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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Belgique : les œuvres des Frères de la Charité ne seront plus «catholiques»

«Ces hôpitaux sont l’origine de la congrégation. Nous avons été les premiers à soigner les malades psychiatriques en Belgique en 1815.» Ce rappel des origines de sa Congrégation par le Provincial des frères de la charité de Gand résonne aujourd’hui comme l’échec d’une mission de charité si bien exprimée par leur devise : «Deus caritas est». Divisée en quatre provinces, répartie dans le monde entier, la Congrégation se consacre aux soins des personnes âgées, des personnes souffrant de troubles psychiatriques, des personnes handicapées, et de l’éducation des aveugles et sourds. Forte de 12 000 employés qui soignent ou éduquent 30 000 personnes, c’est en Belgique un acteur très important des soins psychiatriques, notamment en Flandre, où elle gérerait 60 % des 3 500 lits de psychiatrie. Mais depuis plusieurs années, certaines options prises par les responsables des œuvres de la province de Gand ont provoqué un conflit avec Rome.

Devise des Frères de la Charité

En 2017 en effet, le conseil d’administration gérant 15 hôpitaux psychiatriques belges des Frères de la Charité de Gand – conseil composé de douze laïcs (parmi lesquels l’ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy) et de trois frères consacrés de la congrégation –approuva un nouveau règlement permettant aux médecins d’y pratiquer pour les patients en psychiatrie l’euthanasie1, considérée comme un «acte médical», et cela contre l’avis même de la Congrégation des Frères de la Charité. Le fr. René Stockman, supérieur général de la Congrégation des Frères de la Charité, s’est battu pour que l’identité et la mission catholiques des hôpitaux restent intactes. Mais lorsque le groupe à but non lucratif qui gère ses hôpitaux, a approuvé les directives pro-euthanasie 2017, il a immédiatement saisi la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF).

Un dialogue s’engagea avec Rome, auquel une décision validée par le pape vient de mettre un terme, par le biais d’un courrier du 30 mars signé du cardinal Ladaria, préfet de la CDF, informant l’organisation des Frères de la Charité qu’elle ne peut désormais plus se prévaloir du qualificatif de «catholique» : «les hôpitaux psychiatriques gérés par l’association Provincialat des Frères de la Charité en Belgique ne pourront plus, désormais, être considérés comme des entités catholiques» peut-on lire dans ce courrier.

La lettre du cardinal Ladaria rappelle que «l’Église catholique «affirme la valeur sacrée de la vie humaine, l’importance de soigner et d’accompagner les malades et les handicapés et l’inacceptabilité morale de l’euthanasie ainsi que l’impossibilité d’introduire cette pratique dans les hôpitaux catholiques, même dans des cas extrêmes, et de collaborer à cet égard avec les institutions civiles».

Le conseil d’administration de l’organisation – où les religieux sont en minorité – justifiait sa décision par la volonté de se conformer à la législation belge après qu’une maison de retraite catholique flamande a été contrainte de payer une amende pour avoir refusé l’euthanasie à une patiente de 74 ans atteinte d’un cancer du poumon.

Le bras de fer est maintenant engagé entre la Congrégation et les responsables de l’organisme de gestion des hôpitaux. «En tant que congrégation, a déclaré le frère Stockman, nous leur demanderons clairement de ne plus utiliser le nom de Frères de la Charité pour les hôpitaux psychiatriques. […] Nous espérons que nous pourrons faire en sorte que cela fonctionne de cette manière, a-t-il dit, mais le conseil d’administration de l’association à but non lucratif a fait part de sa résistance». Le président de l’organisation des Frères de la Charité a en effet déclaré le 5 mai qu’il a l’intention de continuer à utiliser le nom de l’ordre et a affirmé que les hôpitaux remplissaient la même mission que toujours, malgré l’introduction de l’euthanasie.

La congrégation a toujours été catégorique sur le fait qu’elle n’accepterait jamais la possibilité d’une euthanasie dans ses hôpitaux. Seulement quelques frères y travaillent encore, principalement dans des rôles de gestion, et l’ordre leur a demandé de quitter leurs postes. Beaucoup de médecins y ont recours à l’objection de conscience pour refuser l’euthanasie, mais cela devient plus difficile pour eux dans un environnement où la direction élabore des directives claires sur la façon de procéder et s’oriente vers l’euthanasie lorsqu’un patient psychiatrique le demande. «C’est la première fois que le Saint-Siège, par l’intermédiaire de la CDF, donne une réponse claire sur la pratique croissante de l’euthanasie dans le domaine des soins de santé mentale», a déclaré le fr. Stockman.

La situation est suivie de près par d’autres organisations catholiques du pays, qui y voient un possible cas test. Jusqu’à présent, les évêques belges sont restés circonspects.

Rédaction SRP

Source : Catholic News Agency


1 – En 2002, la Belgique a dépénalisé l’euthanasie pour les personnes majeures, puis l’a étendue aux mineurs «sans limite d’âge» en 2014. L’accès à l’euthanasie concerne un nombre toujours croissant de personnes, y compris des patients psychiatriques, même mineurs, souffrant de maladies comme la dépression. La loi belge interdit les clauses contractuelles ou autres dispositions interdisant aux médecins travaillant dans les institutions d’euthanasier les patients. Un médecin ou un infirmier a toujours la liberté de conscience individuelle de refuser l’euthanasie ou de participer à l’euthanasie, mais cette même liberté n’est plus accordée aux institutions.

 

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