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Voyeurisme et délectation malsaine…

L’actualité nous offre encore un assassinat politique lâche à la veille d’élections ! Nous commençons à en avoir l’habitude, hélas ! Nous gardons encore le goût amer des dernières élections présidentielles, où le débat politique avait été volé au peuple. On avait sorti de tiroirs obscurs une histoire de rémunération exagérée. Le candidat mis en cause, François Fillon, eut le courage de faire face à l’attaque et de mener sa campagne jusqu’au bout, mais le peuple avait déjà été pris au piège. On l’avait détourné de l’objet même du vote : la gestion des affaires de la cité, le vivre ensemble et le vivre bien.

Le peuple était appelé non pas à s’introduire dans l’intimité du candidat à abattre, en exigeant de lui d’être irréprochable en tout, mais à juger de sa capacité à assumer la lourde et belle responsabilité politique nécessaire à tous. Il devait utiliser son intelligence pour chercher, analyser, peser au regard de la formation, de l’expérience et des actes politiques, ainsi que du programme politique qu’il proposait, et décider de son avenir en connaissance de cause. Mais la nudité fut exposée sous l’angle d’abus de bien public, sans aucune considération ni pour la vie privée, ni pour la vie politique d’ailleurs !


Cette exigence de «pureté» des hommes politiques est-elle réellement une vertu morale ou un simple désir de satisfaire une curiosité malsaine  ?


Dans le cas présent, on y revient sous l’angle de la faiblesse sexuelle. À la veille des élections municipales, le candidat Benjamin Griveaux s’est vu obligé de mettre fin à sa candidature à la Mairie de Paris et de consentir à son retrait immédiat de la vie politique, après la publication sur les réseaux sociaux d’images relatives à son comportement sexuel. En pleine crise sur des dossiers sensibles (retraites, santé, bioéthique, etc.), le Gouvernement s’est vu contraint par ricochet de redistribuer rapidement ses cartes afin de poursuivre sa tentative de conquête de la Mairie de Paris, vitrine si convoitée par tous les partis politiques.

Quoi de plus normal que de désirer une vie vertueuse pour tous et d’agir en ce sens de toutes ses forces ? La personne ou le peuple qui se comporte ainsi réhausse la dignité de l’homme doué de raison et, ce faisant, pointe un bien pour ses semblables. Mais cette exigence de «pureté» des hommes politiques est-elle réellement une vertu morale ou un simple désir de satisfaire une curiosité malsaine et/ou de se réjouir de voir l’autre cloué au pilori ? La dénonciation publique ne sert-t-elle pas souvent d’abord un désir de nuire, un désir de vengeance et/ou d’assassinat d’un rival dont on a peur ? Ce qui serait par ailleurs une autre faute morale à laquelle le peuple consentirait, consciemment ou non !

Un des risques majeurs– surtout à l’heure du numérique, qui respecte peu les règles de mesure et de contrôle des médias classiques –, c’est d’une part de faire de la vie politique une chose banale, avec des pions interchangeables, et d’autre part d’amener à voter non pas pour les compétences et les idées, mais sous l’influence de l’image fabriquée de l’homme politique. Cela ne favorise pas une vie politique saine et stable, mais cela engendre déception et instabilité.

Que cherchons-nous : voyeurisme et délectation malsaine ou vie politique raisonnable ?

Suzanne Lamartinière

 

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