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«Restez chez vous» et Protection de l’enfance : un paradoxe

Le 20 mars, Le Monde publiait un article intitulé «“C’est totalement explosif” : l’Aide sociale à l’enfance dans la tourmente de l’épidémie due au coronavirus». 175 000 enfants et jeunes majeurs confiés à ce service public y sont évoqués, dont 60 000 placés en foyers ou en familles d’accueil. Mais aussi ceux qui, restant dans leur famille malgré un danger avéré, sont accompagnés par des professionnels à domicile.


Nous devons avoir à cœur toutes ces familles pour lesquelles le confinement est synonyme de «pire qu’avant».


La consigne «Restez chez vous», qui a pour objectif la protection des personnes, est-elle également protectrice pour ces mineurs ? Ne favorise-t-elle pas les violences dans ces familles fragilisées ? Le communiqué de presse du Gouvernement du 25 mars spécifie que «le contexte particulier de confinement, indispensable à l’endiguement de la pandémie de Covid-19, constitue malheureusement un terreau favorable aux violences conjugales et intrafamiliales : la promiscuité, les tensions, l’anxiété peuvent y concourir.»

La mission habituelle des éducateurs est de faire cesser le danger, de favoriser le maintien de l’enfant à domicile, de rétablir la place éducative des parents à travers une aide d’accompagnement, et de protéger l’enfant en intervenant dans le cadre familial. Le confinement dû à l’épidémie actuelle a entraîné un mode d’intervention à distance de ces services éducatifs, tâche bien complexe à effectuer, même s’il y a une continuité des suivis par téléphone et des déplacements dans l’urgence.

Les motifs de signalement des mineurs sont très divers, de l’absentéisme scolaire aux abus sexuels, en passant par les maltraitances psychologiques ou physiques. Ils révèlent ces dernières années de plus en plus de conflits entre parents – séparés ou non – et de violences conjugales.

«Si, comme la plupart des enfants, ils ont été épargnés par l’épidémie, les effets du confinement ont d’ores et déjà des répercussions importantes1». En effet, les relais que sont les écoles, les internats scolaires, les crèches, les établissements médico-sociaux, les activités extra-scolaires ont fermé du jour au lendemain, laissant peu de solutions à ces familles pour gérer la situation, pour «souffler».

Même si l’on observe certains parents mettre leur conflit de côté pour se recentrer sur l’intérêt de leur enfant, même si quelques-uns nous édifient par les ressources qu’ils trouvent, il reste que nous devons avoir à cœur toutes ces familles pour lesquelles le confinement est synonyme de «pire qu’avant».

Élisabeth Collet

 


1 – Carrefour national de l’Action éducative en milieu ouvert, Lettre ouverte au Président de la République.

 

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