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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Cardinal Barbarin : démission acceptée

Le jour même de l’annonce de la décision du pape d’accepter la démission de Mgr Barbarin, la Conférence des évêques de France en a pris acte et a exprimé «son amitié fraternelle [au cardinal], alors que commence pour lui un temps nouveau de son ministère au service du Christ et de l’Église». «Ce peut être une surprise ou une déception à l’extérieur du diocèse, commente Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, mais à l’intérieur, tout le monde s’attendait à cette décision. Après tant de souffrances, à commencer pour les victimes, une page se tourne, conformément à ce qu’a voulu depuis longtemps le cardinal Barbarin pour le bien du diocèse.»

Le cardinal Barbarin

Le cardinal a été au centre d’un tel discrédit qu’il était difficile d’envisager qu’il revienne aux affaires, estime l’historien vaticaniste Christophe Dickès qui explique : «Philippe Barbarin a été condamné à une mort sociale par une machine médiatique qui vous broie. Dans ce contexte, on pourrait estimer que François a plié devant le tribunal populaire en acceptant laconiquement la démission – le bulletin d’annonce du Vatican ne fait qu’une phrase». Il propose une clef pour comprendre l’attitude du pape : «François a bien insisté sur la présomption d’innocence les deux fois où le cardinal lui a remis sa démission [en 2016 et 2019, NDLR], or une fois qu’il est blanchi par la justice, il le retire de son diocèse… Mais dans ce choix final, le pape semble surtout avoir été motivé par des raisons pastorales».

Charles Mercier, maître de conférence en histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux, explique que «son cas a déchaîné les passions. Sa phrase, prononcée en 2016, “Grâce à Dieu, les faits sont prescrits”, a été désastreuse. Par son langage, mais aussi sa communication non verbale – peu expressive –, il a littéralement incarné l’insensibilité de l’institution vis-à-vis des victimes. C’est vraiment le procès d’une certaine Église qui a été fait à travers lui.» Quant à la décision du pape, il explique que « François manifeste là une harmonie entre la volonté du cardinal, qui a exprimé ne pas vouloir revenir dans le diocèse de Lyon, et la situation sur place, où un retour n’aurait pas de sens pour beaucoup de catholiques lyonnais. Nous ne sommes donc pas dans une sanction, mais dans une forme de pragmatisme qui tient compte de la dynamique locale.»

Dans le diocèse de Lyon, au début de 2019, la situation était très tendue. La défiance des catholiques envers leur archevêque était manifeste jusqu’au sein des conseils de prêtres et de laïcs entourant le cardinal dans sa gestion du diocèse : quelques jours après le deuxième refus du pape, ils avaient voté massivement pour sa démission. Le calme revint quelques mois plus tard avec l’arrivée de Mgr Dubost comme administrateur apostolique, mais la majorité des catholiques reconnaissaient que, pour son bien comme pour le bien du diocèse, Mgr Barbarin ne pouvait pas reprendre sa place.

Pour Austen Ivereigh, qui a publié plusieurs ouvrages sur le pontificat de François, il faut faire un rapprochement avec le cas du cardinal américain Donald Wuerl, archevêque émérite de Washington, mis en cause pour non-dénonciation d’abus sexuels, et dont la démission a été acceptée : «Dans un cas comme dans l’autre, ces évêques sont mis en cause pour leur gestion de leur diocèse et d’affaires dont les faits sont anciens. Face à cela, jusqu’à récemment, le pape considérait qu’un évêque dans cette situation devait rester, faire face aux problèmes, apprendre des erreurs commises et continuer à mener le bateau. Pour Mgr Wuerl comme pour Mgr Barbarin, François entend l’argument de ces évêques, qui lui demandent d’être retiré pour le bien de l’Église, car ils sont eux-mêmes des freins à un déblocage de leur diocèse. Mais on sent que cela coûte au pape de faire ce choix.»

Voici le message adressé le 8 mars, depuis Jérusalem, par Mgr Barbarin aux fidèles de son diocèse :

«À tous les frères et sœurs du diocèse de Lyon.

Deuxième dimanche du carême : je suis heureux de vous écrire quelques lignes en ce jour de lumière. L’Église nous invite à suivre Pierre, Jacques et Jean que Jésus emmène “à l’écart, … sur une haute montagne”. Ils vont voir le visage du Seigneur devenir “brillant comme le soleil” et assister à sa rencontre avec Moïse et Élie. Nous avons besoin de ce cadeau, de cet éblouissement, pour avancer avec courage vers les ténèbres de la Passion et pour suivre notre chemin de disciples.

Vendredi, le pape François a accepté de me décharger de la responsabilité pastorale du diocèse de Lyon. Les mises en cause dont j’ai été l’objet, compréhensibles pour une part, mais aussi injustes et mensongères parfois, sont devenues un obstacle insurmontable pour que je continue d’assumer cette mission que j’avais reçue en 2002.

Je remercie donc le pape d’avoir accueilli ma demande. Et, ensemble, nous prions déjà pour celui qui sera nommé archevêque de Lyon et portera avec vous l’Évangile dans le Rhône et le Roannais. Que le Seigneur le prépare à ce service extraordinaire de devenir le successeur de saint Irénée, “votre évêque” !

Depuis près de trois semaines, je suis accueilli comme un frère, dans un monastère en Terre Sainte. J’ai la joie… et le temps de prier pour vous, pour toute notre fraternité diocésaine. Mgr Dubost – je l’en remercie – a proposé que nous ayons l’occasion de rendre grâce à Dieu pour les dix-sept années que j’ai passées au milieu de vous, comme serviteur et comme pasteur. Il donne rendez-vous pour la célébration de l’Eucharistie le vendredi 15 mai, à 19h, à la primatiale Saint-Jean. J’aurai ce jour-là, tout à la fois, à vous demander pardon, et mille mercis à vous dire.

Aujourd’hui, ma prière est toute simple : J’ai livré ma vie à Jésus, pour semer sa Parole et offrir sa grâce. J’ai donné ce que je pouvais au diocèse de Lyon pour que l’Évangile soit annoncé, reçu, aimé, vécu !

Je n’ai pas eu d’autre joie que celle de le voir embraser des cœurs, des communautés chrétiennes, et tant d’endroits que j’ai visités.
Aujourd’hui, comme dit saint Paul, il faut prier pour “que la Parole poursuive sa course et soit glorifiée” (2Th 3, 1) !

Quant à moi, je poursuivrai mon chemin, où le Seigneur voudra, comme il le voudra, selon les indications du pape, s’il m’en donne, ou en me mettant quelque part au service d’un évêque et de la communauté où il m’enverra.

Chers frères et sœurs, en août 2004, lors du dernier voyage de Jean-Paul II en France, j’ai eu l’occasion de donner le sacrement de l’onction des malades à Sœur Emmanuelle. Quand elle m’a vu approcher, elle m’a demandé : “Qu’est-ce que tu vaux, toi, comme évêque ? Est-ce que tu mets le feu à ton diocèse ?” C’était son style… Mais quelle belle question ! Au fond, voilà bien mon souhait le plus cher. Que mon successeur, et vous tous avec lui, vous mettiez le feu au diocèse de Lyon. Dans l’Évangile, quand Jésus dit qu’il est “venu jeter un feu sur la terre” (Luc 12, 49), c’est juste après avoir expliqué longuement ce que veut dire “ceindre ses reins”, pour servir. Voilà ce que je souhaite à tous et chacun : que le Seigneur nous donne des cœurs de serviteurs !

Le chemin pour y parvenir commence par la prière : contempler longuement et écouter celui dont le Père nous dit, sur la montagne, aujourd’hui : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !” (Mt 17, 5).

À ceux que j’ai blessés durant ces années d’épiscopat, je demande simplement pardon. Au Seigneur et à chacun de vous, je dis un très grand MERCI.

Je ne vous oublierai jamais. Je vous aime !»

Depuis le monastère d’Abou Gosh, en Terre sainte, Mgr Barbarin a déclaré le 6 mars sur KTO : «Je n’ai aucun projet. Je suis un prêtre, je ferai donc ce que le pape me demandera. Le travail ne manque pas dans l’Église de France !»

Rédaction SRP

Sources : Le Figaro, La Vie

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