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Juger de la qualité morale d’un acte n’est pas juger la personne

Voilà un grand sujet de confusion dans notre société, où l’on ne sait plus sur quel plan on se situe à force d’avoir évacué toute notion d’objet moral. Dire qu’un acte est objectivement mauvais signifie dans l’esprit du grand public juger la personne elle-même en substituant le sujet à l’objet de son acte. Dans le même mouvement, ce jugement est assimilé à une violence psychologique faite au sujet, une discrimination, une violation de la conscience et une mise en accusation venant de «sachants» assimilés à des rigides, des intégristes, des pharisiens. C’est ainsi qu’un jugement au for externe est reçu comme un jugement au for interne.


«La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre»


C’est bien pourtant la perte de l’objet qui est la cause de cette erreur. Tout acte volontaire est constitué de trois éléments que la raison est appelée à juger moralement : l’objet, qui est ce sur quoi porte l’acte, la fin ou finalité voulue par la volonté, et les circonstances, qui sont comme les accidents de l’acte. À considérer que tous les objets sont neutres moralement et que c’est l’intention de la volonté qui fait exclusivement la bonté ou la malice d’un acte, le jugement porte nécessairement sur le sujet qui veut cet acte. C’est non seulement faux, mais qui plus est inadmissible : on ne juge pas au for interne, car on ne peut pas juger la conscience : «La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre1».

Dans l’émission d’Arte «Homothérapies, conversion forcée» diffusée le 26 novembre, cette confusion est centrale. S’il est utile de dénoncer des pratiques dont le caractère thérapeutique est douteux, voire dangereux, il n’est pas admissible de transformer un langage de vérité sur les actes en une violence bien vite qualifiée d’homophobe à l’égard de ceux qui les commettent. Il y a là une entrave à la liberté de penser, et plus spécifiquement à la liberté religieuse. C’est ce qui faisait titrer à Famille chrétienne «Homosexualité : l’Église bientôt hors la loi ?» un article paru à l’occasion de la sortie du livre Dieu est Amour2. Car, au-delà de thérapies contestables, c’est le fondement de la doctrine qui est attaqué, à savoir la considération que «les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés3».

Considérer l’objet, c’est donc aussi considérer qu’il y a des actes intrinsèquement mauvais que la conscience humaine juge comme tels à la lumière d’un véritable travail de l’intelligence, et dont la bonne intention de la volonté ne saurait changer la nature. Paradoxalement, ce n’est pas une entrave à la liberté, mais une condition à la liberté et à un véritable chemin de miséricorde, qui distingue toujours la personne et ses actes : «La vérité vous rendra libres» (Jn 8, 32).

Jérôme Fouquet

 


1 – Vatican II, Gaudium et spes, 16.

2 – Jean-Loup Adénor, Timothée de Rauglaudre, Dieu est amour. Infiltrés parmi ceux qui veulent «guérir» les homosexuels. Enquête, Flammarion, 2019.

3Catéchisme de l’Église catholique, 2357.

 

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