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Davantage de femmes dans les séminaires, demande le cardinal Ouellet

Le cardinal Ouellet

«Je crois que, pour le prêtre, apprendre à entrer en relation avec les femmes dans le cadre de sa formation est un facteur d’humanisation qui favorise l’équilibre de la personnalité et de l’affectivité de l’homme», estime le cardinal Ouellet dans une longue interview publiée le 26 avril dans l’édition de mai du magazine Donne Chiesa Mondo (Women Church World), le supplément féminin mensuel L’Osservatore Romano. Paroles d’un homme d’expérience, puisque Mgr Ouellet fut pendant dix ans responsable de séminaires en Amérique latine.

Même si la nouvelle Ratio fundamentalis (le programme des séminaires promulgué en 2016) précise déjà que la présence de femmes dans la formation des séminaires «s’avère essentielle», Mgr Ouellet estime que ce texte «nécessite de nouvelles ouvertures et développements» : «Nous sommes encore dans une conception cléricale de la formation qui s’efforce de progresser, mais reste dans la continuité de ce qui se faisait jusque-là», regrette-t-il.

Le prélat canadien pense que «l’expérience de la collaboration avec les femmes à un niveau égal aide le candidat [à la prêtrise] à envisager son futur ministère et la façon dont il les respectera et collaborera avec elles», ajoutant que «si nous ne commençons pas pendant la formation, le prêtre risque de vivre sa relation avec les femmes de manière cléricale. […] Il ne s’agit pas seulement de promouvoir les femmes, mais de les considérer comme une partie intégrante de toute formation».

Répondant aux questions sur la place des femmes dans la formation des prêtres, Mgr Ouellet a expliqué que l’Église bénéficierait grandement d’une présence accrue de femmes dans les équipes de formation des séminaires, en tant que professeurs de théologie, de philosophie et de spiritualité, et dans le discernement des vocations : «Dans ce domaine, nous avons besoin de l’opinion des femmes, de leur intuition, de leur capacité à saisir le côté humain des candidats, de leur degré de maturité émotionnelle ou psychologique».

Selon le prélat, les femmes ont beaucoup à apporter à la formation humaine des séminaires, un aspect qu’il estime être souvent sous-développé : «Il faut évaluer le degré de liberté des candidats, leur capacité à être cohérents, à établir leur projet de vie, mais aussi leur identité psychosociale et psychosexuelle», domaines dans lesquelles leur participation peut être appréciable selon lui. Par contre, si les femmes peuvent également être utiles dans l’accompagnement spirituel, il pense préférable que seuls des prêtres soient les directeurs spirituels des séminaristes.

À la question de savoir pourquoi il y a parfois un malaise mutuel dans les relations entre les prêtres et les femmes, le cardinal a suggéré que ce malaise était basé sur la peur, qu’il estime être plus souvent présente chez les hommes envers les femmes que l’inverse : «Pour un prêtre, pour un séminariste, la femme représente un danger ! Alors qu’en réalité, le vrai danger est celui des hommes qui n’ont pas une relation équilibrée avec les femmes», a-t-il dit, ajoutant que «c’est ce que nous devons changer radicalement».

En pratique : «Pendant la formation, il est important qu’il y ait des contacts, des comparaisons, des échanges avec les femmes. Cela aide le candidat à interagir avec les femmes, de façon naturelle, et aussi à faire face au défi que représente la présence des femmes, l’attraction vers les femmes. […] Cela doit être enseigné et appris dès le début, en n’isolant pas les futurs prêtres qui se retrouvent alors brutalement dans la réalité ; et alors ils peuvent perdre le contrôle».

Quand on lui a demandé s’il était vrai qu’un plus grand nombre de femmes dans la formation donnée au séminaire aurait pu contribuer à prévenir certains des incidents d’abus dans l’Église, le cardinal a répondu : «Il y a certainement une part de vérité dans tout cela. [Lorsque l’interaction entre hommes et femmes est absente], il y a un risque de développer des compensations… qui peuvent s’exprimer dans une mauvaise relation à la nourriture, dans l’exercice du pouvoir, ou dans des relations fermées, une fermeture qui devient manipulation, contrôle… et qui peut conduire à des abus de conscience et à des abus sexuels».

Ce même numéro de Donne Chiesa Mondo, consacré au «Soin des âmes et de la personne», comporte un entretien avec Anne-Marie Pelletier, théologienne française, prix Ratzinger en 2014, qui plaide également pour une plus grande présence des femmes dans le domaine de l’enseignement : «Comment promouvoir ce visage maternel de l’Église sans commencer par le faire enseigner par les femmes, lesquelles savent ce que c’est que d’être mère, dans leur expérience charnelle ou tout simplement dans la configuration mentale qui caractérise le rapport des femmes avec la vie ?», s’interroge-t-elle notamment, en complément à la contribution du cardinal Ouellet.

Rédaction SRP

Photo : Giansa25 / Wikimedia Commons

Source : National Catholic Register

 

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