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Bouton de la Rubrique Grand Angle

La persécution des Ouïghours

Homme Ouïghour

La Chine entretient depuis 2017 un vaste réseau de centres d’internement secrets où sont détenus au moins un million de musulmans ouïgours et de membres d’autres minorités musulmanes. D’après un rapport émanant du Parti communiste chinois lui-même et ayant fuité1 dans la presse, ces camps présentés par Pékin comme des «centres d’éducation et de formation», ont en fait caractère coercitif et une fonction punitive. Ce document détaille le haut degré de coordination par Pékin de la répression des Ouïghours et autres minorités musulmanes dans la région du Xinjiang (nord-ouest du pays) et décrit en détail les bâtiments, le fonctionnement des centres et l’encadrement idéologique mis en place en vue de l’endoctrinement et du lavage de cerveau, parfois au moyen de la torture.

L’article du New York Times2 du 16 novembre publiant ce rapport a provoqué une réaction du porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois. Il a affirmé que celui-ci était «complètement fabriqué par des forces hostiles au pays» et qu’il «salissait les efforts de la Chine contre l’extrémisme». Niée jusqu’à présent, l’existence des camps est aujourd’hui justifiée par la lutte contre des attentats terroristes ayant visé au Xinjiang des Chinois han, l’ethnie majoritaire en Chine. Cette politique s’inscrit dans le cadre d’un vaste effort du Gouvernement chinois pour «siniser» la religion dans le pays (politique touchant également les chrétiens).

Le New York Times rapporte que le président chinois Xi Jinping a jeté les bases du développement des détentions massives dans une série de discours privés prononcés devant des cadres du Parti en avril 2014, après l’attaque d’une gare par des militants ouïghours, attaque ayant fait 31 morts. Il a appelé alors à une «lutte totale contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme» en utilisant les «organes de la dictature» et en ne montrant «absolument aucune pitié» : «Il doit y avoir un remodelage et une transformation efficaces de l’éducation des criminels. […] même après leur libération, leur éducation et leur transformation doivent se poursuivre», a-t-il déclaré.

Parmi les documents collectés par le New York Times se trouve un modèle de scénario pour les fonctionnaires qui rencontrent des étudiants chinois de retour au pays et qui demandent ce qu’il est advenu des membres de leur famille disparus. Quand les étudiants demandent si ces personnes ont commis un crime, on doit leur répondre que, s’ils ne l’ont pas fait, «leur pensée a été infectée par des pensées malsaines […] ; la liberté ne sera possible pour eux que lorsque ce “virus” dans leur pensée sera éliminé et qu’ils seront alors “en bonne santé”.» Les documents détaillent également la réaction du Gouvernement à l’égard des responsables jugés insuffisamment zélés dans la répression contre les Ouïghours.

Les camps d’internement se sont rapidement développés après la nomination, en août 2016, de Chen Quanguo, un haut fonctionnaire ayant déjà servi au Tibet, à la tête du Parti communiste régional. Les Ouïghours peuvent être arrêtés et détenus en vertu de vagues lois antiterroristes. À l’intérieur des camps, ils sont soumis au travail forcé, à la torture et à l’endoctrinement politique. À l’extérieur, ils sont surveillés par des forces de police omniprésentes et par la technologie de reconnaissance faciale. De plus, un million de cadres chinois han ont été envoyés pour «parrainer» les familles ouïghoures.

Lors d’une manifestation de l’ONU sur la liberté religieuse le 23 septembre, le Vice-président américain Mike Pence a mentionné que «le Parti communiste en Chine a arrêté des pasteurs chrétiens, interdit la vente de Bibles, démoli des églises et emprisonné plus d’un million d’Ouïghours dans la population musulmane». En octobre, le ministère américain du Commerce a ajouté 28 organisations chinoises à une liste noire leur interdisant d’acheter des produits d’entreprises américaines en raison du fait qu’elles coopèrent à la détention et à la répression des Ouïghours.

Sources : CNA, Le Monde, New York Times, Le Figaro

Rédaction SRP

Photo : flickr.com / Wikimedia Commons


1 – Le document (403 pages) obtenu par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a été rendu public par 17 médias internationaux. Ils a été fourni par «un membre de l’élite politique chinoise» au New York Times.

2 – Le New York Times a publié le fac-similé de pages originales, accompagné de leur traduction en anglais.

 

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