Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Que fait l’épouse fidèle en l’absence de l’Époux ?

Depuis le début de la crise sanitaire, l’obligation de confinement fait vivre à l’ensemble des croyants une situation assez particulière, liée à l’absence de la célébration en commun du culte divin. Mais cette situation est encore plus inédite pour les chrétiens des Églises catholique et orthodoxe à cause de leur foi en la présence réelle du Christ au Saint-Sacrement.

Les prêtres célèbrent quotidiennement, offrent la messe pour tous les fidèles et toute l’humanité afin de soutenir efficacement et sereinement la traversée du désert, mais le peuple est privé de célébration et de communion physique au Saint-Sacrement, un peu comme si l’épouse était privée de communion sponsale… Toute l’Église n’est pas contrainte à ce jeûne eucharistique, car il n’y a pas interdiction de dire la messe, comme on peut l’entendre avec un brin d’exagération de la bouche de certains chrétiens. Mais cet éloignement pour une période incertaine de la communion eucharistique place les croyants devant une réalité difficile à vivre, où il ne leur reste plus que la communion spirituelle, et ce peut être encore pour longtemps !


Lorsque l’époux revient, fier de retrouver son épouse fidèle et forte, il la prend dans ses bras et la pare de toutes ses richesses.


On sait la difficulté actuelle de dialogue entre le Gouvernement et la Conférence des évêques de France pour tenter de trouver des conditions satisfaisantes à la réouverture des lieux de cultes en toute liberté et responsabilité. Ce climat tendu entre responsables politiques et responsables spirituels, où l’on frôle l’incompréhension, la divergence apparente des objectifs, la limite entre l’homme politique humaniste et l’homme de Dieu, celle entre le temporel et le spirituel, oblige sans doute le chrétien au cœur de sa soif, mais doté d’une vision plus globale de l’être et de la cité, non seulement au discernement et à la prudence, mais à s’interroger vivement en tant que citoyen et chrétien sur le lieu dans ce désert où puiser l’énergie et la lumière pour tenir dans un contexte difficile et douloureux en l’absence de l’Époux.

La question suivante peut alors trouver toute sa place : que fait l’épouse fidèle lorsque l’époux est absent pour une période indéterminée ? Debout, elle patiente dans la fidélité et l’Espérance du retour de son époux. La certitude que comporte l’espérance lui donne la sérénité et une paix profonde, qui allège le poids de la souffrance et surtout lui évite de tomber dans le piège de deux ennemis majeurs : le doute et la peur de perdre l’époux. Car si l’épouse doute, l’inquiétude s’empare d’elle à mesure que le doute grandit ; alors elle s’énerve, s’agite et s’affaiblit dans des mouvements inutiles.

Le Christ lui-même nous dit : «Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.» (Jn 10, 27-29)

L’épouse confiante et prudente, sereine et forte, l’esprit apaisé et vigilant peut alors vaquer à ses occupations, soigner sa relation à son époux, en faisant mémoire, en ruminant telles ou telles paroles déjà entendues et à entendre à nouveau. Elle contemple la beauté de ce qu’elle a déjà reçu et prend soin avec joie des personnes qui lui sont confiées par son époux en son absence, et ce avec le plus grand soin. Elle accomplit dans la fidélité et l’amour de son époux toutes les tâches qui lui incombent avec force et bonté de cœur. Et lorsque l’époux revient, fier de retrouver son épouse fidèle et forte, il la prend dans ses bras et la pare de toutes ses richesses. Non, l’épouse fidèle ne comble pas l’absence de son époux par des palliatifs plus charmants les uns que les autres, mais qui ne peuvent la combler et, dans le pire des cas, tentent de la conduire à sa perte !

L’épouse fidèle grandit ainsi dans la force et dans la chasteté et, lorsque l’époux revient enfin, elle ne voit plus que lui, dans ses larmes de joies, elle l’embrasse fort, non plus pour elle, mais pour lui… Puissions-nous trouver la force de demeurer encore au Cénacle avec Marie, priant et agissant avec la paix de la certitude de posséder l’Époux, la constance dans une vie de prière et de contemplation qui élargit et fortifie nos âmes, nous rendant disponibles à recevoir l’Esprit Saint et à devenir plus aptes à faire face durablement à l’imprévu.

Suzanne Lamartinière

 

>> Revenir à l’accueil