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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Vatican : volte-face sur la création d’une Direction générale du personnel

«Sur proposition du Conseil de l’Économie, le pape François a créé la “Direction générale du personnel”, dont la compétence s’étend au-delà du personnel employé au sein des différents dicastères et organismes propres au Saint-Siège, mais également aux Instituts (comme l’IOR), les usines, les chapitres, les administrations, les organisations et les Fondations actuellement non soumises à une vérification centralisée. L’annonce en a été faite ce vendredi 6 mars par la Salle de presse du Saint-Siège.»

Le Vatican

C’est ainsi que, dans son bulletin d’information quotidien du vendredi 6 mars, Vatican News, l’organe officiel d’information du Vatican, saluait la création d’une «Direction générale du personnel» au sein de la section des affaires générales du Secrétariat d’État, responsable de la gouvernance ecclésiastique interne, décrivant cette décision comme «un pas de grande importance dans la voie de la réforme initiée par le pape François».

«Cette nouvelle direction sera présidée par un directeur, qui aura un pouvoir stratégique, d’inspection et opérationnel, avec des fonctions de coordination, de contrôle et de vigilance ; le bureau, en outre, sera également équipé pour être en mesure de répondre, en temps opportun, aux différentes demandes qu’il sera appelé à effectuer», précisait le communiqué.

Le lendemain même, le même organe officiel du Vatican annonçait dans une nouvelle déclaration que la Direction générale du personnel était «à l’étude par le pape François». En fait, qu’il n’y avait pas de création d’une nouvelle Direction. «Pour être précis, en l’état actuel des choses, il s’agit d’une proposition avancée au Saint-Père par le cardinal Reinhard Marx, président du Conseil de l’économie, et par le cardinal Óscar Rodríguez Maradiaga, président du Conseil des cardinaux, d’instituer une telle structure», indique le communiqué, qui ajoute : «Le Saint-Père étudiera la proposition et, s’il le juge opportun, au moment opportun, il instituera la structure de la manière qu’il décidera avec un Motu proprio». Comment interpréter cette volte-face ?

Selon la revue Crux, pour qui connaît la situation réelle au Vatican, une déclaration de ce type aurait mieux reflété la réalité : «En ce moment, nous sommes en plein désarroi, en proie à des luttes de pouvoir, et l’une des choses sur lesquelles nous nous battons est le contrôle des ressources humaines.» Car c’est précisément, selon Crux, ce que révèle cette volte-face : une Direction générale du personnel équivaudrait en effet, à ce que, dans tout autre contexte, on appellerait un «Service des ressources humaines», dont la création a été soutenue depuis un certain temps par des réformistes au sein du Vatican, mais qui rencontre plusieurs obstacles.

En tant qu’employeur, le Vatican a une masse salariale gonflée, qui n’est pas viable par rapport à ses ressources, et qui prépare une crise du fonds de pension du personnel. Par ailleurs, il y a une démultiplication des tâches, qui conduit dans de nombreux cas à un travail inefficace, voire contre-productif. Un exemple typique en est le Dicastère de la communication, où plusieurs médias sont supposés parler au nom du Vatican et diffusent parfois des messages contradictoires. La solution serait, comme dans toute entreprise, une réduction du personnel et une redéfinition des postes.

L’une des difficultés que pose le licenciement d’employés du Vatican est que la plupart des membres du personnel n’ont jamais reçu d’attributions claires et n’ont jamais été évalués de manière formelle, de sorte que les mesures (licenciements, mutations ou promotions) qui seraient prises ne pourraient être interprétés que comme des décisions arbitraires ou personnelles.

La résolution de ces problèmes passera inévitablement par une diminution des effectifs, et le personnel maintenu devra accepter plus de travail et davantage de responsabilités. Cela pose le problème de l’acquisition de compétences et de comportements permettant cette adaptation, ce qui suppose un investissement important dans la formation professionnelle à tous les niveaux. En 1989, le pape Jean-Paul II avait créé un Bureau du travail, auquel il avait confié l’organisation de formations techniques pour le personnel subalterne. Mais le besoin demeure d’une formation permanente des hauts fonctionnaires.

Ce sont là des tâches qu’un service des ressources humaines serait normalement chargé de gérer. La déclaration initiale du Vatican ne précisait rien de tout cela, mais les initiés ont compris que la création d’un tel service entraînerait bien des changements dans les habitudes. Cela explique sans doute la réaction interne qui a conduit à la décision de faire marche arrière.

Une décision aussi importante, dans une période où toute la Curie romaine était en retraite, où le pape lui-même était malade, et où la peur des coronavirus préoccupait les gens, allait beaucoup trop loin, et cette «étape de grande importance» dans les efforts du pape pour la réforme du Vatican est mort-née. Le temps nous dira si François décide de la ressusciter…

Rédaction SRP

Source : Crux

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