Affiche Qui est mon frère
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,Quand les avancées technologiques visent à repousser toujours plus loin les limites de l’être humain, quelles sont les perspectives à redouter ? La conférence du 12 octobre dernier, proposée par le diocèse du Mans, nous éclaire sur les enjeux de ce sujet d’une brûlante actualité.

Ce 12 octobre 2019, Mgr Yves Le Saux, pasteur du diocèse, nous invitait à la salle des Concerts du Mans pour une journée d’information et de formation, afin que chacun se trouve accompagné sur ces délicates questions se posant en matière bioéthique à l’aune des possibilités ouvertes par les technologies nouvelles.

Ce sont près de 400 personnes qui se sont retrouvées autour de ces thèmes portés par des intervenants imprégnés de leur sujet. Après que l’évêque a ouvert la journée animée par Patrice Moyon, éditorialiste à Ouest-France, sont intervenus, tour à tour, le Père Brice de Malherbe, Mgr Pierre d’Ornellas, le Père Thierry Magnin, le Père Renaud Laby et Pierre Gueydier.

Le constat est rapidement dressé par Mgr Le Saux qu’aujourd’hui, LE souci majeur auquel est confrontée notre société est l’absence de définition de ce qu’est la personne humaine, sa vocation, sa dignité.


Le souci majeur auquel est confrontée notre société est l’absence de définition de ce qu’est la personne humaine, sa vocation, sa dignité.


Si l’écologie est désormais défendue comme un enjeu prépondérant, notre évêque nous invite à élargir notre réflexion en parlant d’écologie intégrale, laquelle donne toute sa place à l’Homme dans la Création.

S’il faut se préoccuper de l’avenir de la planète et de toutes ses composantes, Mgr Le Saux nous rappelle que la personne humaine demeure supérieure aux éléments matériels. Reconnaissant la pertinence de la protection de la nature, il invite l’assemblée à porter plus loin son interrogation : «Comment s’inquiéter de la souffrance animale et ne pas s’inquiéter pour l’homme ? Comment s’interroger sur le bien-fondé des OGM en ouvrant la porte à toute manipulation sur l’humain ?»

Le fil rouge de cette journée est désormais clair. Les nouvelles technologies, si elles doivent accompagner un progrès de la société, ne peuvent gommer, refuser, éradiquer la vulnérabilité, la fragilité participant de la beauté humaine. La pauvreté, et partant la grandeur de la condition humaine, sont parfaitement illustrées dans la parabole du fils prodigue1, au moment où s’opère ce basculement le renvoyant à lui-même. Le bonheur ne saurait être l’affaire de quelque bien-être que ce soit.

Nombre d’intervenants feront leur, en un indéfectible leitmotiv, cette parole de Benoît XVI : «Ce n’est pas la science qui rachète l’homme, l’homme est racheté par l’amour2

Les réalités de notre existence humaine, de notre vie terrestre que sont la corporéité, l’altérité et la temporalité sont plus que bousculées par le transhumanisme. Le corps n’étant qu’une machine, lieu de stockage de données, grâce au progrès technique il doit permettre la mise en œuvre d’un spécimen normé et labellisé. Le temps n’étant qu’un leurre, la mort, sentence menant à une exécution sommaire, doit être abolie par la science. C’est pourquoi sera encouragée toute thérapie visant à l’allongement de la vie.


Les projections visées par le transhumanisme risquent fort d’aboutir à une déshumanisation.


Le Père Thierry Magnin, prêtre et physicien, pose sur le transhumanisme un regard singulier. Tout en se félicitant de certains progrès réalisés, il montre que les projections visées risquent fort d’aboutir à une déshumanisation. Il précise en effet que l’erreur principale de ce courant est de concevoir le corps humain comme une somme de fonctions dont on pourrait inexorablement augmenter les performances. Cette alerte portée sur la volonté de libérer l’être humain de ses limites tant physiques que cognitives vient illustrer le fil rouge de cette journée, qui donne à réfléchir sur la valeur de l’existence, la reconnaissance de sa fragilité, de sa vulnérabilité et de sa mortalité.

Vaincre la mort est donc ce rêve éveillé que porte le transhumanisme, comptant sur la science pour y parvenir. En ce jour où l’Église fête saint Luc, confions-lui tout particulièrement le monde de la santé pour qu’il demeure une oasis du soin et non une officine de la course effrénée pour la guérison, un monde de soin et non un laboratoire où des apprentis sorciers se laisseraient séduire par les sirènes que sont les chimères promises par le progrès technique.

L’enjeu consiste donc à réconcilier cette apparente dichotomie, en posant un regard unifié sur les hiatus qui se font jour. Nous devons trouver un chemin pour concilier Réussite et Fécondité, pour promouvoir Performance et Protection, pour que se rejoignent Savoir et Comprendre.

Pour y parvenir, la technique se doit de rester ordonnée à la responsabilité morale de l’homme, de façon que le choix de la raison ouverte à la transcendance l’emporte sur celui de la raison close dans l’immanence technologique (cf. Benoît XVI, Caritas in veritate n°74).

Au soir de notre vie, lorsque le Seigneur nous interrogera, quelle signification prendra en notre bouche la réponse de Caïn : «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère3

Jérôme de Lartigue


1Cf. Lc 15, 17.

2Benoît XVI, Spe Salvi, n°26.

3 – Gn 4, 9.

 

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