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#OnApplaudit

«Seigneur, où vous passez il faut bien que je passe,
Mais où nous menez-vous l’un et l’autre ? J’ai peur.
Et dans mon âme au loin s’ouvre une immense place
Qui va le jour prochain se remplir de douleur.
La place où je mourrai quand ce cœur dans la foule
Qui crut en moi, perdant tout à l’heure sa foi,
Suivra sa pente ailleurs comme une eau qui s’écoule
Et se retirera goutte à goutte de moi1

À l’appel à rester au sein de son foyer – sauf impérieuse nécessité – lancé à chaque citoyen le 16 mars par le Président de la République, a répondu, via les réseaux sociaux, l’invitation à sortir de chez soi.

Dès le 17 mars, en effet, une vague s’est répandue par le truchement du nouvel hashtag à la mode, conviant chaque Français à pointer le bout de son nez dehors, qui à son balcon, qui sur sa terrasse, qui à sa fenêtre, pour saluer et remercier, par des salves nourries d’applaudissements reconnaissants, les personnels soignants, courageux et dévoués, en passe de devenir sauveurs de la nation.

Chaque soir désormais, c’est autour de 20h que les plateaux télé évoquent par l’image ces scènes capturées au cœur de l’Hexagone : à Paris, à Lyon, à Nantes ou à Mulhouse, à Marseille ou à Lille, et jusques à Toulouse.


Est-ce que de cette épreuve, la société humaine sortira rétablie ? De ses fragilités sera-t-elle guérie ?


On tend à faire bloc, on cherche le ferment. L’union veut s’afficher : nécessité criante en période de doute, exigence profonde quand l’effroi vient à sourdre. Esquisse d’unité ou nouveau leurre en vogue ?

Cet accueil, cette attente, nous les entendrons dimanche.

Cette attente, cette année, résonnera partout sur les réseaux sociaux au moment où commence la messe des Rameaux. «Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : “Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !”» (Mt 21, 8-9)

Cet accueil triomphal, attente frénétique, est souvent le symptôme d’une cité malade. Elle l’est aujourd’hui, croit l’être du seul fait de cette pandémie qui s’abat sur la terre. Est-ce que de cette épreuve, la société humaine sortira rétablie ? De ses fragilités sera-t-elle guérie ? On peut s’interroger sur la longévité de nos remerciements. Oui ! Seront-ils vivaces ? Survivront-il vraiment au dé-confinement ? Notre ferveur fiévreuse sera-t-elle pérenne ?

En ce temps de Carême, temps de la quarantaine, vienne la conversion, ultime guérison.

Jérôme de Lartigue

 


1 – Marie Noël, Marche des Rameaux, Le Rosaire des joies.

 

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