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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Légionnaires du Christ : vers une dissolution ?

Au milieu des années 1980, le fondateur de la florissante1 congrégation des Légionnaires du Christ, le prêtre mexicain Marcial Maciel Degollado (1920-2008), défraya l’actualité. Il fut accusé d’abus sexuels sur mineurs perpétrés entre 1940 et 1960. Menant une double vie, le Père Maciel cacha l’existence de plusieurs de ses enfants, dont certains l’accusèrent d’abus. Il fut également accusé de consommation de drogue, de trafics divers et d’abus de pouvoir.

Ces révélations suscitèrent une crise profonde au sein de la Légion, longtemps protégée par Jean-Paul II, et provoquèrent de nombreux départs. En mai 2006, Benoît XVI demanda au Père Maciel de renoncer à tout ministère public. En juillet 2009, le pape lança une visite apostolique de la congrégation par cinq évêques, visite qui dura jusqu’en mars 2010. Puis Benoît XVI chargea le cardinal Velasio de Paolis de mener une «profonde révision» de la congrégation. Un chapitre général extraordinaire fut convoqué en janvier et février 2014, chargé d’élire de nouveaux supérieurs et de rédiger de nouvelles constitutions. Celles-ci furent reconnues le 1er novembre 2014. La crise semblait alors maîtrisée et le processus de rénovation de la Légion en bonne voie.

Légionnaire du Christ

Chez les Légionnaires, le comportement déviant n’a pas été le seul fait du fondateur. Selon un rapport intitulé «Une radiographie de huit décennies pour éradiquer les abus», disponible sur le site ceroabusos.org et faisant suite à une commission créée en juin 2019 par le supérieur général de la congrégation, le Père Eduardo Robles-Gil, 33 membres de la Légion, prêtres ou diacres, sont visés par des accusations d’abus sexuels sur 175 mineurs. Sur ces 33 personnes accusées, 14 avaient elles-mêmes été victimes des Légionnaires, ce qui manifeste l’existence de «chaînes d’abus» dans lesquelles la victime d’un Légionnaire est devenue à son tour un agresseur. Les abusés sont pour la plupart des garçons, et leur âge à l’époque des faits allait de 11 à 16 ans. Six des 33 accusés sont décédés, huit ont renoncé à la prêtrise et un a quitté la congrégation, précise le rapport. Dix-huit religieux sont restés dans l’ordre et quatre ont interdiction de s’approcher de mineurs. 74 séminaristes ont également été accusés d’agressions sexuelles sur des mineurs.

Le chapitre général qui s’est ouvert le 20 janvier à Rome a soulevé une nouvelle tempête. La semaine précédente, la Légion annonçait le renvoi de l’état clérical, selon une procédure accélérée par le pape lui-même, du Père Fernando Martínez, un prêtre légionnaire reconnu coupable dans les années 1990 de viols sur des petites filles d’une école de Cancun (sud-est Mexique). Informé au début des années 2010, le cardinal de Paolis aurait refusé qu’il soit dénoncé à la justice mexicaine et à la justice vaticane. Cette révélation cause un scandale immense au Mexique, où une enquête est en cours sur les malversations financières de la Légion en lien avec Martha Sahagún, l’épouse de l’ancien président Vicente Fox. Le supérieur des Légionnaires de ce pays dans les années 1990, le Père Eloy Bedia, qui avait rejeté les premières dénonciations contre Fernando Martínez et l’avait transféré en Espagne sans l’éloigner des enfants, a renoncé à participer au chapitre général. Et le nonce apostolique au Mexique, Mgr Franco Coppola, a dit espérer que «la Congrégation pour la doctrine de la foi […] s’occupe du réseau de couverture mis en lumière par les déclarations des victimes».

Il semblerait que l’ancienne garde rapprochée de Maciel conserve une influence notable dans la congrégation : sur 66 participants au chapitre, on compterait une vingtaine de partisans du fondateur. On remarque que, pour représenter le Mexique (le cœur historique de la Légion) ont été élus au chapitre les Pères Luis Garza (principal adjoint de Maciel de 1992 à 2011), Evaristo Sada (secrétaire général à la même époque), Anthony Bannon (responsable pour l’Amérique du Nord de 1976 à 2004 et qui se trouvait au cœur du réseau financier qui valut aux légionnaires leur surnom de «millionnaires du Christ»).

Dans une lettre ouverte au chapitre, l’ancien légionnaire Victor Pajares, qui fut doyen de la faculté de bioéthique de l’Athénée pontifical Regina apostolorum, à Rome, appelle la Légion du Christ à rompre définitivement avec l’héritage de Maciel, à cesser de le considérer comme le fondateur et à arrêter de relire l’histoire de la congrégation comme une «histoire sainte». Certains parlent ouvertement de réétudier la solution évoquée en 2010 et finalement écartée : dissoudre la Légion du Christ, considérée comme irréformable.

Rédaction SRP

Photo : MPSchneiderLC / Wikimedia Commons

Sources : La Croix, Breakingnews


1 – La congrégation comptait en 2016 963 prêtres, 687 séminaristes et 121 paroisses.

 

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