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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Prochain conclave : six «papabile» émergent parmi les cardinaux

Pour les vaticanistes avertis, deux décisions récentes du pape ne sont pas passées inaperçues, alors que la perspective d’un prochain conclave occupe les esprits. Le 25 novembre, François a donné congé à son secrétaire personnel, l’argentin Fabián Pedacchio Leániz, qui retournera à temps plein à la Congrégation pour les évêques, sans doute avec une promotion épiscopale. C’est un grand classique au Vatican qu’un pape mette à l’abri son secrétaire personnel en prévision des contrecoups de sa succession. Par ailleurs, 8 décembre, le cardinal philippin Luis Antonio Gokim Tagle a été nommé nouveau préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples (voir Grand Angle 13 décembre 2019), en remplacement du cardinal Fernando Filoni – bien que ce dernier, ne fût atteint ni par la limite d’âge ni par une fin de mandat – nommé à la charge plus honorifique de Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Saint-Pierre de Rome

Autre élément dans la perspective d’un prochain conclave, la lassitude manifestée par François face à la résistance opposée par l’actuel président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Gualtiero Bassetti, à l’idée très chère au pape de convoquer un synode de l’Église italienne. Lassitude qui laisse augurer un changement de présidence à la tête de la Conférence, d’autant que le cardinal Bassetti, dont le mandat viendrait à échéance en 2022, approche des 78 ans, soit trois ans de plus que la limite des 75 ans après laquelle un évêque ne reste en fonction que si le pape l’y autorise. Il est très vraisemblable que son successeur sera l’actuel archevêque de Bologne, le cardinal Matteo Zuppi.
Dans ce contexte, six candidats émergent en tête de la liste officieuse des «papabile».

Les deux premiers, Mgr Marc Ouellet et Mgr Christophe Schönborn, ne sont pas à négliger, même si leur profil respectif comporte des faiblesses.

Mgr Marc Ouellet, canadien, 75 ans, Préfet de la Congrégation pour les évêques, a été parmi les plus plébiscités au cours des deux scrutins du conclave de 2013, avant d’être dépassé par Jorge Mario Bergoglio. Il jouit aujourd’hui d’une réputation de fidélité à François, mais aussi de défenseur de l’orthodoxie.

Mgr Christoph Schönborn, autrichien, 75 ans, est très apprécié par les médias, mais son nom n’a pas recueilli beaucoup de voix lors du précédent conclave. Cependant, il a acquis un profil de conciliateur entre modérés et progressistes, particulièrement pendant les deux synodes sur la famille.

Ces deux prélats appartiennent tous deux à une minorité de cardinaux qui ne doivent pas leur barrette à François. Actuellement en effet, sont en large majorité dans le collège cardinalice des prélats qui doivent leur nomination au pape régnant, et ce sont pour la plupart des hommes de la «périphérie», qui ont acquis leur expérience dans des diocèses de second ordre, et sont donc davantage influençables par des groupes de pression aguerris que par les discours des cardinaux de la génération précédente.

La figure du troisième papabile, Mgr Robert Sarah est d’une certaine façon atypique. Ce prélat guinéen, 74 ans, est le Préfet de la Congrégation pour le Culte divin depuis 2014. C’est, dans toute l’histoire de l’Église, le premier véritable papabile provenant de l’Afrique noire. Témoin irréductible de la foi catholique sous le régime marxiste sanguinaire de Sékou Touré, il n’échappa à l’exécution que grâce à la mort inopinée du tyran en 1984. Il fut nommé évêque à 33 ans par Paul VI, fut appelé à Rome par Jean-Paul II, où il fut maintenu par Benoît XVI. Il s’est fait connaître d’un large public par trois livres traduits en plusieurs langues : Dieu ou rien en 2015, La force du silence en 2017 et Le soir approche et déjà le jour baisse en 2019. Pour lui, comme déjà pour Benoît XVI, la priorité absolue est d’apporter Dieu au cœur de la civilisation, surtout là où sa présence s’est estompée. C’est le candidat idéal pour les tenants de la grande tradition de l’Église. Mais, dans la configuration actuelle du collège cardinalice, il est très peu probable qu’il puisse obtenir les deux tiers des votes.

Les trois prélats suivants émergent comme des candidats de premier ordre :

Mgr Pietro Parolin, italien, 64 ans, est depuis 2013 Secrétaire d’État. Issu du sérail de la Curie, il est doté de compétences de gouvernement reconnues. Il allie la trempe d’un diplomate et l’étoffe d’un pasteur, et il alterne volontiers les tâches propres d’un Secrétaire d’État à celles du soin des âmes, à travers une activité pastorale soutenue. Il semble cependant que l’accord secret passé entre la Chine et le Vatican, très contesté, ne joue pas en sa faveur.

Mgr Luis Antonio Gokim Tagle, 62 ans, philippin né d’une mère chinoise, créé cardinal en 2012 par Benoît XVI, semble bien être le dauphin du pape François, le successeur qu’il porte «dans son cœur» (voir Grand angle du 13 décembre 2019). En le nommant responsable de la Propaganda Fide, François lui a confié le gouvernement de l’immense périphérie de l’Église (une partie de l’Amérique latine, quasiment toute l’Afrique, presque toute l’Asie sauf les Philippines, et l’Océanie sauf l’Australie). François a déjà œuvré à renforcer sa stature internationale en l’appelant à présider les deux synodes sur la famille. En avril 2016, dès la sortie d’Amoris lætitia, il fut le premier de tous les évêques à en donner l’interprétation la plus extensive.

Concernant l’interprétation du concile Vatican II, Mgr Tagle adhère à la thèse historiographique de la «discontinuité», aux antipodes de celle exposée par Benoît XVI. Cette thèse est soutenue par le courant théologique nommé «école de Bologne» pour qui, avec Vatican II, l’Église aurait rompu avec le passé et pris un nouveau départ. Mgr Tagle a signé un des chapitres-clés de l’Histoire de l’Église la plus lue au monde, produite par cette école, – le chapitre sur la «semaine noire» de l’automne 1964.

À l’issue du synode des jeunes de 2018, Mgr Tagle a été le premier élu pour l’Asie au conseil préparatoire du synode suivant, signe du large consensus qu’il recueillait déjà. François lui a ensuite confié un rapport introductif au sommet sur les abus sexuels de janvier 2019 au Vatican, un autre événement à portée mondiale.

La candidature de Mgr Tagle peut cependant souffrir de deux handicaps, son âge et sa proximité avec François : il peut faire les frais des multiples rancœurs accumulées contre le pontificat actuel, qui feront inévitablement surface lors du futur conclave et, jeune encore, il pourrait régner trop longtemps pour qu’on ose miser sur lui.

Mgr Matteo Zuppi, italien, 63 ans, est archevêque de Bologne et cardinal depuis le 5 octobre 2018. Il est le cofondateur de la Communauté de Sant-Egidio. En tant qu’assistant ecclésiastique général de cette communauté, curé jusqu’en 2010 de la basilique romaine de Sainte-Marie-du-Trastevere et évêque auxiliaire de Rome depuis la même année, il s’est trouvé au centre d’un réseau de personnes et d’événements à l’échelle planétaire, aussi bien religieuse que géopolitique, depuis les accords de paix au Mozambique des années 1990-92 jusqu’aux rencontres interreligieuses d’Assise, en passant par les «corridors humanitaires» pour les immigrés d’Afrique et d’Asie vers l’Europe. Un documentaire télévisé sur lui est tout prêt, intitulé «L’Évangile selon Matteo Z».

La Communauté de Sant-Egidio semble devoir peser lourd dans le déroulement du prochain conclave. Elle est le lobby catholique le plus puissant et le plus influent de ces dernières décennies au niveau mondial, et elle a parfaitement su s’adapter aux lignes de force de chacun des derniers pontificats. Mais c’est surtout avec celui de François qu’elle a atteint son apogée, avec Mgr Vincenzo Paglia à la tête des instituts du Vatican pour la vie et la famille, Matteo Bruni à la tête de la salle de presse et le cardinal Zuppi comme archevêque de Bologne en passe de devenir le président de la Conférence épiscopale italienne. L’avenir dira si San-Egidio laissera son nom dans l’Histoire comme «faiseuse de pape»…

Rédaction SRP

Source : Diakonos.be

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