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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Pell, McCarrick : deux trajectoires brisées

Deux cardinaux

L’année 2019 a vu la chute spectaculaire de deux cardinaux de premier plan : le cardinal George Pell et le cardinal Theodore McCarrick. Tous deux ont perdu le pouvoir et le prestige qu’ils avaient autrefois, tant dans les cercles ecclésiaux que séculiers. Tous deux sont dans une situation d’isolement, ne pouvant pas même célébrer la Sainte Messe.

Le cardinal Pell est incarcéré dans une prison de Melbourne, après avoir été condamné en mars à une peine de six ans de prison pour agression sexuelle dans la cathédrale de Melbourne en 1996. Son appel devant la plus haute cour d’Australie sera entendu en mars 2020. Le cardinal McCarrick a été laïcisé en février dernier après avoir été reconnu coupable par le Saint-Siège d’abus sexuels sur des mineurs et d’abus de pouvoir et de sollicitation dans le sacrement de la confession. Il vit dans un couvent du Kansas, sans aucun contact avec le public. N’étant plus clerc, il ne peut plus célébrer la messe ni exercer de ministère sacerdotal.

Ces deux situations à première vue similaires soulèvent bien des questions sur le cours de la justice, tant civile que canonique.

Le cardinal Pell est largement considéré comme innocent, mais il a été condamné sur des accusations portées par un service de police qui a lancé une opération que l’on pourrait baptiser «Attrapez Pell» bien avant qu’il n’y ait de plaintes à son sujet. Le fait que le cardinal soit aujourd’hui emprisonné manifeste que des allégations d’abus sexuels, même non corroborées, peuvent être utilisées pour persécuter certaines figures catholiques en butte à une violente opposition anticléricale et pour les faire tomber.

Les manquements à la justice dans l’État australien de Victoria pendant le procès du cardinal Pell sont bien documentés. À la fin de l’année, une Commission royale sur la corruption massive au sein de la police de Victoria a montré que celle-ci a utilisé l’affaire du cardinal Pell pour détourner l’attention de ses propres scandales.

Le cardinal attend la décision de son appel final. Les évêques australiens et le Vatican ont exprimé leur respect pour le système judiciaire australien, des déclarations qui seront testées en mars 2020.

Indépendamment de la décision de la Haute Cour australienne, une enquête canonique devra être menée sur les faits reprochés au cardinal Pell. Lorsqu’il s’agit d’évêques ou de cardinaux, cette enquête doit être menée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF). Le Saint-Siège a déjà ouvert une enquête, mais il attend le jugement de la Haute Cour australienne pour poursuivre, car il est habituel dans de tels cas que le processus canonique attende la fin du processus civil. L’Église devra arriver à sa propre conclusion.

Ce double verdict sera un moment d’épreuve. L’Église, mise en face de ses propres échecs et de sa perte de crédibilité dans les cas d’abus sexuels, va-t-elle s’accommoder d’une injustice manifeste, en offrant le cardinal Pell comme bouc émissaire ? Ou témoignera-t-elle de la vérité et acceptera-t-elle les conséquences de son propre jugement : dire que la victime présumée, la police et les tribunaux se sont trompés ?

L’affaire McCarrick a commencé à l’inverse. Bien qu’il y ait maintenant des poursuites civiles contre lui, aucune plainte le concernant n’a suscité d’accusations criminelles de la part des autorités civiles. Ce n’est qu’en 2017 qu’une plainte a été déposée dans le cadre du programme d’indemnisation volontaire de l’archidiocèse de New York. Elle a été traitée par les enquêteurs laïcs de ce programme et par le procureur local. En 2018, il a été annoncé que la plainte était jugée «fondée».

Douze ans après que le pape Benoît XVI a accepté sa démission comme archevêque de Washington, McCarrick a démissionné du Collège des cardinaux le 27 juillet 2018, et l’enquête canonique à Rome s’est poursuivie. En janvier 2019, une procédure administrative a été utilisée à la CDF, qui l’a déclaré coupable et lui a imposé la radiation de l’état clérical. Le pape François a confirmé la peine. Deux mois avant la décision, des sources vaticanes ont commencé à divulguer le fait que McCarrick serait laïcisé avant le sommet sur les abus sexuels de février à Rome, comme un signe de réforme avant cette réunion.

Ces faits paraissent eux aussi gênants du point de vue de la justice. Personne ne croyait McCarrick innocent. Au contraire, il était largement admis qu’il était coupable et que «tout le monde» le savait depuis longtemps. Cependant, s’il y avait des rumeurs, l’existence de plaintes pour inconduite sexuelle semble avoir été «inconnue» de la majorité des responsables de l’Église jusqu’à ses dernières années. Le prochain rapport sur la carrière de McCarrick, attendu pour le début de 2020, apportera beaucoup de lumière sur cet aspect de l’affaire.

Le fait que l’issue de l’affaire ait été largement connue à Rome avant qu’elle ne soit jugée n’améliore pas la réputation de la justice canonique. Les preuves étaient encore en train d’être recueillies à New York dans les derniers jours de décembre 2018. Moins de trois semaines plus tard, le processus, la sentence, l’appel et le jugement final étaient terminés à Rome, en prévision du sommet de février.

Le cas du cardinal Pell étant en instance devant la CDF, l’affaire McCarrick n’a pas renforcé la réputation d’impartialité de la justice de la CDF.

Avec le rapport McCarrick et l’appel du cardinal Pell, ces deux affaires continueront à se télescoper en 2020.

Rédaction SRP

Photo : World Economic Forum, flickr.com / Wikimedia Commons

Source : National Catholic Register

 

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