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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Réalisme et espérance : l’état du monde et l’état de l’Église

Comme chaque début d’année, le pape a fait devant les ambassadeurs de 183 États qui entretiennent des relations diplomatiques avec le Vatican un tour d’horizon de la situation du monde, avec deux mots-clefs : réalisme et espérance. Ce traditionnel message au corps diplomatique est pour le pape l’occasion d’indiquer aux dirigeants du monde les questions que le Saint-Siège considère comme prioritaires.

Le pape a d’abord insisté sur la nécessité d’une vision réaliste, qui «exige de reconnaître les nombreux problèmes troublants auxquels notre monde est confronté et les défis qui se profilent à l’horizon». Elle demande que «nous appelions les problèmes par leur nom et que nous découvrions le courage nécessaire pour résoudre les problèmes qui se présentent à nous». Elle nous invite à «garder à l’esprit que notre famille humaine est marquée et blessée par une succession de guerres de plus en plus destructrices, qui touchent particulièrement les pauvres et les plus vulnérables».

La Terre et les hommes

Les thèmes majeurs de cette année ont été le devoir de prendre soin de notre maison commune et le dialogue international en faveur de la coexistence pacifique, deux préoccupations qui ont été déclinées selon plusieurs axes, parmi lesquels la prolifération nucléaire, l’éducation, la nécessité d’entretenir une culture de la rencontre et la promotion du rôle des femmes dans la société.

Concernant l’état du monde, le pape a organisé ses réflexions autour de ses voyages en 2019. Il a exprimé son espoir de visiter le Sud-Soudan, évoqué les nombreux signes d’espoir et de réconciliation qu’il a rencontrés lors de ses visites aux nations africaines du Mozambique, de Madagascar et de l’île Maurice. En même temps, il a dénoncé la violence qui sévit dans de nombreux autres endroits du continent : «Il est douloureux de constater, en particulier au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Nigeria, des épisodes continus de violence contre des personnes innocentes, y compris de nombreux chrétiens persécutés et tués pour leur fidélité à l’Évangile».

Le pape a nommé explicitement la flambée entre l’Iran et les États-Unis : «Particulièrement troublants sont les signaux provenant de toute la région à la suite de l’exacerbation des tensions entre l’Iran et les États-Unis, qui risquent surtout de compromettre le processus progressif de reconstruction de l’Irak, ainsi que de jeter les bases d’un conflit plus vaste que nous voudrions tous éviter». Il a renouvelé son appel à toutes les parties intéressées, pour qu’elles «évitent une escalade du conflit et maintiennent vivante la flamme du dialogue et de la retenue, dans le plein respect du droit international».

Les crises prolongées en Amérique latine ont également retenu son attention, en particulier au Venezuela, où la diplomatie vaticane s’efforce depuis des années d’atténuer et de résoudre une crise prolongée, qui a conduit le pays au bord de l’effondrement. «Une plus grande polarisation n’aide pas à résoudre les problèmes réels et urgents des citoyens, en particulier ceux qui sont les plus pauvres et les plus vulnérables, pas plus que la violence, qui ne peut être utilisée pour traiter des questions politiques et sociales», a-t-il déclaré.

Le pape a conclu son allocution en revenant sur la Conférence mondiale de Beijing sur les femmes de 1995, organisée sous l’égide de l’ONU. Elle venait juste après celle du Caire de 1994 sur la population et le développement, au cours de laquelle la diplomatie du Vatican avait contrecarré une tentative des principaux pays développés de consacrer un prétendu droit à l’avortement et d’en faire un élément à part entière de la politique de planification familiale au niveau international. «J’espère que le rôle inestimable des femmes dans la société sera de plus en plus reconnu dans le monde entier et que toutes les formes d’injustice, de discrimination et de violence à l’égard des femmes prendront fin», a déclaré le pape.

Dans la section de son discours consacrée à l’Europe, François a évoqué l’incendie de Notre-Dame de Paris : «L’Europe ne doit pas perdre ce sens de la solidarité qui la distingue depuis des siècles, même dans les moments les plus difficiles de son histoire. Qu’elle ne perde pas cet esprit qui trouve ses racines, entre autres, dans les piétas romaines et les caritas chrétiennes qui ont façonné l’esprit des peuples européens […]. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a montré comment même ce qui semble si solide peut être fragile et facilement détruit. Les dommages subis par un édifice qui n’est pas seulement précieux pour les catholiques, mais important pour toute la France et l’humanité entière ont ravivé la question des valeurs historiques et culturelles de l’Europe, et de ses racines les plus profondes. […] Dans les situations où un cadre de valeurs fait défaut, il devient plus facile d’identifier les éléments de division que ceux de cohésion.»

Évoquant la crise des abus, François a reconnu le besoin pressant du témoignage moral de l’Église et la perte de crédit de l’Église : «Nous savons que pas mal d’adultes, y compris différents membres du clergé, ont été responsables de graves crimes contre la dignité des jeunes, des enfants et des adolescents, violant leur innocence et leur vie privée. Ce sont des crimes qui offensent Dieu, qui causent des dommages physiques, psychologiques et spirituels à leurs victimes et qui nuisent à la vie de communautés entières». Concernant la rencontre qu’il a tenue en février dernier au Vatican avec les responsables des conférences épiscopales du monde entier sur ce sujet, François a déclaré : «Le Saint-Siège a renouvelé son engagement de mettre en lumière les abus déjà commis et d’assurer la protection des mineurs à travers un large éventail de normes pour traiter de tels cas conformément au droit canonique et en coopération avec les autorités civiles au niveau local et international».

Rappelant le rôle de l’éducation dans la construction de la société et l’importance pour les adultes de ne pas abdiquer leurs propres responsabilités éducatives, en guidant les jeunes vers la maturité spirituelle, humaine et sociale, le pape a évoqué une importante initiative en matière d’éducation prévue pour ce printemps : «J’ai prévu un événement mondial qui aura lieu le 14 mai prochain sur ce thème : Réinventer le Pacte mondial sur l’éducation.» Cette rencontre aura pour but de raviver «la passion pour une éducation plus ouverte et inclusive, y compris l’écoute patiente, le dialogue constructif et une meilleure compréhension mutuelle».

Rédaction SRP

Source : Catholic Herald

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