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Argentine : l’avortement sera-t-il légalisé malgré une forte culture pro-vie ?

L’Argentine, pays où l’avortement n’est pas légal et où il existe une forte culture pro-vie, est sur le point de légaliser l’avortement. Actuellement, l’enfant à naître y est protégé par la constitution, et le pays n’autorise l’avortement qu’en cas de danger pour la vie ou la santé de la mère et en cas de viol. Si l’avortement y est dépénalisé, ce serait le plus grand pays d’Amérique latine à adopter cette mesure.

Le président argentin Alberto Fernández, élu en décembre 2019, a déclaré le 1er mars qu’il présenterait un projet de loi légalisant l’avortement dans les dix jours suivants. Lors de son premier discours au Congrès, il a déclaré : «nous sommes au XXIe siècle et la société doit respecter le droit des gens à faire ce qu’ils veulent de leur corps ; c’est le droit de la femme de décider».

En 1989, l’Argentine a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, qui énonce tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux, sanitaires et culturels des enfants. En 1990, elle a adopté une loi qui précise qu’un «enfant» s’entend comme une personne humaine à partir du moment de sa conception. En 1994, elle a réformé sa constitution et y a intégré la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, consacrant ainsi le droit à la vie des enfants à naître dans la constitution nationale.

Bébé à naître

L’Argentine célèbre les enfants à naître chaque année. En 1998, après une visite au Vatican au pape Jean-Paul II, le président argentin Carlos Menem a adopté un décret déclarant le 25 mars «Journée de l’enfant à naître». Cette journée est devenue de facto la «Journée pro-vie» annuelle, au cours de laquelle des messes et des marches pour la vie sont organisées dans tout le pays.

«En ce qui concerne la question de l’avortement, la législation argentine est très claire. S’ils veulent légaliser l’avortement, ils devraient réformer la constitution, ce qui est un processus vraiment long et compliqué. Mais il y a beaucoup de corruption ici. Même si l’avortement est illégal ici, ils l’autorisent toujours pour la “santé” de la mère, ce qui peut signifier n’importe quoi», explique la responsable d’un mouvement pro-vie.

La première tentative de légalisation de l’avortement a eu lieu début 2018, sous le président Mauricio Macri, lorsque le Congrès argentin a tenté de faire passer une loi dépénalisant l’avortement et le rendant gratuit dans toutes les cliniques de santé nationales. Le 14 juin 2018, le projet de loi a été adopté à la Chambre des députés. Le 9 août 2018, il a été rejeté par le Sénat avec une marge de sept voix. «Nous sommes restés à l’extérieur du Parlement jusqu’à 2 heures du matin en priant pour ce vote. Les gens sont venus au Parlement de toute l’Argentine en portant l’image de Notre-Dame de Lujan [la patronne mariale de l’Argentine]. Imaginez, sept personnes ont sauvé la vie de millions d’enfants à naître !», a rappelé une militante pro-vie.

Le débat législatif sur l’avortement a créé quelque chose d’inattendu : l’apparition d’un mouvement pro-vie massif et populaire. «Le mouvement pro-vie a débuté littéralement du jour au lendemain, il y a deux ans. Nous avons juste commencé à nous rassembler et à organiser des marches dans tout le pays, à parler de ce problème aux gens dans la rue, aux prêtres, à en parler à l’église. Il y a toujours eu un mouvement ou un sentiment pro-vie dans le pays, mais nous n’avions pas besoin de faire quoi que ce soit parce que l’avortement n’était pas dans notre pays», témoigne une militante.

Des groupes ont vu le jour dans toute l’Argentine, organisés par réseau professionnel : Teachers for Life, Artists for Life, Doctors for Life, Lawyers for Life. Chaque province d’Argentine dispose désormais d’un groupe pro-vie, et il en existe pour chaque religion. Il existe également des groupes qui aident les femmes confrontées à des grossesses non désirées, spécialement chez les protestants, plus organisés que les catholiques.

L’opposition au mouvement pro-vie vient de groupes qui sont largement financés par des ONG étrangères. «Il y a beaucoup d’argent qui vient des organisations internationales, principalement de la Fondation Open Society de George Soros, et aussi de Planned Parenthood», explique une responsable pro-vie, qui poursuit : «Le peuple argentin est culturellement pro-vie. Les gens ne comprennent pas l’avortement comme un choix personnel. Ce n’est pas dans leur esprit que l’enfant à naître doit vivre ou non. Ces idées de “choix” sont une colonisation idéologique. Elles ne viennent pas d’ici. […] Ici en Argentine, être pro-vie est naturel. La culture est pro-vie. Le Mouvement Vert1 le sait. C’est pourquoi ils s’opposent à un référendum sur l’avortement : parce qu’ils savent qu’ils perdraient», explique une militante.

Alors que l’Argentine se prépare à ce que son président présente le projet de loi sur l’avortement, 100 000 personnes ont assisté à une messe pro-vie le 8 mars, journée internationale de la femme parrainée par l’ONU, à la basilique Notre-Dame de Lujan, à 70 kilomètres de Buenos Aires. Mgr Oscar Ojea de San Isidro, président de la Conférence des évêques argentins, a condamné la cruauté de l’avortement des filles et toutes les formes de violence et de discrimination à l’égard des femmes. Il s’est également interrogé sur la présentation de l’avortement comme une priorité pour l’Argentine. «La vie est le premier droit, et sans elle, il ne peut y en avoir d’autres. Nous le revendiquons pour tous, à tout âge et dans toutes les situations où cette vie se trouve, et de manière particulière pour ceux qui sont faibles, sans protection et sans défense», a-t-il déclaré.

Rédaction SRP

Source : National Catholic Register


1 – 1. En Argentine, le foulard vert est le symbole du combat pour le droit à l’avortement.

 

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