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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Une enquête mondiale sur le rite extraordinaire

Le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi1 (CDF) a écrit le 7 mars 2020 aux présidents des Conférences épiscopales du monde entier pour leur indiquer que le pape François «souhaite être informé» de l’application de la décision de 2007 de Benoît XVI levant les restrictions sur les célébrations liturgiques antérieures à Vatican II. Cette lettre est accompagnée d’une série de questions auxquelles les évêques sont invités à répondre afin que le pape puisse se faire une idée précise de la manière dont la forme extraordinaire de la messe est célébrée dans le monde. La date limite de réponse est le 31 juillet 2020.

Par le Motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI avait levé les restrictions sur l’ancienne forme du rite en raison des «demandes continues de ces fidèles», y compris des jeunes, pour cette forme de la liturgie célébrée antérieurement à la réforme de 1970 consécutive au concile Vatican II. Benoît XVI déclarait que les prêtres devaient répondre aux demandes de l’ancien rite «lorsqu’un groupe de fidèles attaché à la tradition liturgique antérieure existe de façon stable» et donner aux prêtres la liberté de le célébrer en privé.

Qu’en est-il treize ans après Summorum Pontificum ? Parmi les questions que les évêques sont invités à examiner, il y a celle de savoir si les célébrations de l’ancien rite «répondent à un véritable besoin pastoral ou si elles sont promues par un seul prêtre et si les normes et conditions de Summorum Pontificum» sont respectées.

Rite tridentin

L’initiative prise par le pape n’a pas été sans susciter des inquiétudes. Le site Rorate Cæli en particulier – qui publie l’original du questionnaire – présente ainsi cette enquête : «Le motu proprio Summorum Pontificum, qui reconnaît les droits et la continuité du Rite Latin Traditionnel, pourrait-il être menacé ? Lorsque le motu proprio a été publié pour la première fois, il y a eu une période de consultation de trois ans, définie par le pape Benoît XVI dans sa lettre d’accompagnement aux évêques […]. C’est ce qui a été fait, et le résultat a été l’Instruction de 2011, pour l’essentiel positive. Curieusement, treize ans après Summorum, alors qu’il est devenu un élément permanent de la vie de l’Église dans de nombreux endroits du monde, la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), désormais responsable de Summorum, a envoyé une nouvelle enquête aux évêques sur l’application de Summorum Pontificum, car « Sa Sainteté le pape François souhaite être informé de l’application actuelle du document susmentionné ». Cela pourrait être de mauvais augure. Les questions semblent neutres, mais, une fois qu’on les lit attentivement, elles peuvent indiquer de graves conséquences.»

A contrario, Joseph Shaw, président de la Latin Mass Society of England and Wales, se montre rassurant, et même optimiste quant à l’attitude de la CDF face à une utilisation plus large de la forme extraordinaire : «Je ne considère pas cette enquête comme une menace, mais simplement comme l’indication d’un désir de la CDF de disposer d’informations solides provenant du monde entier», a-t-il déclaré à The Tablet. Une source romaine a d’ailleurs déclaré au journal que cette enquête était un travail de routine pour comprendre ce qui se passe avec l’ancien rite. «En supposant que la CDF reçoive des réponses raisonnablement complètes, la comparaison des rapports rédigés en 2010 et en 2020 montrera non seulement une croissance régulière du nombre de célébrations, mais aussi une intégration croissante et sereine de la forme extraordinaire dans la vie de l’Église, ce qui est attribuable en grande partie à l’attitude des évêques eux-mêmes», a déclaré Joseph Shaw. Il rappelle qu’une «génération plus âgée d’évêques plus hostiles» pensait que les gens finiraient par se désintéresser de la liturgie d’avant Vatican II alors que «leurs successeurs sont presque toujours plus ouverts d’esprit. Avec le temps, les jeunes prêtres et les laïcs comprennent de mieux en mieux que les anciens arguments contre la forme extraordinaire étaient souvent basés sur des études erronées et des malentendus théologiques».

Le pape François a qualifié les réformes liturgiques du Vatican II d’«irréversibles». Mais, en raison de ses nombreux voyages et de son intérêt pour les églises locales d’Afrique et d’Asie en pleine expansion, il souhaite savoir si l’ancien rite fait partie de leur mission. Il n’a montré aucun signe d’une volonté de restreindre ou d’annuler l’ancien rite établi par son prédécesseur. D’ailleurs, le Vatican a récemment publié de nouvelles prières à utiliser dans les célébrations de l’ancien rite et a inclus des saints nouvellement canonisés dans leur calendrier liturgique, ce qui tendrait à laisser penser que la forme extraordinaire de la messe n’est pas menacée.

Rédaction SRP

Photo : Christophe117 / Wikimedia Commons

Source : The Tablet


1 – 1. La Commission pontificale Ecclesia Dei a été supprimée l’année dernière et ses responsabilités transférées à la CDF.

 

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