Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Pour le pire et pour le meilleur

Le pire est déjà «en marche» et s’enveloppe des oripeaux d’une bienveillance doucereuse qui, au prétexte d’apporter du bien-être, nous entraîne dans l’erreur d’une fausse compassion.

Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées auprès du Premier Ministre, a adressé une lettre au Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour permettre la pratique de «l’accompagnement sexuel» des personnes handicapées. Cet accompagnement consiste en une prestation d’assistance aux personnes porteuses de handicap pour leur permettre d’avoir accès à leur sensualité, voire leur sexualité, dans une pratique sensuelle avec ledit accompagnateur pouvant aller jusqu’à la relation sexuelle. Le but de la consultation est de pouvoir légiférer pour sortir les accompagnateurs, leurs clients et les structures qui les encadrent du champ de la Loi sur la prostitution et le proxénétisme.


Le pire est déjà «en marche» et le meilleur, comme souvent, est beaucoup plus discret.


Une nouvelle fois, la sexualité rentre dans le standard de la santé sexuelle telle que le définit l’Organisation mondiale de la santé, qui en fait un bien de consommation sensuelle, «monétisable» et hédoniste. Tout est ramené à une notion de droit à la santé sexuelle et aux conditions d’accès à ce droit, où la sexualité n’arrive pas à s’élever au dessus d’un besoin physiologique primaire faisant peu à peu oublier sa dignité propre et son ambition : celle d’une relation de don, ouverte à la vie, entre des personnes qui engagent toutes leurs dimensions – corporelle affective et spirituelle – pour une communion plénière couronnée par le plaisir sexuel. Au nom du «sexe pour tous» et de l’égalité des droits, on ouvre un peu plus grande la porte au «cheap sex».

Le meilleur, comme souvent, est beaucoup plus discret. Il se montre néanmoins avec finesse sur les affiches de quelques cinémas concurrençant non sans mal celles, racoleuses, de blockbusters parfaitement «marketés» par des virtuoses du prêt à consommer cinématographique de masse.

Dans le film Le photographe, le réalisateur indien Ritesh Batra nous offre une fresque d’une grande délicatesse sur la naissance d’un amour et d’un désir que tout semble contrarier. C’est dans l’Inde du XXIe siècle, où les différences religieuses et de castes perdurent dans des écarts sociaux majeurs, qu’il dépeint par petites touches l’humilité, la modestie, l’amitié, la force, la piété qui permettent progressivement aux deux personnages de se rencontrer, de se connaître et de s’aimer.

Tout en pudeur, il suggère plus qu’il ne dévoile l’intériorité de ses personnages, qui découvrent dans leur relation naissante le mystère de chaque personne, leur mystère propre et le mystère de l’autre : «Quand j’ai vu la photo qu’il a prise de moi, je ne me suis pas vue, j’ai vu quelqu’un qui semblait plus heureux que moi1».

Dans cette métaphore de l’amour, du vertige d’un chemin inconnu et partagé qui s’ouvre, le cinéma est un art et confirme que la beauté est l’équilibre du bien et du vrai.

Jérôme Fouquet

 


1 – «When I saw the photo he took of me, I did not see myself, I saw someone who looked happier than me.»

 

>> Revenir à l’accueil