Saint François d'Assise et la pauvrette Église
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«Va, répare mon Église, tu le vois, elle tombe en ruine», dit par trois fois Jésus à François, qui se trouve en prière à San Damiano, une petite chapelle abandonnée tout près d’Assise. Immédiatement, le nouveau converti plein de zèle se mit à réparer le petit sanctuaire, qui menaçait de s’effondrer. Un peu de méthode, une bonne truelle, un marteau et des clous, des bras vigoureux, quelques matériaux de récupération firent l’affaire. Le modeste chantier fut rondement mené. Une première fois, en relevant la chapelle Saint-Damien, François répondit à la demande de Jésus. Du moins le pensait-il…

«L’état de délabrement de cet édifice, explique Benoît XVI, était le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l’Église elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l’amour, une destruction intérieure de l’Église». Bref, une crise profonde, qui ébranlait l’Église à l’aube du XIIIe siècle…

Alors, pour la deuxième fois, François répondit à la demande de Jésus : l’Église à réparer, c’était d’abord lui-même, sanctuaire de Dieu abîmé par les frasques d’une jeunesse frivole, désordonnée et insouciante, menant sa vie comme si Dieu n’existait pas. Devant l’évêque d’Assise, il se défit de ses vêtements et renonça à l’héritage paternel. Dépouillé de tout, il partit vivre en ermite.

C’est alors, en 1207, que le pape Innocent III vit en rêve la cathédrale Saint-Jean-de-Latran s’écrouler, et un religieux petit et pauvre la soutenir, afin qu’elle ne tombe pas. À cette même époque, François se sentit appelé à vivre dans la pauvreté et à se consacrer à la prédication. D’autres compagnons s’associèrent à lui et, en 1209, il se rendit à Rome pour soumettre au pape le projet d’une nouvelle forme de vie chrétienne. Le pape reconnut l’origine divine du mouvement suscité par François. Ainsi, une troisième fois, François avait répondu à la demande de Jésus. Il «ne renouvela l’Église que dans la communion avec le Magistère», note Benoît XVI.

«Va, répare mon Église, tu le vois, elle tombe en ruine», dit aujourd’hui Jésus à chacun des membres de cette pauvre Église, du simple baptisé au prélat le plus élevé de la Curie romaine. Noël arrive, et voici que je viens. Ne va pas à la crèche avec ta boîte à outils, tes sacs de pierres et tes plans tout prêts. Oui, cette crèche est fragile, par endroits, ses poutres sont mal assemblées, certaines pierres sont descellées, son toit n’est plus très étanche. La mangeoire est fêlée, la paille en couvre à peine le fond, l’âne et le bœuf encombrent le petit espace laissé libre. Et quelle idée de laisser des animaux auprès d’un nouveau-né !… Mais c’est là que je suis venu habiter.»

«En cette nuit de Noël 2019, dit Jésus à chacun de nous, c’est là qu’est mon Église, bien piteuse, pauvrette et grelottante, mais mienne, car c’est là que je suis. Alors, si tu veux la réparer, renonce aux bricolages et aux grands nettoyages. Laisse sur le seuil ton expertise éminente, tes diagnostics infaillibles, tes récriminations, ton agenda pour son avenir et tes plans de réforme pleins d’audace, tes procédures ad hoc et tes visions inspirées. Oublie ton leadership pastoral. Et, peut-être même, tes projets pour me reloger… Et surtout, dépose à l’entrée ton précieux manuel de systémie.»

«Si tu veux m’aider à réparer mon Église, viens les mains vides, et contente-toi d’adorer. C’est toi que je viens réparer.»

Élisabeth Voinier

 

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