Vitrail et relaxe
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Le procès du cardinal Barbarin a porté l’attention sur la pédophilie, ce mal de l’homme moderne, un homme désintégré, un enfant attardé qui court après les plaisirs dans des jeux interdits. Et un bouc émissaire sur lequel la société se débarrasse de toutes ses turpides secrètes, cherchant en vain une solution judiciaire à un mal qui gît au fond de l’âme.

Tous ceux qui aiment le cardinal Barbarin, ceux qui ont souffert avec lui de l’injustice de sa condamnation par le tribunal de grande instance, ceux qui connaissent la générosité de sa personnalité, la force et la créativité de son action pastorale, la fidélité de sa foi, tous ceux-là espéraient cette relaxe. Ils ont prié, ils ont espéré, ils ont obtenu la victoire. Que Dieu soit glorifié et qu’il soit remercié en actions de grâces.

Le cardinal est innocent, mais le problème existe toujours ! Le fléau de la pédophilie, si peu étendu soit-il, est toujours présent. Les actes accomplis par des prêtres depuis un passé lointain gardent une existence spectrale, comme s’ils ne pouvaient pas s’éteindre. Même si l’Église a réagi avec force, il n’en demeure pas moins que des hommes revêtus du sacerdoce ont eu un comportement que l’on juge aujourd’hui abominable, alors que voilà un peu plus de quarante ans, ces mêmes comportements étaient socialement couverts par toutes les instances publiques, par un silence éhonté source de ragots et d’insanes curiosités. L’Église de nos jours en est salie, son autorité morale est ébranlée, et les fidèles qui restent sont, souvent parmi les plus anciens, secoués de honte et de colère. Pourquoi ?

Honte et culpabilité

La honte sexuelle existe depuis l’apparition de l’humanité et depuis le rejet séculaire de Dieu, de sa volonté créatrice, de la mise en doute de son immense amour pour cet homme né de la terre. Rejetant Dieu, cet homme à qui le serpent avait promis un pouvoir au moins égal à celui de son Créateur, s’est trouvé subitement nu, et sa nudité lui a fait honte.


 

La honte sexuelle existe depuis l’apparition de l’humanité et depuis le rejet séculaire de Dieu.

 


Cette honte, il la ressent dans la concupiscence qui s’empare de son corps, sentiment inconnu quand il était porté par un véritable élan d’amour : «Celle-ci est la chair de ma chair» (Gn 1, 25). Le dialogue est soudainement changé, et cela durera jusqu’à la fin des siècles : «Ta concupiscence te portera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16). Cette phrase qui semble ne concerner que la femme, nous dit Jean-Paul II, ne s’adresse pas qu’à elle. Ces paroles portent la marque de l’effondrement du dialogue de l’amour.

L’amour de concupiscence devient une lutte entre le fort, l’homme, et le faible, la femme. L’élan amoureux et créateur du corps se transforme en domination : l’homme domine la femme, l’adulte domine l’enfant et l’adolescent. Le sexe se dilue en plaisir. Plus le fort se croit fort, plus il transforme la violence de sa passion en exploitation du faible, plus il instaure un régime d’esclave social, émotif, sexuel.

La dernière forme d’esclavage de notre époque est celle de l’enfant vis-à-vis de l’adulte qui l’exploite pour satisfaire son plaisir, pour le posséder comme un objet, pour en faire un souffre-douleur que l’on maltraite, ou même pour, en le gâtant, le constituer «roi-tyran». L’enfant est devenu la victime» universelle1.

L’homme exploiteur est de plus en plus nu. Il est rongé par la honte, par la culpabilité, il devient un humain désintégré ! La culpabilité génésiaque l’engendre et le détruit ! Il n’est plus l’anthropos, il n’est plus l’Adam ! Il est l’enfant attardé2 qui court après les plaisirs dans des jeux interdits, et qui creuse l’abîme dans laquelle il s’enfouit, cherchant à s’évanouir devant Celui qui ne cesse de l’appeler ! C’est l’homme moderne, l’homme de l’Ego.

Le pédophile, symbole de l’humain dégénéré

Cet homme désintégré, le pédophile en est, semble-t-il, le dernier symbole humain qui se présente à notre regard, un regard qui ne veut pas le voir. De tous les misérables, le pédophile est celui qui ne recueille jamais un seul regard de miséricorde, un seul geste de compassion, une seule main tendue. Il est l’humain abhorré, le monstrueux. Il est l’être intégralement rejeté. Il incarne l’ultime de la honte et de la culpabilité sexuelle. Il est devenu le symbole du rejet total de l’humanité.


 

Le pédophile devenu indispensable à la société qui se débarrasse de toutes ses turpides sur ce nouveau «bouc émissaire» chargé de sa purification.

 


On trouvera des excuses au maître des esclaves, de la compréhension pour les parents indignes, des atténuations aux homicides infantiles, et même des droits à la suppression des enfants utérins. On ne trouvera rien qui «excuse» le pédophile. Il est devenu l’incarnation du mal. Et en ce sens, il est aussi devenu indispensable à la société qui se débarrasse de toutes ses turpides secrètes ou publiques sur ce nouveau «bouc émissaire» chargé de sa purification.

Sans en avoir conscience, nous risquons de créer une société de pédophiles qui répondra à notre besoin de haine de nous-mêmes, de vengeance, de colère. Et par le fait même, nous multiplierons les victimes… et les associations de victimes comme ministres purificateurs.

Le problème demeure !

La relaxe du cardinal Barbarin s’est heurtée à la justice française qui a refusé, au nom du Droit, d’entrer dans la cérémonie purificatrice de la colère sociale qui dresse les vraies victimes comme des brandons alimentant un bûcher. C’est tout à son honneur, et cela pourrait servir d’exemple pour la Haute Cour de Justice d’Australie.

Mais un jugement d’un président de Cour d’appel ne règle pas le problème. Le problème gît au fond de notre âme, il tourmente nos consciences, il nourrit notre honte et nos culpabilités. Il s’appelle le mépris de la Création, œuvre d’amour de Dieu que nous avons transformée en exaspération du désir, en exaltation d’un libéralisme sexuel sans frein et sans loi, en culpabilité latente qui s’efforce de trouver autant de distorsions pour sortir de l’impasse.

Tant que nous continuerons à penser, à enseigner, à tourner et à retourner toute norme pour qu’elle devienne de plus en plus permissive, nous engendrerons des adultes incapables de vivre dans cette hypocrisie sociale, des adultes socialement incompétents, des adultes qui se tourneront vers des enfants pour trouver la tendresse qui leur a manqué. Et nous fabriquerons autant de «Nathanaël3» à qui on apprendra la ferveur, autant de «Nathanaël» qui pourront dire à leur évêque : «Je ne peux pas vous expliquer, parce que vous ne comprendrez pas». Et c’est vrai, nous ne comprenons pas !

Aline Lizotte

 


1Cf. le dernier livre de David Filkenhor, Sexually victimed children, mai 2010.

2 – Cet enfant attardé, André Gide l’a parfaitement illustré, lui qui a couru toutes les amours, qui a cherché toutes les tendresses, qui a connu tous les plaisirs. Toute l’œuvre des Nourritures terrestre nous raconte, dans un style admirable, ce qu’il faut appeler l’usure de l’âme. «Certes, j’ai fait ce que j’ai pu pour empêcher l’usure atroce de mon âme ; mais ce ne fut que par l’usure de mes sens que je pus la distraire de son Dieu ; elle s’en occupait toute la nuit et tout le jour ; elle s’ingéniait à de difficiles prières ; elle se consumait de ferveur. […] Et l’image de la vie, ah ! Nathanaël est pour moi un fruit plein de saveur sur des lèvres pleines de désir». (André Gide, Les nourritures Terrestres, Huitième livre, Éditions La Pléiade, rééd. 1984, pp. 243-244.

3 – Voir la note précédente.

 

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