Sacrement de mariage
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Faut-il avoir une foi vivante pour recevoir le sacrement de mariage ? Cette question, qui semble à première vue saugrenue, se pose réellement et même fréquemment, et elle peut avoir des conséquences pour la validité d’un mariage à l’Église. La Commission théologique internationale vient de publier un document très complet sur l’importance de la foi dans l’institution sacramentelle de la vie de l’Église catholique, qui répond d’une manière très approfondie à la question posée, comme nous l’explique Aline Lizotte.

Voilà peu de temps, au cours d’un entretien avec des fiancés, je demandais à la future épouse : «Mais, savez-vous bien ce qu’est le sacrement de mariage ?» Et j’ai eu cette réponse étonnante : «C’est uniquement un acte administratif.» Combien de jeunes et de moins jeunes pensent que le «mariage à l’église» n’est qu’une cérémonie beaucoup plus chouette que le mariage républicain à la mairie ! Ça, c’est un vrai mariage ! Un beau spectacle ! Une vraie noce ! Ils mènent depuis plusieurs années une vie commune, mais, enfin, ils ont l’argent pour se payer la fête, ce qu’ils ne pouvaient pas faire quand ils sont passés à la mairie ! Ils sont baptisés. Mais leur baptême a été à peu près du même type que le mariage qu’ils s’apprêtent à célébrer : c’est un des événements «traditionnels» de leur vie, avec leur première communion et, peut-être, leurs funérailles !

La Commission Théologique Internationale1 (CTI) vient de publier un document intitulé «La réciprocité entre la foi et les sacrements dans l’économie sacramentelle2». Il fait plus de cinquante pages et comporte 195 numéros. C’est une étude très complète sur l’importance de la foi dans l’institution sacramentelle de la vie de l’Église catholique. Chaque sacrement est profondément analysé, selon les cadres d’une théologie fondamentale : sacramentum (signe), res (grâce) et conséquences (fruits). C’est une catéchèse complète, qui s’ajoute à celle que donnent le Catéchisme de l’Église catholique et la théologie fondamentale. Cette étude est axée principalement sur la nécessité de la foi comme vertu théologale infuse et sur sa réception efficace par le chrétien. Elle se termine par une étude théologique importante sur les liens entre le sacrement de mariage et la foi des baptisés qui demandent ce sacrement à l’Église. C’est uniquement ce dernier point que notre article développera : faut-il avoir une foi vivante pour recevoir le sacrement de mariage ?

Cette question semble saugrenue. À première vue, il semble bien que, puisque des fiancés demandent à l’Église le sacrement de mariage, c’est qu’ils ont la foi et doivent savoir ce qu’ils font. Et pourtant, il n’en est pas ainsi. Et cela pour plusieurs raisons. Certaines sont objectives, d’autres sont subjectives.

Le lien entre la foi et les divers sacrements

Le baptême


La grâce est donnée ; il revient cependant au baptisé de la recevoir librement et de la nourrir par l’instruction et la Parole de Dieu.


Lorsque des adultes demandent le baptême, surtout pendant la Veillée pascale, on peut penser qu’ils ont au moins une disposition à croire, puisque c’est le baptême qui, par un acte créateur de Dieu, donne la foi. Cependant, le baptême est un sacrement qui opère par lui-même (ex opere operato), et dont l’œuvre propre est de rendre des hommes et des femmes participants du seul Salut apporté par Jésus Christ et de les incorporer à son Église. La grâce donnée, c’est la foi qui transforme cette «disposition à croire» en une qualité permanente – la vertu – rendant l’intelligence propre à assentir à toutes à toutes les vérités énoncées dans le Credo. Mais ce qui fait d’un homme né d’Adam un homme fils du Père et disciple du Christ, ce n’est pas la foi ou même la disposition à croire. C’est l’acte propre du baptême, le sacrement3.

C’est la raison pour laquelle on peut baptiser les petits enfants. Le baptême les rend enfants de Dieu, frères du Christ et fils de l’Église. Mais on ne peut pas les baptiser sans le consentement des parents, et l’on s’appuie pour le faire sur la disposition qu’ils doivent manifester de donner à l’enfant une éducation dans la foi. Mais qu’en est-il si les parents ne manifestent aucune disposition à donner à l’enfant une éducation dans la foi ?

Ne manifester aucune disposition, cela veut dire plusieurs choses : 1° Cela peut signifier un rejet radical de la foi, qui amènerait à différer le baptême ; 2° Cela peut signifier une ignorance, une négligence, une profonde tiédeur à vivre sa foi (par exemple, des parents que l’on ne voit jamais à l’Église et qui ne manifestent aucun empressement pour la fidélité à la foi dans laquelle ils ont été baptisés). Ces cas sont fréquents, et les pasteurs dans les paroisses ne les connaissent que trop bien ! Étant donné que le rite baptismal comporte une renonciation au mal, à l’instigateur du mal qui est Satan, comment des parents peuvent-ils engager l’enfant à choisir l’état de vie chrétien si eux-mêmes n’en ont aucun souci ? Ils sont validement baptisés, car c’est bien ce que demandent les parents à l’Église.


Étant donné que le rite baptismal comporte une renonciation au mal, comment des parents peuvent-ils engager l’enfant à choisir l’état de vie chrétien si eux-mêmes n’en ont aucun souci ?


Les parents qui demandent le baptême pour leur enfant, même avec une foi tiède, demandent au moins implicitement, si leur intention est bonne, que l’enfant soit admis dans la foi de l’Église et non dans leur foi à eux. Comme l’a dit Jean-Paul II à propos des fiancés qui demandent le sacrement de mariage, «Ces fiancés, en vertu de leur baptême, sont déjà réellement insérés dans l’Alliance nuptiale du Christ avec l’Eglise, qu’avec une intention droite ils ont accueilli le projet de Dieu sur le mariage et que, par conséquent, au moins implicitement, ils consentent à ce que l’Eglise entend faire lorsqu’elle célèbre le mariage4». En demandant le baptême pour l’enfant ils demandent confusément, même si cela se joint à une tradition familiale, un baptême sacramentel et chrétien.

L’on voit bien, cependant, la difficulté à lier la foi avec le sacrement, même le baptême, si ne se manifeste pas au moins le minimum : une disposition à faire ce que fait l’Église, qui ne baptise pas des gens qui ont la foi, mais des gens qui sont disposés à la recevoir. Car ce n’est pas la foi qui opère le baptême, c’est Dieu qui, par le baptême, la donne !

Le lien avec les autres sacrements

Le baptême est la porte d’entrée dans la vie chrétienne. Il ouvre la foi à la participation la plus totale possible à l’humanité du Christ transformée par le Verbe, qui se l’unit in persona, assumant ainsi tout l’univers cosmique et l’ordonnant à la gloire du Dieu Trine, source de tout Bien et de toute Vérité, et terme ultime de toute soumission : «Mais quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera [aussi] soumis à Celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous» (1Co 15, 28).

C’est ainsi que tous les actes vitaux de l’homme sont, par le baptême, enracinés dans la victoire du Christ, sanctifiés par lui et conduits par lui à la Parousie. Le baptisé est confirmé par l’Esprit et envoyé en mission ; il est nourri par le Corps et le Sang du Christ toujours offert en sacrifice ; il est pardonné de ses péchés, assisté dans sa faiblesse. Avec tous ces actes, signes sensibles sacramentels de son incorporation à l’humanité du Christ, le baptisé est porté à être comme un autre Christ, témoin d’une autre vie, celle de la révélation du Mystère de Dieu.

Tous ces actes exigent la foi pour être reçus par le baptisés, mais ils ne sont pas produits par la foi. La foi du baptisé les reçoit, mais ne les cause pas. Ces actes sont causés par les ministres choisis par l’Église, qui agissent en son nom dans une communion personnelle au Christ, source de la vie sacramentelle. Le sacrement opère par lui-même, selon sa propre vertu, qui découle de la puissance du Christ ordonnée selon le gouvernement de l’Église. Mais, pour les recevoir dans leur vraie nature et en jouir dans les fruits qu’ils produisent, il faut la foi. On peut communier au Corps et au Sang du Christ, mais si l’on n’a pas la foi dans la transsubstantiation du pain au Corps et du vin au Sang du Christ, ce sont le vrai Corps et le vrai Sang qui sont reçus, mais la personne n’en tire aucun bénéfice. Non parce qu’ils ne sont pas objectivement vrais, mais parce que la personne ne les reçoit pas.

La véritable nature du lien sacramentel du mariage

Traiter de ce sujet, c’est entrer dans des questions difficiles à résoudre. Le lien conjugal, par lequel un homme et une femme s’unissent en vue d’une donation mutuelle de leur corps, est une chose naturelle. Le mariage naturel n’est ni un accouplement, ni un acte transitoire que l’on peut répéter selon les époques différentes de sa vie avec des partenaires différents, comme le font la plupart des espèces animales. Il est un acte qui découle de la volonté du Créateur (cf. Gn 1, 28 ; 2, 24). Il a donc ses propriétés et ses finalités. Ses propriétés sont : proles et fideles, c’est-à-dire la procréation, l’unité et l’indissolubilité. Sa finalité : une communauté de vie et d’amour (cf. Gaudium et spes, 48). Cela forme la nature même du lien conjugal, c’est-à-dire du mariage.


Le lien conjugal, par lequel un homme et une femme s’unissent en vue d’une donation mutuelle de leur corps, est une chose naturelle.


Ce lien exige de la part des partenaires un consentement libre. Par ce consentement, un homme et une femme se donnent l’un à l’autre un droit mutuel sur leur corps. Ce droit rend justes et bons des actes qui leur sont exclusifs et qui sont accomplis dans l’exigence de la nature du lien qui les unit. Ce lien revêt donc la forme d’un contrat entre des partenaires mutuellement consentants, un contrat dont les termes sont dictés par la nature du lien lui-même.

La doctrine chrétienne, du moins celle de l’Église catholique, enseigne que le Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement. Cette élévation ne change rien à la nature du mariage. Elle ne le rend pas indissoluble – l’indissolubilité est une propriété naturelle au mariage –, elle ne change pas la relation entre l’homme et la femme – le mariage est toujours un lien contractuel en un homme et une femme –, elle ne bouleverse pas la finalité du mariage, qui est de créer une communauté de vie et d’amour, c’est-à-dire une union ordonnée à transmettre la vie, fondée sur le choix mutuel des époux qui s’aiment et veulent le même bien.

Cependant, cette dignité insère le mariage dans la grande finalité du mystère du Christ ; elle en fait le signe privilégié de l’amour du Christ pour l’Église, le signe proximal du mystère du Christ Époux. La grâce qui est donnée n’est pas uniquement celle des vertus morales, la tempérance et la justice, mais pour l’homme celle d’aimer sa femme comme le Christ aime l’Église et, pour la femme, d’entrer dans le mystère de la communion par laquelle elle est donnée à l’époux, comme l’Église est donnée au Christ (cf. Éph 5, 22-33).


Cette vocation d’être à l’image de Dieu qui est au fondement du mariage chrétien comporte essentiellement une participation réelle au don total du Christ comme Époux de l’Église.


Cette élévation du mariage naturel à la dignité du sacrement n’est pas uniquement un lien spirituel et mystique qui serait un choix personnel à certains chrétiens de vivre le lien conjugal dans l’aura d’une spiritualité sponsale. Cette élévation est perçue et enseignée par l’Église comme définissant l’accomplissement parfait du lien naturel voulu par Dieu lorsqu’Il crée l’homme et la femme comme «image et ressemblance» de Lui-même» (cf. Gn 1, 26). Cette vocation d’être à l’image de Dieu qui est au fondement du mariage chrétien n’exige pas seulement le consentement à un lien de fécondité et d’amour entre l’homme et la femme, auquel s’ajouterait la fidélité. Il demande plus, il exige plus ! Il comporte essentiellement une participation réelle au don total du Christ comme Époux de l’Église. C’est la réalité même du sacramentum, qui s’ajoute au proles et fides, tel que saint Augustin l’avait déjà perçu.

Cependant, cette exigence du sacramentum semble hors de proportion avec la demande à l’Église que font les baptisés. Hors de proportion, car les baptisés, pour un grand nombre, ne demandent rien d’autre que la bénédiction d’un contrat naturel et, s’ils acceptent la dignité que le sacrement confère à leur engagement, ils ne la vivent que comme un élément facultatif d’une exigence spirituelle de leur choix. De plus, beaucoup de baptisés sont devenus aujourd’hui des baptisés incroyants. S’ils demandent le «mariage à l’Église», c’est souvent par tradition familiale, par exigence sociale ou par une piété passagère. Rien à voir, semble-t-il, avec les exigences du sacrement ! Et pourtant, l’Église maintient l’inséparabilité du contrat et du sacramentum.

Pour les baptisés, le lien matrimonial ne peut être uniquement le lien du mariage naturel. Il est toujours un lien sacramentel qui implique une participation au mystère de l’amour du Christ pour l’Église qui est «son propre corps». Et il ne peut en être autrement. L’Église ne fait pas du lien sacramentel un choix spirituel. Car le lien sacramentel est la seule façon de faire exister en plénitude, entre les deux baptisés, le lien contractuel du mariage naturel qui contient, encore imparfaitement, une participation à l’image de Dieu.

La foi et la nature du lien sacramentel du mariage

Si l’on poursuivait le raisonnement, l’on en viendrait à dire que l’Église ne devrait donner le sacrement de mariage qu’aux baptisés qui ont une foi vivante nourrie de la Parole de Dieu et instruite des exigences sacramentelles du mariage. Autrement dit, le mariage sacramentel deviendrait un mariage fortement élitiste. Ou alors automatique !


Il faut que les personnes qui se marient consentent non seulement à un contrat naturel entre elles, mais à un contrat dont les exigences soient déterminées par l’Église.


Pourquoi automatique ? Dans la mesure où c’est le baptême qui baptise, et non la foi, on pourrait considérer que le sacrement élève automatiquement le mariage naturel à devenir l’image la plus parfaite du Christ et de l’Église. Il vrai que l’Église ne demande pas aux époux d’élever, eux-mêmes, leur mariage à une configuration la plus rapprochée possible du mystère sponsal du Christ et de l’Église. C’est l’acte qui «opère» cela, en tant que le mariage est une œuvre sacramentelle. Il le fait même si l’échange des consentements qui crée le lien du mariage naturel entre les époux ne pourrait pas, dans certaines circonstances, être reçu par les ministres ordinaires du sacrement de mariage5. Cependant, ce n’est pas automatique ! Il faut encore que les personnes qui se marient consentent non seulement à un contrat naturel entre elles, mais à un contrat dont les exigences soient déterminées par l’Église.

Ce «consentement» n’est pas explicité par les fiancés, il est implicitement contenu dans la demande d’un mariage sacramentel. Si des fiancés ne voulaient pas cette réalité sacramentelle, ils en rejetteraient la dignité. Et ils ne pourraient pas recevoir une unique reconnaissance d’un mariage naturel. Car, implicitement ou explicitement, ils ne pourraient vouloir faire ce que l’Église veut faire. Il y a donc inséparabilité entre le contrat (mariage naturel) et le sacrement. Ainsi les chrétiens qui se marient n’obéissent pas seulement aux exigences de la nature, mais sont en en accord avec le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption, seule façon d’accomplir pleinement la volonté créatrice de Dieu.

Ce n’est pas non plus élitiste. L’Église demande a minima que les chrétiens acceptent librement et en pleine conscience les exigences du mariage naturel, même si, objectivement, le sacrement lui-même élève ce mariage naturel à une «image» plus parfaite. Peu à peu, dans leur vie conjugale, les époux qui respectent les exigences de Dieu et le gouvernement de l’Église atteignent, sans spiritualisme excessif, la plénitude d’accomplissement de l’image du Christ Époux. Le sacrement devient entre eux une réalité vivante, une communion plus parfaite au mystère du Christ dans son union sponsale à l’Église pour laquelle il s’est «livré» en vue de la «sanctifier et de la purifier», la voulant «sainte et immaculée» pour l’offrir «sans tache ni ride» au Dieu Trinitaire (cf. Éph 25-27). Telle est la vérité de la vie conjugale chrétienne.


Si les chrétiens acceptent dans la foi de l’Église les exigences du mariage naturel, ils sont élevés à comprendre et à recevoir les exigences sacramentelles du mariage chrétien.


Mais que doit faire l’Église devant des baptisés qui sont devenus incroyants ? Quel est le poids de la foi dans la demande et dans la réception du sacrement de mariage ? Si les exigences du mariage naturel sont respectées, et si les baptisés n’en ont rien à faire des exigences qui élèvent le mariage à la dignité de sacrement, faut-il quand même recevoir leur consentement naturel et laisser tomber l’aspect sacramentel ? Cela reviendrait à séparer le contrat du sacramentum et à amputer tout l’aspect du Salut apporté par le Christ à l’humanité.

La foi ne se mesure pas uniquement à ce que l’homme comprend et accepte. Souvent, la foi fait accepter ce que l’homme, même avec sa raison naturelle, pourrait comprendre sans elle. Ainsi, comme le disait Pie XII dans l’encyclique Humani Generis, on peut prouver l’existence de Dieu par la raison, et la preuve est cohérente et entraîne l’assentiment. Mais la preuve est difficile ! La foi supplée et pose l’homme comme créature de Dieu ! Il en est de même ici. Peut-être que tous les chrétiens ne comprennent pas d’emblée les exigences du sacrement de mariage dans ses aspects propres et essentiels, mais s’ils acceptent dans la foi de l’Église les exigences du mariage naturel, ils sont élevés à comprendre et à recevoir les exigences sacramentelles du mariage chrétien.

Et s’ils n’entrent pas dans la foi de l’Église ? S’ils la rejettent totalement, ils rejettent aussi l’aspect sacramentel du mariage et, en conséquence, ils ne peuvent pas se marier validement à l’Église. Mais s’ils sont tièdes, ignorants, peu ou pas du tout pratiquants, quid ? Sur cette question, la réflexion de l’Église progresse. Dans son exhortation apostolique Familiaris Consortio, saint Jean-Paul II montre bien que les chrétiens vivent leur foi selon des degrés différents et qu’il faut se méfier des jugements trop rigides qui peuvent mettre en cause d’autres personnes et créer d’injustes préjudices. Cependant, il ajoute : «Lorsque, au contraire, malgré toutes les tentatives qu’on a pu faire, les fiancés manifestent leur refus explicite et formel de ce que l’Église entend faire quand est célébré un mariage de baptisés, le pasteur d’âmes ne peut les admettre à la célébration. Même si c’est à contrecœur, il a le devoir de prendre acte de la situation et de faire comprendre aux intéressés que, les choses étant ce qu’elles sont, ce n’est pas l’Église, mais eux-mêmes qui empêchent la célébration que pourtant ils demandent6».

Benoît XVI, dans son discours du 26 janvier 2013, précisait que, si la foi en Dieu, aidée par la grâce, est un élément très important pour soutenir la fidélité à un «mariage naturel», son absence, et encore plus son rejet, «rend encore plus ardue l’obéissance aux exigences divines». Car, même naturelles, les exigences du mariage sont celles de la Volonté divine7.

Aucun pasteur ne possède un «pistimètre8», qui lui permette de mesurer la foi. Il est moins important de mesurer le degré de foi que de discerner l’intention. Les fiancés qui demandent à l’Église le sacrement de mariage ont-ils l’intention d’observer les conditions d’un mariage naturel, d’en respecter les finalités et les propriétés, autant dans ses exigences de fidélité que d’ouverture à la vie et de respect du baptême et de l’éducation chrétienne de leurs enfants ? Encore faut-il les instruire sur ces exigences, sans qu’il soit défendu de les ouvrir à l’exigence sacramentelle !


L’intention bonne peut suffire pour recevoir le mariage, mais elle ne suffit pas à l’exécution de l’acte concret.


Cependant, autant Jean-Paul II et Benoît XVI que François en viennent à considérer que l’absence de foi et même la tiédeur justifient les soupçons que, malgré la manifestation d’une «bonne» intention, les futurs époux sont facilement tentés de laisser tomber certains aspects essentiels du mariage naturel et veulent ignorer ainsi les exigences divines qui s’y attachent ! L’intention bonne peut suffire pour recevoir le mariage, mais elle ne suffit pas à l’exécution de l’acte concret.

Conclusion

Aujourd’hui, les fiancés qui veulent se marier à l’église ne peuvent plus se contenter d’une «inscription» au presbytère et d’une réponse à une enquête canonique censée mettre en évidence leur «intention». De plus en plus, les instances pastorales de l’Église considèrent que c’est nettement insuffisant. Le sacrement de mariage n’est pas une cérémonie religieuse, ni un acte administratif clérical. Il est un sacrement par lequel les époux entrent dans une participation au mystère du Christ : son Incarnation et la Rédemption qu’il apporte à l’humanité forment donnent l’essentiel de cette vie «consacrée» que les époux s’apprêtent à vivre tout au long de leur vie. Son antistrophe est la vie sacerdotale liée au même mystère sponsal et vécu dans le célibat sacerdotal9. Ce sont les deux seuls états de vie sanctifiés par un sacrement. Et, pour les vivre en plénitude, il faut la foi du baptême et la confirmation, la nourriture de l’Eucharistie et la grâce du pardon.

La vie conjugale sacramentelle n’est pas uniquement une réussite de la sexualité, ni une perfection dialogale de la vie à deux, ni une œuvre généalogique qui assure la perpétuité. Elle est le sommet de la vie chrétienne reçue au baptême pour ceux qui sont appelés à devenir «une seule chair». C’est ce que doivent mettre en œuvre les cours de préparation au mariage.

Si le pasteur ne peut pas tout faire et tout donner lui-même, pourquoi ne ferait-il pas appel à des laïcs théologiquement formés et spirituellement en accord avec le mystère ecclésial ? Mais cela est une autre question !

Aline Lizotte

Photo : Corinne Simon / CIRIC


1 – La Commission théologique internationale a été créée par le pape Paul VI le 11 avril 1969. Ses statuts ont été fixés par le motu proprio Tredecim anni iam du pape Jean-Paul II, le 6 août 1982. L’objectif de la CTI est d’«aider le Saint-Siège, et principalement la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), dans l’examen de questions théologiques jugées de grande importance». Pour autant, les documents de la CTI n’ont qu’une valeur indicative, ses conclusions n’ayant vocation qu’à éclairer et conseiller le magistère dans les décisions que celui-ci doit poser à un niveau strictement doctrinal. Présidée par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avec pour secrétaire général le Père Serge-Thomas Bonino, la CTI est composée d’au maximum trente théologiens de plusieurs écoles et pays, «éminents pour leur science et leur fidélité au Magistère de l’Église» selon ses statuts. Les membres sont nommés pour cinq ans par le pape, sur proposition du cardinal préfet de la CDF et après consultation des conférences épiscopales.

2 – Ce document élaboré pendant plus d’un an est le fruit du travail des théologiens réunis en sous-commissions, sous la présidence de Gabino Uríbarri Bilbao, S.J., assisté de Mgr. Lajos Dolhai, Peter Dubovský, S.J., Mgr. Krzysztof Góźdź, Thomas Kollamparampil, C.M.I., du Professeur Marianne Schlosser, d’Oswaldo Martínez Mendoza, Karl-Heinz Menke, Terwase Henry Akaabiam et de Thomas G. Weinandy, O.F.M. Cap. Il a été approuvé par la majorité des membres de la commission par un vote écrit, lors de sa session plénière en 2019 et soumis à son président le cardinal Luis F. Ladaria Ferrer, S.J., Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui, après avoir reçu l’avis favorable du pape François, a autorisé sa publication le 19 décembre 2019. Ce document n’est à ce jour publié qu’en anglais et en espagnol.

3 – Dire cela n’exclut pas que Dieu ne puisse faire participer une multitude d’hommes au Salut apporté par le Christ, par d’autres voies que le baptême de l’eau. Dieu n’est pas lié au sacrement ! Mais le baptême reste la voie ordinaire et la plus accessible. Dieu peut se servir d’autres moyens mystiques ou religieux dans la mesure où, même si ceux qui les pratiquent ne le savent pas, ils peuvent conduire à recevoir quelques éléments du Salut apportés par le Christ. (Cf. la Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Jesus, août 2000).

4Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 68.

5 – Cela ne signifie pas qu’un mariage républicain est l’équivalent d’un mariage chrétien. Car l’Église ne reconnaît pas aux autorités civiles le droit de recevoir en son nom les consentements des époux. Il ne faut pas confondre le mariage naturel et le mariage civil. À l’heure actuelle, le mariage civil est de moins en moins conforme au mariage naturel, d’une part parce qu’il ne reconnaît pas l’indissolubilité comme propriété naturelle du mariage et, d’autre part, parce que les réformes sur le droit du mariage l’ont étendu à une prétendue existence d’un lien matrimonial à des personnes qui ne peuvent pas être unies par un tel lien, entre autres le «mariage» entre les personnes de même sexe.

6Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 68.

7Benoît XVI, Discours au Tribunal de la Rote, 26 janvier 2013.

8 – Du grec pistis : la foi.

9Cf. Marc Ouellet, Amis de l’Époux, Parole et Silence, 2019.

 

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