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Anta akhi : Toi, mon frère

Le Liban ? Jean-Paul II avait dit de lui qu’il était «plus qu’un pays, (c’est) un message !» Le saint pape voulait souligner son unité dans sa diversité et mettre en exergue les racines religieuses de son identité nationale et politique. En 1997, il lançait un vigoureux appel : «J’invite donc tous les Libanais à entretenir et à faire grandir en eux-mêmes, et particulièrement dans les jeunes générations, la détermination ferme et persévérante de travailler pour le Bien commun».

Le 23 octobre dernier, lors de la vague de manifestations qui secouait leur pays, les chefs des Églises et des communautés chrétiennes du Liban ont rendu hommage «au peuple qui a manifesté son unité». C’est en effet la première fois que seul le drapeau libanais est brandi dans la rue, expression de l’unanimité du peuple et non d’appartenances politiques ou religieuses. Une manifestante s’est exclamée : «Les citoyens doivent retrouver leur dignité, c’est pourquoi nous ne quitterons pas la rue».


Ce qui se passe en ce moment au Liban rend visible ce que tant de sociétés vivent : l’homme n’a d’importance que selon sa productivité.


Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), les conditions de vie sont déplorables pour une grande partie de la population libanaise, dont un quart vit sous le seuil de pauvreté. En 2012 déjà, lors de sa visite à ce pays, Benoît XVI avait déclaré : «Le chômage, la pauvreté, la corruption, les diverses addictions, l’exploitation, les trafics de toutes sortes et le terrorisme entraînent, avec la souffrance inacceptable de ceux qui en sont victimes, un affaiblissement du potentiel humain. La logique économique et financière veut sans cesse nous imposer son joug et faire primer l’avoir sur l’être !»

Ce qui se passe en ce moment au Liban (voir l’article de M. P. Roux cette semaine) rend visible ce que tant de sociétés vivent : l’homme n’a d’importance que selon sa productivité, il est utilisé uniquement comme levier de la vie économique. La dignité de la personne est bafouée.

Et pourtant… Au cœur de ce petit pays, une communauté constituée de personnes bien-portantes et de personnes atteintes de handicap, Anta Akhi1, vit avec intensité son «credo» : «Nous croyons que l’homme « est », bien au-delà de ce qui apparaît de lui : il est un mystère qu’on ne peut aborder que par un acte de foi et de confiance pour qu’il se révèle à nous par l’amour. Nous croyons que toute personne handicapée, quels que soient la nature de son handicap, son apparence, son potentiel, ses limites, est un être humain à part entière, un enfant de Dieu. Nous croyons que notre valeur ne vient pas de ce que nous avons, mais de ce que nous sommes : hommes, enfants de Dieu.»

Cloués dans leur fauteuil et témoignant intensément de leur valeur inestimable, de la joie d’être et non de paraître, ils confirment par leur vie ce que Benoît XVI avait dit avec force : «La grandeur et la raison d’être de toute personne ne se trouvent qu’en Dieu. Ainsi, la reconnaissance inconditionnelle de la dignité de tout être humain, de chacun de nous, et celle du caractère sacré de la vie impliquent la responsabilité de tous devant Dieu. Nous devons donc unir nos efforts pour développer une saine anthropologie qui intègre l’unité de la personne. Sans elle, il n’est pas possible de construire la paix véritable.»

Élisabeth Collet

 


1Anta Akhi Liban, créée en 1992, prend en charge de jeunes adultes, gravement handicapés, après leur passage à l’association SéSoBEL où ils étaient accueillis enfants. La plupart de ces jeunes adultes ne peuvent être pris en charge matériellement, médicalement et socialement par leurs parents ou leur entourage proche. Anta Akhi pourvoit chaque jour à leurs besoins vitaux, mais doit faire face à la fois à l’augmentation considérable des prix et à la diminution des soutiens financiers locaux. L’État ne fournit aucune aide matérielle ou financière.

 

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