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Black Friday : acheter ou se vendre ?

Novembre frappe à la porte. Le soleil se fait bas, et les journées moins longues.

Tandis que l’on voit fleurir en ce mois les moustaches, traditionnellement chez nous, le troisième jeudi est marqué par le flot du nectar de la vigne. Tout juste vendangé, le beaujolais nouveau régale les gosiers en sortant de son chai plus vite que les autres. Cette fête joyeuse est pourtant, sachons-le, un peu moins bucolique qu’elle veut bien le prétendre…

Et le soleil se couche, ou plutôt il s’éloigne, poursuivant patiemment sa course pour atteindre au bout de l’océan la côte outre-Atlantique. Il se lève là-bas, ou plutôt il arrive, lors du jeudi suivant, débarquant juste à temps pour fêter plein d’ardeur ce jour de Thanksgiving, dont on ne sait chez nous guère plus que la dinde…


Parce qu’il faut acheter, et parce qu’on peut tout vendre, on laisse, à petit feu, mourir la joie du don.


Et puis jeudi s’achève, et voilà vendredi empli de frénésie. C’est un «Vendredi noir», scintillant de mille paillettes qui vont nous éblouir, miroirs aux alouettes. On est partout tenté, on est même agressé par mille évocations, mille publicités, qui veulent nous montrer qu’il serait insensé de penser se passer de ce que l’on peut avoir ce jour à prix cassé. Et chacun de songer : «Il me faut tout avoir», à en être gavé… Et si, de guerre lasse, on se laisse piéger, il reste ce recours : «Tu ne l’utilises plus ? Vends-le !» Demain, je vomirai ce qu’hier je voulais.

Cette course effrénée pour avoir toujours plus n’est pas sans gangréner l’intime de mon être. Quand l’habitude est là, à force de vouloir et à force d’avoir, je finis par tout prendre et ne rien apprécier. En se laissant griser au bal virevoltant que commande Mammon, parce qu’il faut acheter, et parce qu’on peut tout vendre, je laisse, à petit feu, mourir la joie du don.

Ne le saviez-vous pas ? Ici, les temps sont durs ! Mais si les temps sont durs, songeons combien nos choix peuvent endurcir un cœur parfois malade, le laissant sec, comme une dinde trop cuite dans le four oubliée…

La fête de Thanksgiving est une action de grâce pour tous les dons reçus. Sachons vivre en ce monde pour découvrir la Vie.

«Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi.» (Mc 10, 21)

Jérôme de Lartigue

 

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