Facebook Twitter Linkedin Whatsapp
Bouton de la Rubrique Grand Angle

Succès diplomatique du pape François auprès des évêques américains

Ces dernières années, les relations entre les évêques américains et le pape François se sont inscrites sur un fond d’incompréhensions liées à plusieurs événements qui semblèrent porter à leur maximum d’intensité un ensemble de tensions accumulées depuis le début du pontificat. Mais les six derniers mois ont vu s’opérer un changement, et il est devenu plus difficile d’affirmer qu’il existe une mésentente entre le pape et l’épiscopat américain.

Le pape François

Plusieurs mois de rencontres entre le pape et les prélats américains à l’occasion des visites ad limina semblent en effet avoir constitué un succès discret, mais notable, de la diplomatie pastorale du pape à un moment crucial pour l’Église américaine : depuis novembre 2019, de nombreux évêques sont revenus de leurs visites ad limina pleins d’éloges à l’égard de François…

Les commentaires des médias sur les tensions entre les évêques américains et le pape se focalisèrent d’abord sur la publication d’Amoris lætitia, l’exhortation apostolique du pape sur la famille donnée en 2015. Une note de bas de page dans le texte semblait laisser ouverte la possibilité d’un changement dans l’enseignement de l’Église sur le divorce et le remariage, ce qui alarma les évêques américains.

Certains propos informels tenus par le pape à diverses occasions1 suscitèrent la réaction de plusieurs évêques, ce qui entretint les tensions. Certains prélats américains, comme Mgr Charles Chaput, se virent attribuer le qualificatif d’«archiconservateurs» par les médias, ce qui contribua à accentuer un supposé clivage. Dans le même temps, d’éminents laïcs catholiques américains s’élevèrent contre le programme de réforme du pape, et l’impression se répandit que l’Église américaine était devenue un foyer d’opposition à Rome dans le monde catholique.

Le point le plus bas dans les relations vaticano-américaines fut atteint en 2018, avec la publication d’allégations d’abus sexuels sur des mineurs et des séminaristes contre le cardinal Theodore McCarrick. Le pape réagit rapidement au scandale, qui atteignait le cœur de la hiérarchie américaine, en retirant son cardinalat à McCarrick et en le condamnant à une vie de prière et de pénitence avant même que son procès canonique n’ait commencé. Malgré cela, les accusations portées par Mgr Carlo Maria Viganò contre le pape et l’intervention de Rome lors de la réunion de la Conférence épiscopale américaine (USCCB) de 2018 à Baltimore – qui empêcha les évêques américains d’adopter leurs propres mesures d’urgence sur la responsabilité épiscopale – suscitèrent une indignation à peine voilée de l’épiscopat américain. Certains évêques qualifièrent les allégations de Mgr Vigano – accompagnées d’un appel à la démission du pape – de «crédibles» et exigèrent des actes. Leur patience fut mise à rude épreuve… et le rapport McCarrick est toujours sur le bureau de françois.

Mais, aujourd’hui, le ton a changé. Des évêques que l’on disait très opposés au pape sont revenus de leur visite Rome en chantant ses louanges. Mgr Timothy Broglio, de l’archidiocèse aux armées, a ainsi déclaré que François «était très ouvert à nos commentaires et qu’il nous a laissé en gros les thèmes que nous traiterions […]. Il était très amical. Nous avons parlé de toutes sortes de choses, de la formation des prêtres à la prédication de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en passant par le travail en commun en tant que Conférence épiscopale. […] Au-delà du désir des évêques de voir le rapport McCarrick publié, le pape a montré une volonté de parler des préoccupations typiquement américaines, et même de la politique interne de l’USCCB, dans laquelle certains évêques se sont présentés comme des interprètes du pape parmi leurs frères.»

Un sujet brûlant dont le pape a discuté avec les évêques américains est l’action du jésuite James Martin2 sur le thème des LGBT, qui a divisé l’opinion dans les diocèses américains. Selon plusieurs évêques, François a clairement indiqué, lors d’une session ad limina, que le fait d’avoir reçu Martin lors d’une réunion l’année dernière ne constituait pas une approbation implicite de son travail, et qu’il n’était pas du tout impressionné par la façon dont la réunion avait été utilisée par les médias sociaux pour promouvoir la cause LGBT.

Les récentes rencontres des évêques américains avec le pape semblent bien être un succès diplomatique discret mais important pour l’avenir : si les évêques ne sont pas encore proches d’un accord sur certaines questions, ils sont apparemment unis dans leur appréciation du pape, ce qui aurait été difficile à dire il y a seulement quelques mois.

1. Citons en particulier : «Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ?» Ces paroles du pape de retour des JMJ de Rio, en 2013, en réponse à une journaliste qui le questionnait sur l’existence d’un lobby gay au sein du Vatican, ont marqué les esprits.

2. Le prêtre jésuite James Martin, rédacteur en chef de la revue America, est l’auteur d’un livre prônant l’intégration des personnes LGBT au sein de l’Église. Il mène ce combat depuis plusieurs années, suscitant des réactions contrastées. Le pape François lui a accordé, le 30 septembre 2019, un entretien privé d’une demi-heure en marge d’un rassemblement auquel il participait en tant que consultant auprès du Secrétariat aux communications du Saint-Siège. Certaines institutions aux États-Unis ne permettent pas au Père James Martin de s’exprimer dans leur diocèse.

Rédaction SRP

Source : CNA

>> Revenir à l’accueil