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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Pape François : quelle vision du ministère pontifical ?

Voici un compte-rendu de l’analyse proposée par Bill McCormick, S.J., dans America Magazine.

En apparence, les articles de Massimo Faggioli (historien de l’Église, professeur de théologie et d’études religieuses à l’Université Villanova, en Pennsylvanie, et écrivain collaborateur au magazine Commonweal) concernent ce qu’il considère comme deux échecs récents du pontificat de François : sa décision d’ignorer la proposition des évêques d’Amazonie d’ordonner des prêtres mariés et la création d’une nouvelle commission d’étude sur le diaconat féminin qui ne semble pas favorable à l’ordination de femmes diacres. M. Faggioli considère que cela révèle un défaut fondamental de cette papauté : «Les très importantes intuitions spirituelles de François manquent d’une structure systématique claire qui puisse être placée dans un cadre théologique et un ordre institutionnel».

Mais, sous cette apparence, on peut déceler quelque chose de plus troublant. En effet, selon Bill McCormick, le pathos est l’élément principal qui ressort malgré lui des articles de M. Faggioli. Celui-ci écrit en effet : «Il y a un risque sérieux que le pape François perde le soutien des personnes qui veulent le voir réussir. […] Beaucoup des plus fervents croyants dans ses efforts de réforme de l’Église sont désillusionnés. […] Mais ceux qui, dans les cercles ecclésiaux et théologiques, ont soutenu François depuis le début de son pontificat, se sont sentis en quelque sorte trahis.»

Le pape François

Ce sentiment de trahison rejoint la façon dont certains critiques de François évaluent le pontificat. Pour un certain nombre de catholiques américains éminents, le soutien apporté à la papauté sous les papes Jean-Paul II et Benoît XVI s’est avéré conditionnel après 2013. M. Faggioli évoque la possibilité que d’autres catholiques soient «désillusionnés» par la papauté actuelle parce qu’elle n’a pas accordé des changements que semblait promettre le concile Vatican II. Dans les deux cas, nous constatons une loyauté conditionnelle envers la papauté : ces catholiques ne soutiendront le pape que s’il promulgue leur propre programme.

La déception de M. Faggioli témoigne d’une compréhension commune de l’Église comme étant un champ de bataille féroce entre les partisans d’un programme papal et leurs ennemis, qui doivent être vaincus. On trouve ce langage lorsque M. Faggioli exprime la crainte que le pape actuel soit incapable «d’empêcher l’Église de tomber entre les mains de ceux qui se sont engagés contre le changement».

Cette vision de l’Église favorise une pensée de type apocalyptique, comme si notre époque était un kairos unique qui doit être saisi, de peur que tout ne soit perdu, comme si le Royaume de Dieu se construisait ou était ruiné à cause des actions d’une seule personne.

De plus, cette vision apocalyptique majore la tendance à exagérer la taille et la puissance de l’opposition au pape François. Il est indéniable qu’il existe une opposition vigoureuse au pape François, dont les médias sont d’ailleurs ravis d’amplifier les critiques. Une minorité qui se fait entendre est toujours une minorité, mais il est devenu facile d’oublier qu’il y a aussi des gens de bonne foi qui ont de véritables préoccupations et des questions sur la papauté de François. Il y a aussi de nombreux catholiques de bonne foi qui ne sont pas d’accord avec certaines des prescriptions politiques que M. Faggioli préconise.

L’Église américaine est confrontée à un sentiment croissant que le pape est un responsable politique que l’on soutient lorsqu’il est favorable à votre programme ou du moins lorsqu’on a les mêmes ennemis. Ce qui semble s’éroder, c’est le sentiment que la fonction pontificale elle-même mérite respect et révérence, quel que soit celui qui l’occupe.

La papauté, comme toute fonction de direction, ne doit pas être utilisée à des fins personnelles ; elle comporte la responsabilité d’agir pour le Bien commun, qui doit être reçu et transmis. Ce n’est pas une plateforme à partir de laquelle on peut réaliser un programme. Par ses paroles et par ses actes, le pape François est un défenseur de l’unité et du Bien commun de toute la famille humaine.

M. Faggioli note que «François a été beaucoup plus efficace pour déconstruire un paradigme ecclésiastique et théologique culturellement et historiquement limité que pour en construire un nouveau». En fait, François n’a pas le projet de nous donner un nouveau paradigme, mais de nous donner l’Église.

La notion de fonction comme position de confiance indique un déséquilibre. Les informations données 24 heures sur 24, l’internet, les médias sociaux, etc. nous ont appris à parier sur le changement, la nouveauté et le mouvement. Cela nous nous rend impatients de voir encore plus de changements. Mais cela ne nous permet pas de porter notre attention sur ce qui est durable, sur ce qui continue et nous soutient à travers les pontificats successifs. De même, cela ne permet pas de se concentrer sur ce qui unit l’Église. Cela met plutôt l’accent sur les divisions et les conflits.

Je ne cherche pas à remplacer une attention excessive sur la personne du pape par une attention excessive sur la fonction de la papauté. Cela reviendrait à remplacer un problème par un autre. Je n’ignore pas non plus que de nombreux promoteurs de la voix du pape François qui se sentent maintenant déçus ont une relation compliquée avec l’autorité.

Le pape François, dans ses paroles et dans ses actes, est un défenseur de l’unité et du Bien commun de toute la famille humaine. Il serait dommage que les partisans de ses initiatives passent à côté de son principal ministère : un signe d’unité miséricordieuse, réconciliatrice et visible pour toute l’Église.

Rédaction SRP

Photo : Casa Rosada / Wikimedia Commons

Source : America Magazine

 

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