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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Le cardinal Müller offre une consolation aux prêtres

À l’occasion d’un forum intitulé «Bergers d’un troupeau blessé : Comment nos prêtres voient la crise», un prêtre américain qui y participait a tenu ces propos : «L’événement a mis en évidence un groupe souvent non mentionné dans les retombées des scandales d’abus : les prêtres. Pas les prêtres abuseurs, bien sûr, mais les prêtres fidèles – ceux qui continuent à travailler dans la vigne, au milieu du mépris du monde et de la colère justifiée des fidèles. Ces hommes sont à la pointe de la lance, poursuivant l’œuvre de l’Église au milieu d’un public cynique et méprisant. Tous les membres de l’Église souffrent du scandale. Mais ces prêtres éprouvent une honte, une douleur et une colère plus profondes que les autres dans le corps mystique du Christ pour la simple raison qu’ils ont une relation plus étroite avec les abuseurs et les facilitateurs. Ce sont leurs frères prêtres (et évêques) qui ont abusé des fidèles, trahi l’Église, et les ont laissés pour nettoyer le désordre. Ils doivent combattre le découragement de savoir que leur travail pour l’Évangile a été sapé par les hommes mêmes qui auraient dû les soutenir. Ils souffrent de la crainte supplémentaire d’être eux-mêmes faussement accusés et peut-être de ne pas être soutenus.»

La souffrance de ces prêtres et leur besoin d’être encouragés sont au centre du nouveau livre de l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Gerhard Müller, intitulé Vous serez une bénédiction : Douze lettres sur le sacerdoce1. Un livre qui n’est pas destiné uniquement aux prêtres, mais qui s’adresse à «tous ceux qui aiment l’Église de notre Seigneur Jésus-Christ». Le genre littéraire choisi, la lettre, «permet de combiner plus facilement le personnel et le factuel».

Tout au long du livre, le cardinal ne s’exprime qu’occasionnellement d’une voix personnelle. De temps en temps, il met de côté la réserve du théologien et parle franchement de l’état actuel des choses : «Les prêtres méritent des mots clairs d’encouragement de la part de l’autorité ecclésiastique supérieure et suprême» estime le cardinal. Mais c’est avant tout un encouragement théologique qu’il veut leur apporter. Partageant la vision du cardinal Robert Sarah sur la crise d’identité dans le sacerdoce, son propos est de donner une confirmation de l’identité du prêtre, de ce qu’est le sacerdoce.

Le cardinal explique que le sacerdoce catholique est une réalité théologique, qui comporte inévitablement des dimensions psychologiques, sociologiques et institutionnelles. Mais c’est avant tout une réalité qui vient de Dieu et non de l’homme, et qui est ordonnée à Dieu et non au monde. Sa crise exige donc une réponse théologique. C’est pourquoi il revient sur les fondements théologiques et dogmatiques du sacerdoce comme la source la plus sûre pour consoler et conforter tous les prêtres. Il estime que les aperçus psychologiques, sociologiques ou procéduraux ne contribuent guère à améliorer leur moral parce qu’ils ne touchent pas à la prêtrise elle-même.

Prêtre officiant

Pour Mgr Müller, la confusion au sujet de la prêtrise n’est pas un problème isolé : «La sacramentalité de l’Église est présente sous une forme condensée dans le sacerdoce sacramentel». Cela signifie qu’une erreur sur le sacerdoce révèle une erreur sur l’Église, et négliger la vérité dogmatique sur le sacerdoce signifie oublier la vérité sur l’Église et sur le Christ. Pour y remédier, le cardinal s’élève contre l’anti-dogmatisme actuel, parlant d’un «droit à la vérité dogmatique et à la clarté morale». Quand «le tapis dogmatique est tiré de sous les pieds du sacerdoce, l’éthique et la spiritualité de ce ministère sont suspendues dans l’air», affirme-t-il. C’est pourquoi il rappelle longuement l’enseignement du concile de Trente sur le sacerdoce : «Maintenant, cela peut sembler être une digression, étant donné tout ce qui s’est passé depuis lors. Mais si vous voulez une base théologique solide pour la prêtrise, Trente est l’endroit où la trouver. C’est à ce concile, en réponse au rejet de la prêtrise par la Réforme, que l’Église a le plus clairement exprimé ce qu’est la prêtrise.»

Le cardinal explique que le prêtre est mis à part précisément pour pouvoir être pour les autres. Sans le sens de cette différence, il perd son chemin et emmène les fidèles avec lui. Cela se produit le plus évidemment et le plus souvent dans la liturgie. Sans le sens de sa sacra potestas, le prêtre devient simplement un délégué, un facilitateur ou un animateur de prière. La Messe perd sa dimension verticale et devient une réalité terrestre. Le prêtre commence à penser que c’est la sienne, et ce genre de pensée commence à infecter toute sa vision du sacerdoce. En l’absence de dogme, le vrai cléricalisme se faufile. Sans la connaissance et le sens vécu du service sacerdotal, un prêtre en viendra tout naturellement à voir sa propre place comme une réalité mondaine, et il agira donc comme un mondain. C’est le dogme durable de l’Église qui fournit aux prêtres et aux laïcs une voie pour sortir de notre confusion et une véritable consolation.

Source : National Catholic Register

Rédaction SRP

 


1 – Cardinal Gerhard Müller, Tu seras une bénédiction. Douze lettres sur la prêtrise, Parole et Silence, février 2020.

 

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