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L’amour gratuit : le message de Ferdinand Ulrich

Ferdinand Ulrich

Dans notre contexte sociétal marqué par des relations basées sur le donnant-donnant, le professeur Ferdinand Ulrich (1931-2020), une figure encore peu connue en France, rappelle la grandeur de l’homme appelé à aimer gratuitement, à la suite du Fils. Vers la fin de sa vie –survenue ce 11 février –, il a pu dire : «Ma vocation, c’est l’amour gratuit.»

Philosophe catholique allemand, Ulrich fut un ami et un maître pour le théologien Hans Urs von Balthasar (1905-1988), qui l’a reconnu comme un des plus grands penseurs du XXe siècle. Sa philosophie est une expérience vécue, une descente dans la fragilité de l’être, un inlassable apprentissage de l’amour gratuit. Thérèse de Lisieux, Thomas d’Aquin, Augustin le lui enseignent, pour en vivre en tant qu’époux et père de trois enfants, titulaire de la chaire de Philosophie à Ratisbonne, aussi bien que dans la grande solitude des dernières années de sa vie, dans les échecs et les épreuves.


La vocation de l’homme est avant tout se recevoir d’un Autre, accueillir l’acte de la création, devenir ce qui lui est déjà donné.


Dans son œuvre de jeunesse Homo abyssus. L’aventure de la question de l’être (1958), certainement son chef-d’œuvre, il propose une anthropologie métaphysique. «L’être fini n’est pas “quelque chose” mais un “acte de don gratuit”. L’être est amour gratuit donné1

À des jeunes époux rencontrés en 2016, qui lui demandent comment grandir dans la communion des personnes, il rappelle ce que signifie aimer l’autre sans l’utiliser, l’aimer gratuitement. Il s’agit d’abord de reconnaître l’acte créateur : le don de Dieu dans notre être est amour inconditionné, source profonde de notre liberté. La vocation de l’homme est avant tout se recevoir d’un Autre, accueillir l’acte de la création, devenir ce qui lui est déjà donné. Il est alors possible d’apprendre à donner sans qu’on nous rende et à recevoir sans pouvoir redonner. Nous avons presque toujours cette tentation : «Je t’aime pour que tu m’aimes» ; «Je fais cela pour toi afin que tu fasses pour moi» ; «Je reçois et il faut que je donne en retour». D’ailleurs, il est peut-être encore plus difficile de recevoir sans pouvoir donner en retour !

Mgr Oster, étudiant et fils spirituel du professeur Ulrich, le résume dans l’homélie des funérailles : «Ferdinand Ulrich ne cesse de répéter que cet amour est gratuit, “umsonst”, “pour rien”. La gratuité, le “pour rien” de l’amour avec sa double signification : “pour rien”, “gratis”, comme un cadeau reçu gratuitement. Mais aussi “pour rien” au sens de “frustra”, “sans résultat”, “en vain”. Un tel amour, qui se donne gratuitement, n’apporte rien aux yeux d’un monde obnubilé par le calcul, le profit, l’intérêt, un monde égocentrique. Un tel amour, qui en fin de compte ne me rapporte rien, est inutile, vain – ainsi dit et pense ce monde. C’est en Jésus – que Ferdinand Ulrich appelait si souvent “l’Amour crucifié” – que l’unité des deux faces de la gratuité, le “pour rien” de l’amour se manifeste le plus profondément2

Alors, pendant ce carême, entraînons-nous à la gratuité de l’amour, comme Ferdinand Ulrich, à la suite du Crucifié : «Aime sans condition !»

Élisabeth Collet

 


1 – Article du 12 avril 2016 de Roberto Graziotto, dans ilsussidario.net.

2 – Mgr Stephan Oster, évêque de Passau et Docteur en philosophie, homélie de funérailles de Ferdinand Ulrich, 21 février 2020.

 

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