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Bioéthique et effet cliquet

La loi étendant la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 15 octobre.

Aude Mirkovic, dans Valeurs Actuelles du 13 octobre, développe sa pensée autour du thème de «l’effet cliquet», par lequel on ne cesse de repousser les limites éthiques en fonction des désirs de la société : derrière la PMA, se profile la GPA, comme le montre le vote d’un amendement assimilant à des jugements d’adoption plénière les jugements étrangers rendus après GPA pour établir la filiation d’un enfant «à l’égard d’un ou de deux hommes auquel il n’est pas lié biologiquement ou à l’égard d’une ou de deux femmes qui n’en ont pas accouché». Ces jugements étrangers sont déclarés exécutoires sur le territoire français.

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«L’objectif de ces mesures est de prévenir “l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants” et l’amendement voté entérine ce qui n’est rien de moins qu’un achat d’enfant : le contrat abusivement désigné comme contrat de “gestation pour le compte d’autrui” ne porte pas seulement sur la gestation, mais bien sur la remise de l’enfant et n’est exécuté qu’avec cette remise. […] Ce texte irresponsable ouvre la porte à tous les trafics d’enfants puisqu’il est désormais assumé que les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus n’intéressent plus le législateur français, qui borne son rôle à entériner ce qui a été jugé à l’étranger, y compris au mépris des droits de l’enfant qu’il s’est pourtant engagé à faire respecter. Il donne raison aux opposants au projet de loi ouvrant la PMA à tous sans condition d’infertilité, qui soutiennent que l’adoption de la loi entraînera rapidement la légalisation de la GPA en France.»

Sur la manifestation du 6 octobre, relevons un passage du commentaire d’Éric Zemmour, dans Le Figaro du 10 octobre, sous le titre «Que faire du succès de la manif contre la PMA ?» :

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«Ils sont simplement victimes d’un rapport des forces au sein de ce système où la balance penche toujours en faveur des libéraux-libertaires qui veulent imposer l’individualisme et la loi du marché à tous les domaines, y compris la famille, le sexe, la culture, l’identité même. Ce rapport de force est inscrit dans le marbre des métropoles mondialisées où ils habitent souvent. Les “conservateurs” sont condamnés à perdre tous leurs combats face aux “progressistes” dans le cadre d’un combat entre seuls vainqueurs de la mondialisation.»

Sans qu’on doive en partager le pessimisme, cette analyse est juste : la société est de plus en plus libérale et libertaire.

Attaque turque en Syrie contre les Kurdes

Le 9 octobre, la Turquie a attaqué la région de Rojava (ou la Djezireh) appartenant aux Kurdes, dans le Nord de la Syrie. Cette attaque a pour but d’éviter que ne s’implantent, au-delà de la frontière turque, des foyers de rébellion soutenant le PKK, le Parti des travailleurs kurdes turcs, classé comme organisation terroriste par les Turcs et les Américains.

Dans le Foreign Affairs du 9 octobre, Gonul Tol expose les bénéfices qu’apporterait une «zone tampon» à cet endroit :

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«La solution récemment évoquée dans un discours à l’assemblée générale de l’ONU consiste à délimiter une vaste zone tampon le long de la frontière syrienne avec la Turquie. La zone serait longue de 300 miles et profonde de 20 miles, sous contrôle turc et interdite aux forces kurdes. Selon Erdogan, cette “zone de sécurité” accueillerait deux à trois millions de réfugiés débarrassant ainsi Ankara d’un problème intérieur majeur. Elle compterait 200 000 logements, ainsi que des hôpitaux, des terrains de football, des mosquées et des écoles, construits par les Turcs, mais financés à l’échelle internationale – cette installation fournirait des revenus indispensables au secteur du bâtiment turc en difficulté à cause d’une période de ralentissement économique.»

The Economist, dans un article du 15 octobre, développe l’idée que l’attaque turque est motivée par la volonté de nuire au PKK :

Logo de The Economist

«La Turquie affirme qu’elle agit en état de légitime défense. De telles affirmations sonnent creux. Jusqu’au début des combats, le pays n’avait subi aucune attaque transfrontalière de la part du YPG [Comité de protection du peuple, milice kurde-syrienne, ndlr], nom de groupe donné aux groupes armés kurdes en Syrie. Pour l’Amérique, les groupes armées kurdes syriens ont été des partenaires et des héros indispensables dans la victoire contre l’État islamique en Syrie et dans certaines parties de l’Irak. Pour la plupart des Turcs, ils ne sont rien de plus qu’une aile du PKK, un groupe responsable de dizaines d’attentats meurtriers à travers la Turquie, y compris une série de suicides à la bombe, depuis 2015. La décision des États-Unis de faire équipe avec le groupe et de l’armer a toujours été considérée en Turquie comme une trahison.»

Alexandre Del Valle, sur son blog personnel, évoque le 11 octobre la situation géopolitique au Moyen-Orient :

«Toutefois, la situation de la Turquie, membre majeur de l’OTAN au carrefour de la Méditerranée, de la mer Noire, du Proche-Orient et du Caucase, est si stratégique que même le président Trump a dû faire des concessions à Ankara. Rappelons que, pour le pouvoir national-islamiste turc de M. Erdogan, l’ennemi numéro un n’a jamais été les djihadistes et les islamistes radicaux qui composent l’essentiel de l’opposition armée et politique syrienne anti-Assad, mais les Kurdes séparatistes, accusés de « terrorisme », tant ceux de Turquie, persécutés politiquement et régulièrement pilonnés par l’Armée turque dans leurs villages, que ceux Syrie, structurellement et idéologiquement liés au PKK kurde de Turquie, dont le chef historique Abdullah Oçalan est toujours en prison en Turquie. À la lumière de cette définition très claire de l’ennemi principal qu’est le nationalisme kurde, le redoutable président-sultan turc et son armée ont (de leur point de vue) fait preuve d’une grande cohérence en concentrant toute leur action (certes tactiquement changeante) en Syrie sur la lutte contre les seuls « terroristes » kurdes du « Rojava », le Kurdistan autonome qu’Ankara est prêt à combattre, quitte à s’allier avec n’importe qui ou à rompre avec ses alliés traditionnels occidentaux.»

Dans Valeurs Actuelles du 15 octobre, Antoine Colonna explique qu’un nouvel acteur pourrait bien profiter de cette nouvelle donne :

«Les Kurdes sont aujourd’hui contraints de se retourner vers Damas grâce à la médiation de Moscou qui, de longue date, avait appelé les Peshmergas à ce qui était pour eux un moindre mal, mais auquel l’influence trompeuse de l’Occident mettait un obstacle. L’accord trouvé avec le gouvernement prévoit l’intégration des forces kurdes au 5e corps de l’armée syrienne, des droits d’autonomie qui seront consignés dans la nouvelle Constitution de la République arabe syrienne et l’intégration, d’ici un mois, de cadres kurdes dans l’administration civile syrienne du nord du pays. Bachar Al-Assad, présenté comme le bourreau de son peuple, apparaît désormais — s’il tient lui, parole — comme le sauveur des Kurdes et la pierre d’angle de la stabilité de la Syrie. Moscou et Damas sortent ainsi, en apparence, renforcés de par le retrait américain.»

Les Kurdes sont-ils victimes d’un coup de billard à plusieurs bandes, entre intérêts turcs, syriens, russes et américains ?

Démission remarquée au Vatican

Le 14 octobre, le pape François a accepté la démission du commandant de la gendarmerie du Vatican, Domenico Giani. Ce dernier l’a présentée après la divulgation d’une note interne interdisant l’entrée du Vatican à cinq responsables de la Secrétairerie d’État et de l’Autorité d’information financière impliqués dans un scandale financier, note aussitôt publiée dans la presse.

Dans The Tablet du 14 octobre, Ruth Gledhill interprète cette démission comme un simple acte de loyauté :

Logo de The Tablet

«Afin d’assurer la sérénité de l’enquête en cours, coordonnée par le Promoteur de la Justice et menée par la Gendarmerie, puisque l’auteur de la diffusion de la note – réservée au personnel de la Gendarmerie et de la Garde Pontificale Suisse – reste inconnu, et bien que le Commandant n’assume aucune responsabilité personnelle dans le déroulement des événements, Domenico Giani a offert sa démission au Saint Père par amour pour l’Église et par fidélité au Successeur de Pierre. […] Il avait également fait part au pape de son souhait de passer plus de temps avec sa femme et ses enfants.»

Edward Pentin, dans le National Catholic Register du 15 octobre, s’interroge sur les raisons profondes de cette démission :

Logo du NCR

«De nombreuses sources, sous couvert d’anonymat, ont dit au Register dans les derniers mois que Giani “connaissait tout sur tout le monde” et était assez réputé pour être le “personnage le plus puissant du Vatican” – à tel point que certains initiés du Vatican ont dit que même le pape et le cardinal Pietro Parolin, le Secrétaire d’État du Vatican, avaient « peur de lui ». […] Est-ce vraiment lié à la fuite des noms des cinq fonctionnaires du Vatican ou à des frictions entre la Secrétairerie d’État et les services financiers du Vatican ? Ou est-ce parce que Giani en savait vraiment trop sur la corruption au Vatican, ce qui le rendait trop puissant ?»

Domenico Giani a servi sous trois pontificats : Jean-Paul II, Benoît XVI et François. L’hypothèse d’un jeu de pouvoir est plus qu’envisageable dans sa démission, qui ne laisse apparaître aucune responsabilité personnelle…

Pierre Hardon

 

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