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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Synode d’Allemagne : tous les chemins mènent-ils à Berlin en 2020 ?

Le cardinal Marx

Depuis qu’elle a annoncé un «processus synodal contraignant» de deux ans pour aborder et réformer l’enseignement et la discipline de l’Église universelle sur quatre thèmes (le pouvoir dans l’Église, le célibat des prêtres, la place des femmes, la sexualité), la Conférence épiscopale allemande est un grave sujet d’inquiétude pour Rome. Plusieurs tentatives ont été faites depuis le Vatican pour la faire changer de cap. En juin 2019, le pape François lui-même a écrit une lettre1 à l’ensemble de l’Église allemande, la mettant en garde contre une fausse synodalité, dont l’objectif est de rendre l’Église conforme à la morale et à la pensée séculières modernes. Le pape parlait d’un «nouveau pélagianisme» cherchant «à mettre de l’ordre dans la vie de l’Église et à l’adapter à la logique actuelle». Le résultat serait «un corps ecclésiastique bien organisé et même “modernisé”, mais sans âme et sans nouveauté évangélique».

Les différents responsables de la Curie ont également donné des avertissements explicites, d’abord en privé, puis en public, arguant que les projets allemands constituaient un défi à l’universalité de l’enseignement et de la discipline catholiques. Il ne leur a pas échappé que le Comité central des catholiques allemands (ZDK) n’avait accepté d’être impliqué dans le processus que si l’assemblée synodale pouvait élaborer des politiques contraignantes pour l’Église allemande.

Du 30 janvier au 2 février s’est tenue à Francfort la première session du processus synodal, réunissant 230 évêques et laïcs allemands. Détail significatif : les évêques étaient en habits civils, au milieu des laïcs2. Tous les participants étaient placés selon l’ordre alphabétique (et non par groupe ou par statut), ce qui «montrait clairement que les évêques et les prêtres sont des participants comme les autres», explique l’ancien rédacteur en chef d’un hebdomadaire diocésain. La vice-présidente du ZDK et coprésidente de l’Assemblée siégeait aux côtés du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising et président des évêques allemands, et de Thomas Sternberg, président du ZDK. Elle a salué «l’espace sans hiérarchie» qui s’est ouvert à Francfort.

Si La Croix parle à propos de cette assemblée d’une «atmosphère de dialogue libre et respectueux», son compte rendu n’en laisse pas moins apparaître certaines tensions : le cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, qui s’est déjà exprimé dans plusieurs médias3 sur son scepticisme quant au «chemin synodal», a regretté que «s’avérait justifiée (sa) grande crainte, en raison de la façon dont cet événement a été conçu et constitué, de voir mis en place un parlement protestant». Propos auxquels le cardinal Marx a répliqué : «Pourquoi le mot protestant devrait-il être un gros mot ?» Quant à Thomas Sternberg, il lui a répondu : « Voulez-vous la synodalité comme le demande le pape, ou un modèle d’organisation de l’Église du XIXe siècle ?»

Le programme du synode allemand touche aux grandes questions qui figurent sur l’agenda du pape cette année et qui sont intrinsèquement liées : synode amazonien, célibat sacerdotal, réforme de la Curie.

La fin du célibat obligatoire est présentée comme l’un des résultats attendus du processus synodal allemand, et un certain nombre d’évêques allemands ont affirmé qu’ils saisiraient toute exception faite pour l’Amazonie. Mgr Franz-Josef Bode, vice-président de la Conférence des évêques allemands, a déclaré dans une interview de 2018 que si l’ordination des hommes mariés est autorisée pour l’Amazonie, les Allemands demanderont la même autorisation pour des raisons d’urgence pastorale. Mgr Franz-Josef Overbeck évêque d’Essen, président d’Adveniat, l’organisation d’aide de l’Église en Allemagne pour l’Amérique latine, a qualifié le synode amazonien de «point de non-retour» pour l’Église, affirmant qu’à sa suite, «rien ne sera plus comme avant».

Le 27 janvier, le secrétaire de la Conférence des évêques allemands a insisté dans une interview sur le fait qu’il est «inacceptable» que Rome continue à avoir un pouvoir de décision absolu sur l’enseignement et la discipline universels. Le jésuite Hans Langendörfer a appelé les autres régions à suivre l’exemple de l’Allemagne et à imposer un nouveau modèle fédéral à l’Église. Autant d’interventions qui posent la question d’un conflit ouvert entre l’Église allemande et Rome.

À Rome, le Conseil des cardinaux – le fameux C 6 – est toujours en train d’examiner les réactions au projet d’une nouvelle constitution apostolique sur la structure et le fonctionnement de la Curie romaine (projet intitulé «Evangelium prædicate»). Or, dans ce texte, dans la section qui définit l’autorité de la Congrégation pour la doctrine de la foi, se trouve une disposition qui a un rapport direct avec la proposition allemande d’une Église fédérale. Il fait en effet référence à la «responsabilité première» des évêques individuels et des conférences épiscopales nationales pour l’Église dans les différents pays et régions. Dans ce qui serait une innovation significative, le projet de constitution fait spécifiquement référence à la «véritable autorité doctrinale» des conférences épiscopales nationales, et dit que la CDF «appliquera le principe de subsidiarité» sur toutes les mesures liées à la «protection de la foi».

Selon plusieurs sources, cette disposition, fortement inspirée par les souhaits du cardinal Reinhard Marx de Munich, président de la Conférence épiscopale allemande et membre clé du C 6, a fait l’objet de critiques soutenues dans les commentaires faits par les évêques du monde entier l’été dernier. Si cette disposition restait dans le texte final de la constitution, elle validerait essentiellement le processus synodal allemand, quelles que soient les objections formulées par la Curie à son encontre.

Le pape pourrait de plus en plus percevoir les évêques allemands comme essayant de le contraindre à leur donner raison. Ils ne lui laissent peut-être pas d’autre choix qu’une confrontation ouverte. Qu’il se tourne vers le coin le plus éloigné de l’Amazone ou qu’il réforme sa propre Curie à Rome, François pourrait en venir au constat que tous les chemins mènent à Berlin en 2020.

La prochaine assemblée du processus synodal allemand est prévue en septembre 2020.

Rédaction SRP

Source : CNA


1Lettre au saint peuple de Dieu qui chemine en Allemagne, datée du 29 juin 2019.

2 – Voir La Croix du 4 février 2020.

3 – Voir Cath.ch. S’exprimant après la session, le cardinal Woekli a déclaré que les discours prononcés lors de la réunion lui avaient fait comprendre que l’assemblée ne fonctionnait pas comme un corps catholique. «Les conditions préalables essentielles de nature ecclésiologique concernant ce qu’est l’Église catholique ont été, à mon avis, ignorées dans de nombreux discours », a-t-il affirmé, expliquant que la communion hiérarchique de l’Église était mise de côté en faveur d’une réinvention démocratique de la foi.

 

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