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Synode allemand : la tempête se lèverait-elle ?

Le cardinal Müller

Parmi les voix critiques qui s’élèvent sur le processus synodal allemand, l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Müller, a récemment fait entendre la sienne, comparant la procédure synodale allemande à la loi d’habilitation des nationaux-socialistes de 1933, qui donnait à Hitler le pouvoir de promulguer des lois sans l’intervention du Reichstag. Dans un article paru le 3 février dans LifesiteNews, après avoir qualifié le chemin synodal de «suicidaire», il a déclaré : «C’est comme la situation qui prévalait lorsque la Constitution de Weimar a été abrogée par la loi d’habilitation. Une assemblée autoproclamée, qui n’est pas autorisée par Dieu ni par le peuple qu’elle est censée représenter, abroge la Constitution de l’Église de droit divin, qui est fondée sur la Parole de Dieu». Il a ajouté que «toute l’approche de la voie synodale est ecclésiologiquement (sic) erronée. Un mauvais diagnostic gâche la meilleure thérapie».

Ces propos du cardinal Müller se fondent sur le fait que la première assemblée synodale a décidé que même les propositions directement opposées à l’enseignement de l’Église peuvent être envoyées à l’assemblée générale de 230 membres synodaux. La structure de l’assemblée synodale est également telle que les laïcs détiennent une majorité parmi les membres, ce qui porte atteinte à la structure d’autorité épiscopale telle qu’elle est établie dans l’Église catholique.

Les réactions à l’attaque du cardinal Müller – présentée par lui-même comme une «provocation afin de briser le mur du silence lorsqu’il s’agit d’objections substantielles au programme de réforme de la voie synodale» – n’ont pas manqué. Le père Bernd Hagenkord, ancien rédacteur en chef de l’édition allemande de Vatican News, qui est aujourd’hui le conseiller spirituel de la procédure synodale, a déclaré qu’une personne qui faisait une telle comparaison soit n’avait aucune idée de l’histoire, soit «essayait délibérément d’empoisonner le débat». Pour le vicaire général d’Essen, le père Klaus Pfeffer, «C’est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il est grand temps de contredire « des attaques verbales aussi grotesques et offensantes à l’encontre de notre Église».

La voix de Mgr Müller n’est pas isolée. L’évêque de Tyler (Texas), Mgr Joseph E. Strickland, a demandé à Mgr Franz-Josef Bode, évêque d’Osnabrück, vice-président de la conférence épiscopale allemande et vice-président de la procédure synodale, de revenir à l’enseignement traditionnel de l’Église. S’exprimant sur la façon dont il voit le rôle des femmes dans l’Église, Mgr Bode a en effet déclaré que «Jésus-Christ est devenu un être humain et non un homme pour nous» (Christus ist «Mensch, nicht Mann geworden»). Ce que Jeanne Smits commente ainsi : «On voit évidemment où il veut en venir. S’il n’est pas devenu homme mais être humain, Il n’est pas nécessaire de tenir compte de l’identité masculine du Christ en réfléchissant au ministère sacerdotal qu’Il a souverainement incarné. Et il n’y aurait pas d’impossibilité ontologique à ce qu’une femme soit ordonnée prêtre.»

Mgr Bode a d’ailleurs annoncé que le forum se penchera sur les possibilités qui existent déjà, afin de faire progresser la participation des femmes dans l’Église. Mais on évoquera aussi des «questions fondamentales» comme l’ordination des femmes. Il s’est également dit favorable à l’ordination des viri probati, annonçant la mise en place d’un clergé «sous deux formes» : les hommes mariés pourraient être «prêtres à temps partiel», tandis que les prêtres célibataires représenteraient la «profession principale».

Dans son article sur le sujet, le portail Internet de l’église catholique d’Allemagne introduit un lien vers des déclarations en septembre dernier à welt.de de la théologienne Dorothea Sattler, directrice de l’Institut pour l’œcuménisme et la dogmatique à l’université de Münster. Elle affirmait que, d’un point de vue théologique, Dieu aurait pu devenir un être humain en tant que femme, ajoutant que, vu les conditions sociales il y a quelque 2 000 ans, il était «sage» de la part de Dieu d’être devenu un être humain en tant qu’homme, ce qui ne veut nullement dire qu’il n’aurait pas pu en être autrement. Selon elle, le «genre» de Jésus ne joue aucun rôle dans la doctrine du salut : «Cela concernait l’incarnation de Dieu, et non le fait de devenir un homme. La question du genre n’avait pas de rapport avec la théologie du salut dans l’histoire de la tradition». Elle ajoutait que le fait de mettre l’accent sur la masculinité du Christ est quelque chose de «nouveau».

Quant à l’initiateur du processus synodal, le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich-Freising, il a informé les évêques allemands qu’il ne se présenterait pas pour un second mandat à la tête de la conférence épiscopale allemande. Pour justifier sa décision, il a invoqué son âge (66 ans) et son désir de passer plus de temps dans son archidiocèse. Son mandat à la tête de la conférence épiscopale allemande aura été marqué par plusieurs controverses (possibilité de bénédictions liturgiques pour les couples de même sexe, ordination des femmes, etc.) et s’achève sur une voie synodale à bien des égards contestable. Les évêques allemands éliront leur nouveau président lors de leur assemblée générale au début du mois de mars. Il semblerait donc bien que ce n’est pas celui qui sème le vent qui récoltera la tempête…

Rédaction SRP

Sources : The Tablet, Blog de Jeanne Smits, Katholisch.de, CNA, LifeSiteNews

Photo : Elke Wetzig / Wikimedia Commons

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