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Bouton de la Rubrique Grand Angle

USA : l’Utah débat de la dépénalisation partielle de la polygamie

L’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours (dont les adeptes sont communément appelés «Mormons») est la religion prédominante en Utah. Ses dirigeants ont soutenu la pratique de la polygamie au XIXe siècle, mais, sous la forte pression du Gouvernement fédéral, ils ont ordonné l’arrêt des «mariages pluriels» à la fin des années 1800. Certains groupes dissidents continuent cependant de pratiquer les mariages pluriels. On estime actuellement à 30 000 le nombre de personnes vivant dans des communautés polygames en Utah.

La loi de l’Utah considère actuellement la polygamie comme un crime, assorti d’une peine allant jusqu’à cinq ans de prison. Un projet de loi du Sénat local veut faire évoluer cette législation et propose de traiter la polygamie chez les adultes consentants comme une infraction moins sévèrement punie que de nombreuses infractions au Code de la route : les personnes accusées de polygamie pourraient être punies d’amendes allant jusqu’à 750 dollars et de travaux d’intérêt général. La peine pourrait être aggravée (un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans) si le polygame est également reconnu coupable de fraude, d’abus d’enfants, d’abus sexuel, de violence domestique, de trafic d’êtres humains.

Bâtiment administratif des Mormons

La sénatrice républicaine qui parraine le projet de loi a déclaré que la stricte application de la loi anti-polygamie au milieu du XXe siècle n’avait pas dissuadé les Mormons de pratiquer le mariage pluriel, et que les familles polygames ont été poussées vers la clandestinité, se réfugiant «dans une société de l’ombre, où les personnes vulnérables sont des proies faciles». Elle a fait valoir que la loi actuelle est inapplicable s’il n’y a pas d’autres crimes, ce qui correspond effectivement à la pratique actuelle du procureur général de l’Utah consistant à n’engager des poursuites que lorsque d’autres crimes graves sont commis. La sénatrice a ajouté que les personnes concernées «en ont assez d’être traitées comme des citoyens de seconde zone. Ils ont l’impression que l’Utah a légalisé les préjugés à leur encontre. Ils veulent être des gens honnêtes, mais ils ont l’impression qu’ils doivent mentir ou apprendre à leurs enfants à mentir sur leur famille pour rester en sécurité.»

Le débat autour de la question est vif. Si les partisans de la dépénalisation de la polygamie mettent en avant le fait que les membres de ces communautés ont peur de signaler les abus car ils craignent d’être ostracisés par leur communauté ou d’être punis par Dieu, ses opposants soutiennent que la polygamie est comparable au crime organisé et à l’esclavage. Selon eux, réduire les sanctions pénales encouragerait davantage de foyers polygames et enverrait le message que c’est «un mode de vie correct». Ils affirment que les Mormons fondamentalistes utilisent leurs Écritures «pour justifier des crimes et des comportements déviants» et «pour subvertir et opprimer leurs femmes et leurs nombreux enfants qui ont été endoctrinés dès leur naissance à croire qu’un Dieu aimant a commandé une telle souffrance et une telle disparité». Ils font remarquer que les jeunes hommes sont poussés hors des communautés polygames afin que les hommes plus âgés puissent monopoliser les jeunes femmes comme épouses, et ils affirment que cette pratique est liée aux mariages d’enfants, à l’inceste et à l’extorsion d’argent en échange de la promesse du salut religieux.

La Cour suprême des États-Unis a maintes fois confirmé l’interdiction de la polygamie. Mais en 2017, un sondage Gallup a révélé que 17 % des Américains, principalement des Américains non religieux, trouvaient la polygamie moralement acceptable. L’évolution de l’opinion dans un sens favorable a fait suite au lancement en 2010 de l’émission de téléréalité Sister Wives, qui donnait une représentation sympathique d’une famille polygame.

Rédaction SRP

Source : CNA

 

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