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Nigéria : un diocèse spécialement créé pour un évêque rejeté

Carte du Nigeria

Le 5 mars, le pape François a annoncé la création du diocèse catholique d’Ekwulobia, dans le sud-est du Nigeria, formé d’une partie du territoire du diocèse d’Awka. Une réponse aux demandes que les fidèles de ce diocèse adressaient depuis 2008 au Vatican dans une région où la population catholique est croissante, mais aussi la solution au rejet de Mgr Peter Ebere Okpaleke par les prêtres et les laïcs du diocèse d’Ahiara, où Benoît XVI le nomma en 2012. Le nœud du problème ? L’origine ethnique de l’évêque. «Celui qui vient d’être consacré n’est pas notre évêque», expliquait en 2013 un prêtre au quotidien nigérian The Sun.

Mgr Okpaleke fut empêché d’entrer dans le diocèse par les prêtres et les paroissiens, dont l’opposition frondeuse a été jusqu’à adresser des pétitions au Vatican. Les protestataires faisaient valoir que Mgr Okpaleke n’est pas issu de leur propre groupe linguistique et culturel, et considéraient sa nomination comme une discrimination et une «colonisation ecclésiastique». Bien qu’issu du peuple Ibo majoritaire dans le sud du Nigéria, Mgr Okpaleke n’est pas du groupe ethnique Mbaise, dont le territoire englobe le diocèse d’Ahiara. Il dut être consacré évêque en dehors de son diocèse, en attendant que la situation se calme.

Mais la situation ne se calma pas. Après les efforts de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et de la Secrétairerie d’État, le pape François intervint lui-même, en des termes forts, pour tenter de débloquer la situation. En 2017, il donna aux prêtres du diocèse 30 jours pour écrire personnellement au Vatican afin de s’excuser, de promettre d’obéir au pape et d’accepter Okpaleke, sous peine d’être suspendus a divinis. Les prêtres ont continué à rejeter Okpaleke, insistant pour qu’un prêtre d’origine locale soit nommé évêque.

N’arrivant pas à se faire accepter, Mgr Okpaleke démissionna le 14 février 2018 et s’installa dans le diocèse d’Awka, dans sa ville natale. Le pape François accepta sa démission le 19 février et nomma un administrateur apostolique.

Cette crise a profondément choqué la communauté et la hiérarchie catholique au Nigeria, mais aussi le Vatican. Selon le Droit canonique, le pape peut nommer les évêques quelle que soit leur origine et là il le souhaite. Mgr Okpaleke n’est pas le seul évêque du Nigéria à avoir été nommé dans un diocèse en dehors du sien ou dans une région ayant des origines culturelles et linguistiques différentes. L’actuel président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria, Mgr Augustine Obiora Akubueze, évêque de Benin City, vient de la région sud-est et est archevêque d’une région ayant une langue et une identité culturelle différentes de celle dont il est issu. Il n’est pas le seul. Alors, y aurait-il une autre explication ?

Selon un des observateurs locaux, «Ce qui a fait que certains d’entre nous ont commencé à voir des actes criminels, c’est qu’au début, les gens étaient heureux et faisaient la fête avec l’arrivée d’Okpaleke dans leur diocèse, jusqu’à ce que tout change soudainement. Il semble qu’il y ait une main quelque part qui cause tout le problème.» Mais rien n’est dit sur cette «main», qui permette de l’identifier.

L’installation de l’évêque dans son nouveau diocèse pourrait apporter des éléments de réponse : «C’est quelque chose que les gens attendaient depuis longtemps maintenant. Il y a tellement d’excitation ici et cela va permettre de corriger beaucoup de choses qui ont mal tourné dans l’Église catholique ces derniers temps», explique un fidèle en se référant à la crise de l’ancien diocèse. Il ajoute : «Les choses vont forcément mal tourner, surtout quand on a affaire à des êtres humains et à la société. L’installation va être une correction d’une anomalie dans l’église et aussi envoyer un message que l’Église catholique ne laisse jamais de vide». Propos quelque peu sibyllins, mais laissant transparaître des problèmes latents.

Quoi qu’il en soit, le cardinal John Onaiyekan, de l’archidiocèse d’Abuja, craint que cette renonciation acceptée par Rome ne constitue un précédent dangereux : «Ça ne s’arrêtera pas là», déplore-t-il dans les colonnes de Crux – ajoutant que le pape s’est ici «fait forcer la main».

Rédaction SRP

Sources : National Catholic Register ; La Croix

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