduit au désert, guide sa prédication, sanctifie son ultime sacrifice, l’offre au Père. C’est ce même Esprit qui, aux jours de la Résurrection, est soufflé sur les Apôtres. Transformés par l’Esprit, ils reçoivent la puissance de cette vie nouvelle par laquelle chaque personne humaine devient capable d’un don radical et absolu d’elle-même Ainsi l’Esprit complète la Rédemption. «La Rédemption est accomplie pleinement par le Fils comme l’Oint qui est venu et a agi par la puissance de l’Esprit Saint, s’offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la croix. Et cette Rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes – dans l’histoire du monde – par l’Esprit Saint qui est l’“autre Paraclet”»( n°24).

Les autres encycliques

Il y eut aussi les encycliques sur la Mère de Dieu, Redemptoris Mater (25 mars 1987), les encycliques sur la réalité du travail, la première, que l’on peut qualifier de révolutionnaire, Laborem excercens (14 septembre 1981), puis Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), en rappel de l’encyclique de Paul VI Populorum progressio (26 mars 1967) et Centesimus annus (1er mai 1991), qui célèbre le centième anniversaire de l’encyclique Rerum novarum (15 mai 1891) de Léon XIII.

On ne peut passer sous silence les grandes encycliques sur la vie morale, Veritatis splendor (6 août 1993) qui, pour la première fois dans l’Église, enseigne le mode de procéder d’un raisonnement éthique, et Evangelium vitæ (25 mars 1995) sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine. Écrite dans un style d’une fermeté sans défaut et d’une doctrine rigoureuse, Evangelium vitae dénonce les contradictions paradoxales de celui «qui ne reconnaît comme seul sujet de droits que l’être qui présente une autonomie complète», tout en proclamant que «l’homme est un être indisponible» (n°17). Cette encyclique qui, d’un ton grave et solennel, maintient l’inviolabilité de la vie humaine de la conception à la mort amena le Saint-Père à user de son autorité et de son infaillibilité pour affirmer : «Par conséquent, avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec tous les évêques de l’Église catholique, je confirme que tuer directement et volontairement un être humain innocent est toujours gravement immoral. Cette doctrine, fondée sur la loi non écrite que tout homme découvre dans son cœur à la lumière de la raison (cf. Rm 2, 14-15), est réaffirmée par la Sainte Écriture, transmise par la Tradition de l’Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel» (n°56). Paroles fortes que l’on ne peut infirmer sans trembler !

On ne pourra non plus oublier la grande encyclique Fides et ratio (14 septembre 1998), qui montre la nécessité d’une philosophie de la vérité comme instrument dans le discours sur la Vérité révélée.


Oui, nous pouvons l’affirmer, Jean Paul II fut un grand Docteur de la foi pour notre temps.


L’enseignement de la foi ne va pas chez Jean Paul II sans un regard sur le monde des Églises orientales : Slavorum Apostoli (2 juin 1985), qui rappelle l’apostolat de Cyrille et de Méthode, et Ut unum sint (25 mai 1995) qui, dans le sillage du concile Vatican II, exprime l’engagement de toute l’Église à poursuivre la voie de la recherche œcuménique, afin de se mettre à l’écoute du Seigneur dans la lecture des «signes des temps».

Oui, nous pouvons l’affirmer, Jean Paul II fut, dans la ligne d’Irénée de Lyon, d’Origène, des Pères cappadociens, de Jean Chrysostome et de Jérôme, sans oublier Augustin d’Hippone et Thomas d’Aquin, un grand Docteur de la foi pour notre temps.

Un pasteur qui sanctifie son peuple

Jean Paul II ne s’est pas contenté d’enseigner Urbi et orbi, il s’est occupé du peuple de Dieu qu’il devait sanctifier par la voie sacramentelle. Les exhortations apostoliques qui découlent des synodes contiennent toute une théologie sacramentelle, que ce soit sur le mariage et la famille dans Familiaris consortio (22 novembre 1981), suivie de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem sur la dignité de la femme (15 août 1988), de Reconciliatio et pænitentia (2 décembre 1984) sur le sacrement de la réconciliation, de Pastores dabo vobis (25 mars 1992) sur le sacrement de l’Ordre, de Pastores gregis (16 octobre 2003) sur le ministère épiscopal, d’Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003) sur le sacrement de l’Eucharistie, la dernière, deux ans avant sa mort.


Jean Paul II savait aussi se rendre proche des différentes situations humaines, d’abord celle de la souffrance qui atteint tout homme.


Jean Paul II savait aussi se rendre proche des différentes situations humaines, d’abord celle de la souffrance qui atteint tout homme et qui suscite les vocations diverses d’aide à ceux qui sont dans la douleur, intitulée Salvifici doloris (11 février 1984), celle sur les laïcs qui œuvrent dans l’Église, intitulée Christifideles laïci (30 décembre 1988), celle sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église, intitulée Vita consecrata (25 mars 1996), celle sur la vie des religieux et religieuses, intitulée Redemptionis donum (25 mars 1984), celle sur les catéchistes, intitulée Catechesi tradendæ (16 octobre 1979).

Une autorité qui gouverne

Il est difficile de séparer le gouvernement d’un pape de son enseignement et de son activé pastorale. Jean Paul II, élu pape le 16 octobre 1978, retourna à la Maison du Père le 2 avril 2005 à 21h07, la veille du dimanche de la Miséricorde. Ses funérailles officielles furent célébrées le 8 avril, et il fut inhumé dans la crypte de la Basilique Saint Pierre. Béatifié le 1er mai 2011 par le pape Benoît XVI, il fut canonisé par le pape François le 27 avril 2014. Son tombeau fut placé dans la Basilique, à droite, pas très loin de l’autel de la Pièta.

Pasteur universel, Jean Paul II visita autant qu’il le put les diocèses d’Italie (146 visites pastorales), il se rendit dans presque toutes les paroisses de Rome (317 sur 322), il fit 104 voyage à l’étranger. Durant son pontificat, il célébra 147 béatifications et 51 canonisations. Il tint 9 consistoires et créa ainsi 231 cardinaux, renouvelant presque entièrement le Sacré Collège. Il convoqua 15 synodes, promulgua le nouveau Code de Droit canon des Églises latines et orientales et le Catéchisme de l’Église catholique. Il proclama une Année de la Rédemption en 1993, une Année mariale en 1987-1988, une Année de l’Eucharistie en 2004-2005. Il ouvrit le Grand Jubilé de l’an 2000. Et il ne faut pas oublier qu’il fut le créateur des Journées mondiales de la jeunesse.

On compte que, pour l’ensemble des audiences générales du mercredi, 17,6 millions de pèlerins remplirent l’esplanade de la Basilique Saint-Pierre durant les vingt-sept années de son pontificat, mises à part les audiences spéciales et les cérémonies religieuses. À lui seul, le Grand Jubilé de l’an 2000 attira près de 8 millions de pèlerins, dont 38 visites officielles et 738 audiences accordées aux chefs d’États et 246 à des Premiers ministres.

Lors de la messe solennelle de son intronisation papale, Jean Paul II commenta dans son homélie ces paroles du Christ à Pierre «Quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre mettra ta ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas» (Jn 21, 18). Voici ses paroles inoubliables :

«[…] Et Pierre est venu à Rome !

Qu’est-ce qui l’a guidé et conduit vers cette ville, le cœur de l’Empire, sinon l’obéissance à l’inspiration reçue du Seigneur ? Peut-être ce pêcheur de Galilée n’a-t-il pas voulu venir jusque-là ? Peut-être aurait-il préféré rester sur les rives du lac de Génésareth, avec sa barque et ses filets ? Mais, conduit par le Seigneur et obéissant à son inspiration, il est venu jusqu’ici.

[…]

Oui, frères et fils, Rome est le Siège de Pierre. Et sur ce Siège, de nouveaux évêques lui ont toujours succédé. Aujourd’hui, un nouvel évêque accède à la Chaire romaine de Pierre, un évêque rempli de crainte, conscient de son indignité. Et comment ne pas craindre en face de la grandeur d’un tel appel et en face de la mission universelle de ce Siège romain ? Mais, sur le Siège de Pierre, monte aujourd’hui un évêque qui n’est pas romain. Un évêque qui est fils de la Pologne. Mais, dès cet instant, il devient lui aussi romain. Oui, romain ! Il l’est aussi parce qu’il est fils d’une nation dont l’histoire, depuis ses plus lointaines origines, dont les traditions millénaires sont marquées par un lien vivant avec le Siège de Pierre, fort, ininterrompu, profondément ancré dans les sentiments et dans la vie, une nation qui est demeurée toujours fidèle à ce Siège de Rome. Oh! dessein inscrutable de la divine Providence !»

Saint Jean Paul II, priez pour nous !

Aline Lizotte

Photo : CPP / CIRIC


1 – Voir l’article : «Lettre de Benoît XVI à l’occasion du centenaire de la naissance de Jean-Paul II» (Smart Reading Press) du 22 mai 2020.

2 – Le monothélisme affirmait qu’il n’y avait dans le Christ qu’une volonté, la Volonté divine, et non une volonté humaine et une Volonté divine.

3Lumen Gentium, n° 25.

 

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