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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Accord Chine-Vatican : faut-il doubler la mise sur une mauvaise affaire ?

«La persévérance sur un chemin difficile mais noble est une vertu. L’entêtement face à la preuve irréfutable d’une grave erreur est un vice. Ce dernier semblerait caractériser de manière appropriée une lettre envoyée le mercredi des Cendres à l’ensemble du Collège des cardinaux par son nouveau doyen, le cardinal Giovanni Battista Re. Dans cette lettre – son premier acte officiel en tant que doyen –, le cardinal Re réprimande le redoutable cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, pour ses critiques de l’accord que le Vatican a conclu avec la République populaire de Chine en 2018.

[…] Il est plus que troublant que le Saint-Siège double la mise pour une affaire que tout le monde (sauf ceux qui sont directement impliqués) pense être une très mauvaise affaire : mauvaise, car elle permet au Parti communiste chinois de nommer des candidats à l’épiscopat, candidats que le Saint-Siège peut ensuite approuver ou rejeter.

[…] Pourquoi la Chine et son «modèle» ne sont-ils plus loués dans les commentaires mondiaux ? La mauvaise gestion initiale par les Chinois (et pire encore) de COVID-19, le coronavirus, a eu un impact. Mais avant que quiconque ait entendu parler du COVID-19, les intentions et la brutalité du régime communiste chinois ont suscité une inquiétude croissante : ses actions de détention de Ouïgours dans des camps de concentration, ses attaques contre les communautés religieuses – y compris la dégradation et la démolition des églises catholiques après la signature de l’accord avec le Saint-Siège – ses mouvements militaires agressifs dans la mer de Chine méridionale, la création d’un appareil de sécurité interne orwellien par la technologie de reconnaissance faciale, son classement des citoyens chinois en fonction de leur fiabilité politique (c’est-à-dire de leur acceptation de ce que dicte le Parti communiste chinois), son espionnage international, souvent mené sous le couvert de sociétés technologiques prétendument indépendantes, comme Huawei, ses attaques numériques incessantes contre Taïwan, l’initiative mondiale chinoise «Belt-and-Road» («la Ceinture et la Route», i. e. la nouvelle route de la soie, NDLR), qui enchaîne financièrement les pays du tiers monde au régime de Pékin.

Pourtant, la diplomatie du Vatican n’a pas prononcé un seul mot public sur tout cela.

Cependant, le plus troublant dans la lettre du cardinal Re, c’est son affirmation selon laquelle l’accord Vatican-Chine de 2018 est en continuité avec la diplomatie de Jean-Paul II et de Benoît XVI. À mon avis, ce n’est tout simplement pas correct ou, au mieux, c’est une distorsion du dossier historique au service d’une défense de ce qui ne peut être défendu sur le fond.

Oui, Jean-Paul II et Benoît XVI ont cherché des moyens d’unir l’Église en Chine. Mais aucun des deux n’était prêt à le faire au détriment du droit de l’Église d’ordonner sa vie interne selon des critères catholiques. Jean-Paul II et Benoît XVI auraient pu conclure un accord en vertu duquel le Gouvernement chinois proposerait des candidats à l’épiscopat, que le Vatican accepterait ensuite ou auxquels il mettrait son veto. Les deux papes ont refusé un tel arrangement, non seulement parce qu’il était en contradiction avec l’enseignement de Vatican II dans son Décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Église et avec le canon 377.5 du Code de droit canonique, mais aussi parce qu’ils savaient que cette concession affaiblirait la mission évangélique de l’Église en Chine.

L’accord que défend le cardinal Re ne s’inscrit pas dans la continuité de la politique de Jean-Paul II et de Benoît XVI : c’est un accord encore pire que celui que ces papes n’ont pas voulu conclure. Car il concède le pouvoir de nomination au Parti communiste chinois, qui gère les affaires religieuses en Chine, et non au Gouvernement chinois. Et c’est, en un mot, intolérable.

La défense de l’indéfendable par le cardinal Re est une dernière manifestation de l’ancienne Ostpolitik du Vatican, cette politique ratée consistant à faire des concessions aux régimes totalitaires, concessions qui ont fait beaucoup de mal à l’Église en Europe centrale et orientale pendant les années 1970. Les diplomates italiens du Vatican défendent toujours cette politique, prétendant de manière absurde qu’elle a préparé le terrain pour la révolution de 1989 et la chute du mur de Berlin. Mais qu’est-ce que l’Ostpolitik a réellement accompli ? Elle a fait de la hiérarchie de l’Église hongroise une filiale à part entière du Parti communiste hongrois, réduisant ainsi la crédibilité évangélique de l’Église. Elle a démoralisé le catholicisme dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Elle a exercé une pression inutile sur l’Église en Pologne. Et elle a facilité la pénétration en profondeur du Vatican par les services secrets communistes.

La lettre du cardinal Re déplore que la voie à suivre pour l’Église catholique en Chine soit difficile et complexe. Qui pourrait en douter ? Cette voie n’est cependant pas rendue plus facile par des concessions indignes à des voyous ou par l’appel à ses collègues cardinaux contre celui qui conteste l’accord Vatican-Chine de 2018, ce que fait précisément le cardinal Re.»

Traduction SRP d’un article de George Weigel (First Things)

Source : First Things

 

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