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Une vie cachée… ou une conscience éclairée !

La vie de Franz Jägerstätter (1907-1943) a été admirablement retranscrite sur les écrans de cinéma il y a quelques semaines dans le film Une vie cachée… Ce jeune Autrichien a perdu – ou gagné – sa vie pour avoir refusé de prêter serment à Hitler. À une époque de folie collective, où rares étaient ceux qui arrivaient à distinguer le bien du mal, cet homme simple a fait preuve de véritable discernement. Comment est-il parvenu à un acte aussi héroïque ?

La formation de sa conscience est un élément central de sa vie, une vie qui illustre les questionnements de Jean-Paul II dans Veritatis splendor : «Qu’est-ce que la liberté et quel est son rapport avec la vérité contenue dans la Loi de Dieu ? Quel est le rôle de la conscience dans la formation de la physionomie morale de l’homme ? Comment discerner, en conformité avec la vérité sur le bien, les droits et les devoirs concrets de la personne humaine1 ?»

Le film met peu en lumière les heures de lecture et de prière qui ont formé la conscience de Franz. Quelles sont ses sources ?

  • La Bible, tout d’abord : son épouse lui a transmis cette passion, et ils la lisent ensemble chaque jour. Il insiste sur «l’importance profonde de la Bible dans la mise en œuvre d’une vie chrétienne, pour la formation de la conscience, de la volonté et de l’homme en général2».
  • La liturgie, la prière, les textes religieux de son époque, des livres «véritablement chrétiens», les encycliques des papes, notamment celles de Pie XI. Il passe une grande partie de son temps à lire des biographies de saints. La biographie de Thomas More, qu’il reçoit pendant son service militaire, soutient sa réflexion sur le rapport entre la conscience et l’obéissance à l’autorité civile.

Une vie cachée met en lumière un vrai acte prudentiel dans ses trois étapes : le conseil, le jugement pratique et l’exécution.


C’est avec ces «armes» que Franz s’oppose à Hitler. Il écrit à un de ses amis : «Bien que tout le monde ne manifeste pas le même enthousiasme pour la lecture, on peut au moins lire un peu pendant les longues soirées d’hiver, car un être humain qui ne lit rien du tout ne pourra jamais véritablement tenir debout tout seul et sera souvent à la merci de l’opinion des autres3.» Il explique qu’à des époques positives, peuplées de bons guides, la lecture peut être de moindre importance. En revanche, à des époques peuplées de dangers, l’homme qui ne lit pas est désorienté et perd facilement son chemin.

Le pape François le rappelle aux jeunes : «Former la conscience est le cheminement de toute la vie, où l’on apprend à nourrir les mêmes sentiments que Jésus Christ, en adoptant les critères de ses choix et les intentions de son action (cf. Ph 2, 5). Pour atteindre la dimension la plus profonde de la conscience, selon la vision chrétienne, il est important d’accorder une grande attention à l’intériorité, qui comporte, avant tout, des temps de silence, de contemplation orante et d’écoute de la Parole, avec le soutien de la pratique sacramentelle et de l’enseignement de l’Église. En outre, il faut une pratique habituelle du bien, vérifiée dans l’examen de conscience […]. Tout cela aide à grandir dans la vertu de prudence, en articulant l’orientation globale de l’existence avec les choix concrets, avec une lucidité sereine de ses dons et de ses limites4

Une vie cachée met en lumière un vrai acte prudentiel dans ses trois étapes : le conseil, le jugement pratique et l’exécution. Franz prend conseil auprès d’un grand nombre de personnes, jusqu’à l’évêque. Il délibère, il pèse chaque argument. Puis il exécute, en allant jusqu’au bout de sa décision, qu’il tient malgré tous les obstacles, jusqu’à la guillotine. Dans ce qui est considéré comme son testament, il confie : «J’écris les mains liées, mais il vaut mieux ainsi que si ma volonté était enchaînée. […] Ni la prison, ni les chaînes, pas même la mort ne peuvent séparer un homme de l’amour de Dieu en le privant de son libre arbitre5

Puisse cet exemple nous stimuler à poursuivre la formation de notre conscience durant cette année !

Élisabeth Collet

 


1Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, n° 30.

2 – Erna Putz, Franz Jägerstätter, Besser die Hände als der Wille geffelset, Grünbach, Geschichte der Heimat, 1997, p. 249.

3 – Extrait de la lettre à Franz Huber (vers 1935), in Erna Putz, Gefängnisbriefe und Aufzeichnung, Linz Passau, Veritas, 1987, p. 81.

4 – Pape François, Exhortation Christus vivit, no 108.

5 – Franz Jägerstätter, Extrait des feuilles éparses de notes, vraisemblablement écrites entre 1941 et 1943.

 

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