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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Premier centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc

Lorsqu’il proclama Jeanne d’Arc «sainte», au terme d’un long procès canonique, le 16 mai 1920, le pape Benoît XV affirma que sa vie était «une preuve de l’existence de Dieu». Notant que ses exploits et ses vertus héroïques extraordinaires suscitent la fascination de personnes de toutes les sensibilités, même éloignées de la foi chrétienne, il souligna que tous ceux qui avaient tenté d’expliquer sa vie et son œuvre sans Dieu «se sont perdus dans un enchevêtrement de labyrinthes inextricables». Ce vibrant hommage à celle qui a libéré la France des Anglais pendant la guerre de cent ans sonnait aussi comme un rappel adressé aux nombreux militants anticléricaux de l’époque, qui la célébraient comme une pauvre femme du peuple victime des autorités de l’Église et qui s’appropriaient sa mémoire.

Jeanne d'Arc

Bien qu’il ait fallu plusieurs siècles pour que la sainteté personnelle de Jeanne soit officiellement reconnue par l’Église, l’iniquité du procès qui conduisit à son exécution fut rapidement attestée par un second procès, débuté par le pape Callixte III en 1455 et qui la réhabilita pleinement. Cependant, la forte popularité dont elle jouissait auprès du peuple n’atteignit jamais vraiment l’élite politique et intellectuelle avant le XIXe siècle, jusqu’à ce que l’historien Jules Quicherat publie de 1841 à 1849 un ouvrage historiographique très détaillé intitulé Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc1.

Le compte rendu de ses procès et son dialogue avec ses procureurs révélaient la grandeur de son âme, la puissance de sa vie de foi et sa véritable sainteté. C’est précisément la lecture de ces rapports qui conduisit l’évêque d’Orléans de l’époque, Mgr Félix Dupanloup, à militer vigoureusement, dès les années 1850, en faveur de la reconnaissance des vertus religieuses de Jeanne. Il lança sa cause de canonisation en 1869, un processus soutenu par la ville et le diocèse d’Orléans, qui ne s’acheva avec succès qu’en 1909, sous le pontificat du pape Pie X.

Jeanne d’Arc fut canonisée dix ans plus tard, au lendemain de la première guerre mondiale, au cours de laquelle elle fit l’objet d’une grande dévotion populaire, notamment dans les tranchées. Elle fut également proclamée, avec Thérèse de Lisieux, patronne secondaire de la France.

L’admiration que suscite dans le monde entier la plénitude et la pureté de l’âme de Jeanne transcende toutes les clivages idéologiques, comme en témoignent les diverses récupérations politiques dont elle a fait l’objet, de son temps comme de nos jours. «Une des raisons pour lesquelles Jeanne d’Arc est si populaire est qu’elle incarne une figure de résistance et d’unité nationale, en vertu de ce qu’elle a vécu», explique le recteur actuel de la cathédrale d’Orléans, où la sainte assista à la messe le 2 mai 1429, alors qu’elle se trouvait dans la ville pour lever le siège contre l’armée anglaise. «Dans un monde très divisé, elle est devenue le symbole indispensable d’une unité retrouvée», souligne-t-il.

Les jeunes peuvent trouver en Jeanne le modèle d’une jeune fille dont la sainteté s’est construite simplement dans sa vie familiale, son travail quotidien, une jeune fille qui s’est engagée à 17 ans et qui est morte à 19 ans, après avoir mené à bien sa mission. «Elle peut nous aider à persévérer dans l’adversité, et elle est cohérente avec ce que notre monde, nos pays et notre Église traversent», explique encore le recteur. Sa sainteté est attestée dans tous les aspects de sa vie, y compris dans son rôle de chef de guerre : son historiographie mentionne la miséricorde et la bienveillance dont elle fit preuve sur le champ de bataille, notamment envers ses ennemis blessés.

Une figure d’une humanité accomplie, que Christiane Rancé, romancière française auteur d’un Dictionnaire amoureux des saints2, chérit particulièrement : «Ce n’est pas tant la Vierge guerrière que j’aime chez Jeanne, bien que j’admire tout ce qui la concerne. Rien ne me touche plus que sa profonde humanité dans son extrême solitude. En larmes, splendide et tremblante dans sa nuit devant le bûcher, elle est restée incorruptiblement fidèle à la vision qu’elle avait d’un possible Royaume de Dieu sur cette terre, vers lequel elle s’est précipitée avec toute son innocence, et pour lequel elle a accepté de mourir», explique-t-elle. Il suffit, ajoute-t-elle, «de suivre la courbe de sa vie dans le ciel de l’Europe, pendant les deux décennies – et même moins, 19 petites années – de son existence pour s’incliner devant l’évidence de sa sainteté».

Pandémie oblige, le vaste programme de commémorations initialement prévu pour le 100e anniversaire de la canonisation de Jeanne d’Arc a été considérablement perturbé, et la plupart des événements importants ont été annulés ou reportés à l’automne prochain. Mais de nombreuses initiatives ont fleuri en compensation, y compris des émissions en direct avec les témoignages de personnalités éminentes sur YouTube.

Jeanne n’est pas une femme du passé, mais une sainte du temps présent éternellement jeune et qui peut nous aider à faire face à toutes sortes de tribulations. La sainte qu’il nous faut aujourd’hui ?

Rédaction SRP

Source : National Catholic Register


1 – Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle , publiés pour la première fois d’après les manuscrits de la Bibliothèque royale, suivis de tous les documents historiques qu’on a pu réunir et accompagnés de notes et d’éclaircissements, 5 vol., 1841-1849.

2 – 2. Christiane Rancé, Dictionnaire amoureux des saints, Plon, 2019.

 

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