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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Chine-Vatican : vives tensions entre le cardinal Zen et le cardinal Re

Le cardinal Zen

Le 1er mars, dans une lettre ouverte adressée au cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège des cardinaux, le cardinal Joseph Zen Zi-kiun, évêque émérite de Hong Kong, a répondu à l’affirmation de Mgr Re selon laquelle Benoît XVI avait approuvé le projet d’accord secret avec le Gouvernement chinois sur les nominations d’évêques. Le cardinal Zen a invité le doyen à produire les preuves figurant dans des archives qu’il a prétendu avoir vues : «Si vous voulez me prouver que l’accord récemment signé a déjà été approuvé par Benoît XVI, il vous suffit de me montrer le texte de l’accord, qu’il m’est interdit de voir jusqu’à présent, et les preuves d’archives que vous dites avoir pu vérifier», écrit le cardinal Zen. «Il reste donc à expliquer pourquoi il n’a pas été signé à cette époque», ajoute-t-il.

Le cardinal Re a rendu publique le 29 février une lettre à ses confrères cardinaux datée du 26 février, affirmant que l’accord Chine-Vatican signé le 22 septembre 2018 – accord qui visait à normaliser la situation des catholiques chinois et à unifier l’Église clandestine et l’Association catholique patriotique chinoise – représentait la pensée de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI, et que le cardinal Zen se trompait dans son opposition à cet accord.

Dans ce document, le cardinal Re affirme qu’il existe une profonde symphonie de pensée et d’action entre saint Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François sur l’Église en Chine, et que tous trois ont favorisé le dialogue entre les deux parties et non l’opposition. Il écrit : «Après avoir personnellement pris connaissance des documents existant dans les archives actuelles de la Secrétairerie d’État, je suis en mesure d’assurer Votre Éminence que le pape Benoît XVI a approuvé le projet d’accord sur la nomination des évêques en Chine, qui n’a pu être signé qu’en 2018».

Le cardinal Zen a répondu aux affirmations du cardinal Re concernant les prédécesseurs immédiats de François en se référant à la déclaration de Benoît XVI dans les Derniers entretiens1, selon laquelle lui et saint Jean-Paul II considéraient l’ostpolitik – l’effort diplomatique du Vatican pour tendre la main au Bloc de l’Est – comme un échec, bien qu’il ait été poursuivi avec de bonnes intentions. Il rappelle que Benoît XVI avait déclaré lors de l’entretien de 2017 : «Au lieu d’être conciliant et d’accepter des compromis, il fallait y résister avec force».

Le cardinal Zen a également mis en cause la déclaration du cardinal Re selon laquelle «l’Église indépendante ne peut plus être interprétée de manière absolue comme une “séparation” du pape, comme c’était le cas dans le passé», et qu’«il y a une lenteur à tirer in loco toutes les conséquences qui découlent de ce changement d’époque, tant sur le plan doctrinal que pratique». «Le prétendu changement d’époque du sens du mot “indépendance” n’existe, je le crains, que dans la tête du très éminent secrétaire d’État», écrit Mgr Zen.

Le cardinal Zen suggère que ce «changement» pourrait avoir été «causé par une traduction erronée du chinois par le jeune secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples», qui, selon lui, est aussi en partie responsable des 10 erreurs au moins de la traduction de la lettre de Benoît XVI aux catholiques de Chine en 2007. «Mais étant donné l’intelligence de Son Éminence, j’ai hésité à croire qu’il ait pu être trompé. […] Il semble plus probable qu’il se soit laissé volontairement tromper», ajoute Mgr Zen.

Par ailleurs, le cardinal Zen soutient qu’il a «de fortes preuves» que le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, «manipule le Saint-Père, qui me montre toujours tant d’affection lorsque nous nous rencontrons, mais ne répond jamais à mes questions». Au début de sa lettre, il n’hésite pas à écrire : «J’admire votre courage de vous aventurer dans des problèmes que vous reconnaissez vous-même comme complexes, risquant ainsi de compromettre le prestige de votre nouvelle haute fonction […] nous avons aujourd’hui notre “vice-pape” capable d’insuffler un tel courage à de nombreux travailleurs du Saint-Siège», une allusion claire au cardinal Parolin.

Mgr Zen conclut : «Lorsque beaucoup de mes frères désespérés viennent me demander conseil, je leur dis : ne critiquez pas ceux qui suivent la ligne directrice de Rome. Mais comme la ligne directrice laisse place à l’objection de conscience, vous pouvez vous retirer tranquillement dans l’état de catacombes et ne pas résister par la force à une quelconque injustice, vous ne pourriez que subir davantage de pertes. Ai-je tort dans tout cela ?»

Entre le cardinal Re, pour qui l’accord entre la Chine et le Vatican «semble être, à l’heure actuelle, le seul possible», et le cardinal Zen, proche de ses frères chinois désespérés, victimes chaque jour de pressions, de violations de leurs droits, d’expulsions, et de destructions, assiste-t-on à l’édification d’une sorte de «muraille de Chine» d’incompréhension ? Réponse attendue le 21 septembre 2020, date de l’échéance de l’accord.

Rédaction SRP

Source : Catholic News Agency

Photo : oldyosef.hkdavc.com


1Derniers entretiens est le quatrième chapitre du dialogue du pape émérite Benoît XVI avec le journaliste allemand Peter Seewald paru en français chez Fayard en 2016. Peter Seewald avait déjà publié trois livres d’entretiens avec Joseph Ratzinger-Benoît XVI : Le sel de la terre (1995), Dieu et le monde (2001), et Lumière du monde (2010).

 

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