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Bouton de la Rubrique Grand Angle

PMA de Françaises à l’étranger : une enquête à prendre en compte par le Gouvernement

Malgré des mois de discussion sur le projet de loi bioéthique, le nombre de femmes qui recourront à la PMA si le projet de loi est définitivement adopté reste flou. Selon l’estimation faite par le Gouvernement français pour chiffrer le coût d’extension de la PMA (entre 10 et 15 millions d’euros), il y aurait une demande de 2 400 à 3 000 femmes par an.

Pour établir ce chiffre, le Gouvernement français s’est fondé sur les travaux du chercheur belge Guido Pennings1 : pour la période 2005-2007, 760 femmes françaises se sont rendues chaque année en Belgique pour faire une PMA.

Le journal La Croix a tenté de faire sa propre estimation. Il s’est concentré sur la Belgique et l’Espagne, les deux pays qui accueillent le plus de Françaises dans leurs cliniques et hôpitaux spécialisés, en ne retenant que les cas de recours à un don de gamètes, donc ceux potentiellement concernés par la prochaine loi.

Tests de laboratoire

Sur les 15 centres d’assistance médicale à la procréation interrogés en Wallonie et à Bruxelles, neuf ont répondu. Ils ont accueilli au total 1 396 patientes françaises en 2018. Par ailleurs, un rapport rendu public en septembre 2019 par le ministère de la Santé espagnol et la Société espagnole de fertilité indique qu’en 2017, 7 100 actes médicaux y ont été accomplis par des Françaises dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation. Compte tenu du fait que les femmes y font en moyenne deux actes, il faut compter environ 3 500 Françaises.

Au total, on arrive donc à une estimation bien supérieure à celle du Gouvernement français. Et l’on constate par ailleurs que la demande augmente de façon importante. «Le fait de faire une PMA pour un couple de lesbiennes ou une femme célibataire est moins tabou qu’auparavant», explique une chercheuse à l’Ined spécialiste des questions de procréation. «La loi sur le “mariage pour tous” a fait découvrir aux Français que les homosexuels avaient aussi des enfants. Cela a libéré la parole, y compris dans les médias ou dans les familles. Du coup, il est plus facile de se renseigner, notamment sur Internet.»

En Espagne, les cliniques d’IVI (cliniques de fertilité expertes en procréation assistée depuis 1990) font état d’une nette augmentation de leurs clientes françaises, même si «les lesbiennes et les femmes célibataires restent une minorité». Concernant les célibataires, le nombre de celles qui se sont rendues chez IVI pour une première consultation a augmenté en quatre ans de près de 30 %. Leur profil est le suivant : plus de 35 ans, un travail stable, le soutien de leur famille, un projet mûrement réfléchi. La PMA est pour elles un «plan B» pour une maternité, car elles n’ont pas trouvé de compagnon. Pour les couples de femmes, elles ont en moyenne une trentaine d’années, ont construit leur projet à deux et ont généralement mis 5 000 ou 6 000 € de côté. On observe que «il y a dix ans, celles qui le faisaient étaient très militantes, très proches des associations. Aujourd’hui, les femmes qui se renseignent ne sont plus forcément proches des cercles LGBT militants : il y a des personnes qu’on ne verra par exemple jamais à la Marche des fiertés». Un signe de la banalisation de la famille homoparentale.

Tous les professionnels de la PMA en France anticipent une hausse des demandes : «On peut raisonnablement penser que les femmes qui vont à l’étranger représentent 30 % de celles qui en ont les moyens ou osent le faire, analyse Nelly Achour-Frydman, responsable de la biologie de la reproduction et du Cecos (Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme) de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine). Est-ce que le nombre de femmes qui vont demander à accéder à la PMA va être multiplié par deux ? Par trois ?» Le chiffre établi par le gouvernement «est évidemment totalement en dessous de la réalité », avertit-elle.

La présidente de la Fédération française des Cecos, Nathalie Rives, anticipe une multiplication de la demande actuelle par 2,5 ou 3, en s’appuyant sur le cas du Royaume-Uni, qui a étendu la PMA en 2008. Les centres de PMA pourraient donc être confrontés à une demande de 3 000 à 7 000 femmes supplémentaires, chiffre à rapprocher de celui des 1 812 couples hétérosexuels à s’être inscrits en 2017 pour bénéficier d’un don de sperme. Le coût de l’extension s’élèverait alors à une fourchette comprise entre 20 et 50 millions d’euros.

Les professionnels du secteur ne cachent pas leurs inquiétudes sur le manque prévisible de gamètes, alors que l’offre actuelle couvre tout juste la demande. «Le risque de marchandisation existe», reconnaît Nathalie Rives, qui veut intensifier les campagnes de don, «sans quoi, nos principes éthiques risquent fortement d’être bousculés. Et pourquoi avoir passé autant de mois à réfléchir sur la révision des lois de bioéthique si c’est pour les abandonner ?»

Rédaction SRP

Source : La Croix, Le Point


 

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