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Bouton de la Rubrique Grand Angle

USA : le clergé dans la crise

Église ouverte

«C’était beaucoup plus simple autrefois […]. Je suis à un âge où je pensais que j’en ferais moins plutôt que d’en faire plus», explique l’un des prêtres interrogés, 62 ans, exerçant son ministère dans le Massachusetts. Il y a plus d’un siècle, des vagues d’immigrants catholiques d’Irlande, de Pologne et du Québec se sont établis dans cette région, construisant des églises, des presbytères et des écoles pour y vivre leur foi. Aujourd’hui, les prêtres qui y exercent leur ministère sont surchargés en raison du stress, de la diminution du clergé et des scandales d’abus sexuels qui compliquent leur vie et celle de leurs confrères prêtres aux États-Unis. La charge de travail se fait plus lourde, l’isolement plus grand, à mesure que les paroisses dotées de plusieurs prêtres se font rares et que le soutien des fidèles s’amenuise.

L’épuisement professionnel est un problème permanent pour le clergé. Un professeur de psychologie à l’Université de Santa Clara en Californie, qui a examiné ou traité des centaines d’ecclésiastiques catholiques, en voit de nouvelles formes à mesure que la crise des abus sexuels se prolonge et que de nombreux paroissiens perdent confiance dans le leadership catholique : «Vous essayez juste d’être un bon prêtre et maintenant tout le monde pense que vous êtes un délinquant sexuel. […] Si vous vous promenez dans un parc, les gens pensent que vous êtes à la recherche d’enfants… Certains se sont fait cracher dessus», explique-t-il.

Beaucoup avaient espéré que la crise des abus s’atténuerait après la vague des années 1980, mais elle a refait surface de façon spectaculaire au cours des deux dernières années, avec la condamnation de l’ancien cardinal Theodore McCarrick et le rapport du Grand jury de Pennsylvanie. «Cela a rouvert une vieille blessure et, maintenant, nous sommes de retour au point zéro», explique un prêtre. Âgé de 66 ans, il a été ordonné en 1980 pour le diocèse de Springfield, qui comptait alors plus de 300 prêtres au service de 136 paroisses. Depuis, le nombre des prêtres a diminué de plus de la moitié, et près de 60 paroisses ont fermé leurs portes. Il a travaillé pendant près de quarante ans sans jamais prendre de vraies vacances. Pendant des années, il a dû suivre des séances de thérapie, qu’il dit avoir «d’une importance cruciale» pour son équilibre. Malgré le dynamisme relatif de sa paroisse, il constate que beaucoup de catholiques se méfient maintenant de la hiérarchie de l’Église à cause des scandales d’abus. «J’ai été ordonné prêtre à une époque où l’église était si vivante – il y avait tellement d’optimisme, dit-il. Puis les choses ont commencé à changer rapidement. L’Église a perdu sa crédibilité et il lui est difficile de la retrouver», conclut-il.

Au St Luke Institute, à Silver Spring (Maryland), un centre de traitement résidentiel pour le clergé catholique et les responsables laïcs, le P. David Songy, son président est un psychologue qui a beaucoup travaillé avec des prêtres en difficulté. Beaucoup de ces prêtres exercent leur ministère dans des paroisses ravagées par la violence armée et président fréquemment aux funérailles des victimes de surdoses de drogues. Un problème croissant, explique le P. Songy, «est que les nouveaux prêtres sont maintenant souvent affectés à leur propre paroisse dans un délai de trois ans au lieu de dix ou plus dans le passé, et ils peuvent être mal préparés à superviser les finances et le personnel ainsi qu’à assumer leur charge pastorale. [Face aux drames humains qui se produisent] si les policiers, les pompiers et les ambulanciers sont considérés comme les premiers intervenants, on peut soutenir que les prêtres méritent aussi cette étiquette, compte tenu de la fréquence à laquelle ils sont confrontés aux situations de crise, en particulier la violence armée et la consommation de drogues qui sévit partout. Nous n’avons pas été formés pour ça au séminaire».

Rédaction SRP

Source : National Catholic Reporter

 

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