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Synode allemand : un «Wittemberg au ralenti» ?

Le journaliste Georges Weigel propose dans l’édition du 25 mars la revue First Things une analyse du processus synodal allemand, qu’il assimile à un «Wittemberg au ralenti», en référence à l’acte de Martin Luther qui, le 31 octobre 1517, placarda sur la porte de la chapelle du château de Wittemberg (Allemagne), ses «95 thèses», acte considéré comme fondateur de la Réforme protestante. Voici l’essentiel de l’analyse faite par Weigel.

Au début du monde moderne (la période 1450-1650), ce n’est pas une seule «Réforme protestante» qui se produisit, mais plutôt plusieurs mouvements religieux, souvent en désaccord les uns avec les autres, qui firent voler en éclats la chrétienté occidentale au XVIe siècle. C’est bien pourtant la manifestation de Martin Luther à Wittemberg le 31 octobre 1517 qui a longtemps été considérée comme le coup d’envoi de la «Réforme» (diverses confessions protestantes célèbrent d’ailleurs la «Journée de la Réforme» le dimanche le plus proche du 31 octobre).

Les 95 thèses

Ainsi, le terme «Wittemberg» peut-il servir de synonyme pour désigner différents efforts visant à éloigner les communautés chrétiennes de l’autorité de Rome et de la papauté. Cela suggère que ce qui se passe aujourd’hui dans le catholicisme allemand, lancé dans un processus synodal réformateur, est comme un «Wittemberg au ralenti».

Bien sûr, on n’assiste pas au clouage de propositions contestées aux portes d’une église. Ce sont les rouages d’une vaste bureaucratie ecclésiastique bien financée qui sont en train de mener l’Église allemande vers des mutations, qui ont été intégrées dès son début à ce processus synodal : une révision (en fait, l’abandon) de la discipline du célibat clérical, une certaine forme de rôle installé ou ordonné pour les femmes, un substitut à l’éthique catholique de l’amour humain, une «démocratisation» de la gouvernance de l’Église. Bref, les rêves d’une Révolution catholique enfin réalisés de Cologne à Berlin et de Hambourg à Munich.

Si le cardinal Reinhard Marx et d’autres évêques catholiques allemands ont évité de présenter de façon trop évidente ces orientations, le Comité central des catholiques allemands (ZDK) qui cogère le chemin synodal avec la Conférence des évêques allemands, s’est récemment montré à découvert. Convaincu que le synode amazonien de 2019 ne produira pas les résultats escomptés, il a répondu à l’exhortation apostolique du pape François sur l’Amazonie (Querida Amazonia) en déplorant l’absence de soutien du pape à l’institution de prêtres mariés et de femmes diacres : «Nous regrettons beaucoup que le pape François n’ait pas fait un pas en avant dans son [exhortation]. Au contraire, il renforce les positions existantes de l’Église romaine en termes d’accès à la prêtrise et de participation des femmes aux ministères.».

La formule «les positions existantes de l’Église romaine» doit être soulignée, pour sa franchise, mais aussi pour son poids théologique : l’ «Église romaine» semble n’être qu’une des nombreuses Églises locales. Ce qui implique que l’évêque de Rome, son chef, n’est qu’un des évêques qui forment le collège épiscopal, ce qui est en contradiction flagrante avec les Écritures (voir Mt 16, 13-19) et avec la Tradition de l’Église qui fait autorité, telle qu’elle est exprimée dans la Constitution dogmatique sur l’Église du concile Vatican II, Lumen gentium.

De nombreux commentaires suggèrent que l’Église allemande est de facto dans un état de schisme. Mais il faut se demander si la description la plus appropriée de ce qui se passe avec la voie synodale allemande n’est pas plutôt l’apostasie : la décision de rompre avec la doctrine catholique établie, au nom d’une intelligence contemporaine supérieure à ce que la Constitution dogmatique sur la Révélation divine du Concile Vatican II Dei Verbum a appelé «Tradition sacrée et Écriture sainte».

Ce qui se passe avec la voie synodale allemande est en effet un véritable changement de paradigme : un glissement vers la notion de l’Église catholique comme une fédération d’Églises locales, chacune d’entre elles ayant légitimement sa propre doctrine, son enseignement moral et sa pratique pastorale. Ce qui n’est pas du catholicisme, mais de l’anglicanisme.

Il est étonnant que, confrontés à des preuves empiriques incontestables de l’effondrement du protestantisme libéral dans le monde, les dirigeants catholiques allemands semblent déterminés à créer une forme nominalement catholique de protestantisme libéral. Il y a presque vingt ans, le cardinal Joseph Ratzinger avait dit à Georges Weigel que «le catholicisme organisé en Allemagne est un groupe de travail pour les vieilles idées». À l’époque, il s’agissait des idées des années 1970. Aujourd’hui, il semble que ces «vieilles idées» s’enracinent plutôt dans le XVIe siècle.

Rédaction SRP

Source : First Things

 

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