Les vierges folles pour réparer l'Église ?
Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Plus que jamais, l’on entend aujourd’hui parler de «réparer» l’Église, de la «refonder», et les «réparateurs», les «refondateurs» en tout genre se bousculent au portillon, avec leurs accusations, leurs diagnostics, leurs prétentions et leurs méthodes infaillibles… Méditant la parabole évangélique des vierges sages et des vierges folles, Aline Lizotte trace la voie d’une vraie réforme, celle qui passe par la Croix du Christ.

«Dix vierges s’en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l’époux. Or cinq d’entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées». Elles étaient, toutes les dix, «vierges», voulant servir uniquement et totalement le Seigneur. Toutes, elles s’étaient munies de lampes : parées pour servir, elles n’étaient pas sans moyens ; instruites des œuvres de Dieu, elles savaient ce qu’Il demandait ; ayant médité sa Parole, elles croyaient partager son intimité ; «apostoliques» ou «contemplatives», laïques ou consacrées, elles étaient accomplies dans son service. Elles étaient sûres d’elles.

Cinq s’étaient munies d’huile, cinq autres avait oublié de le faire. «Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d’huile, tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l’huile dans des fioles» (Mt 25, 1-2). Et l’époux se fait attendre. La nuit tombe, les ténèbres envahissent l’âme, les œuvres du service cessent, le sommeil s’impose.

Au milieu de la nuit, un cri se fait entendre : «Voici l’époux !» La joie de la rencontre les réveille brusquement. Toutes allument leur lampe : il faut le voir pour le suivre. Mais les lampes des sottes s’éteignent : elles n’ont plus d’huile. Les vierges sages, dont la lampe est allumée, entrent à la suite de l’époux. La porte se referme. Quand les «sottes» reviennent, l’époux est parti. Elles ont beau frapper, il ne les connaît pas.

L’huile qui tient la lampe allumée

Quelle est donc cette huile qui tient la lampe allumée ? Cette huile, dit saint Thomas, c’est la joie intérieure, la conscience intérieure de cette joie. Celles qui cherchent la gloire humaine et non la joie de la conscience n’ont pas d’huile, et leurs lampes s’éteignent1. La joie, c’est l’apaisement du désir dans le Bien-aimé possédé.


Les vierges folles n’ont pas cette joie intérieure de l’apaisement de la volonté dans un Seigneur que, pourtant, elles prétendent servir.


Les vierges folles n’ont pas cette joie intérieure de l’apaisement de la volonté dans un Seigneur que, pourtant, elles prétendent servir ; les vierges sages l’ont gardé, même dans les ténèbres de l’âme, dans le sommeil du corps, dans l’absence de l’époux. Quand sa voix se fait entendre, elles la reconnaissent et, fortes de leur joie intérieure, elles le suivent !

Les folles sont allées chercher de l’huile au marché des hommes ; elles ont recherché la joie que leur donnera leur approbation, la gloire qu’ils leur procureront, l’assentiment qu’ils leur accorderont. Et, quand elles veulent retourner aux œuvres du service, la porte est fermée, la joie n’existe plus, l’amertume et la critique deviennent prépondérantes. Elles qui étaient si sûres d’être au service de Dieu se heurtent à une porte qui ne s’ouvre pas. Elles ont perdu la joie !

La joie de servir l’Église

À l’heure actuelle, l’heure des ténèbres, il y a beaucoup de vierges sottes. Les réformateurs et les réformatrices sont de tout genre. Ils sillonnent les paroisses, s’insinuent dans les foyers, envahissent les villes. Ils proposent de «refaire l’Église», de la «réparer», comme ils disent. Tel ce témoignage que nous avons reçu : «Depuis des années, nous sentons que notre parole ne parle plus, que nous avons perdu “le feu sacré”, qu’il faut remonter à la source, refonder l’Église à partir de l’Évangile. Devant l’ampleur du mal commis et la perte totale de confiance, nous sommes de plus en plus convaincus qu’il ne suffira pas de vouloir réformer le système clérical actuel, fût-ce en ordonnant des personnes mariées. Nous prenons conscience que la structure actuelle de l’Église, tombée de l’infaillibilité à la pédophilie, n’en est qu’une caricature, et que le christianisme n’existe pas encore. Il faut oser repartir à zéro, reconstruire, refonder, et pas seulement réformer.»

Et quel est cet Évangile à partir duquel il faudrait repartir à zéro pour construire un vrai christianisme ? Écoutons ce que ces vierges folles ont à nous dire : «Aujourd’hui, nos célébrations (et notre foi) sont centrées sur la Rédemption. La Résurrection, elle, n’obtient que la portion congrue. Le logo, l’image de notre foi reste le crucifix, ce qui est trompeur. Parce que la croix avait détruit toute espérance, et que c’est la Résurrection qui a bouleversé les premiers disciples et l’humanité. La Résurrection, c’est l’égalité. La Résurrection est un appel et une force pour vivre ce que Jésus nous a enseigné avant de mourir. Elle crée une humanité nouvelle, harmonieuse. Elle bouleverse tout. Jusqu’au Dieu justicier, qui devient le Christ libérateur.»

On n’en croit pas ses oreilles ! Toute l’Église – c’est-à-dire tout le peuple de Dieu – se serait trompée ! L’Église a prêché un Évangile de la rédemption, et elle a trompé le peuple de Dieu ! Il faut donc détruire l’Église, ou la laisser mourir, et retrouver notre «espérance» dans une humanité nouvelle, une humanité «ressuscitée» (sic), qui ne soit plus sous le signe de la Croix, mais sous celui de l’égalité, de la liberté et de la fraternité ! La joie de l’Époux s’en est allée ; elle doit être remplacée par la joie du vivre ensemble républicain ! Vive la Révolution ! Vive la guillotine !

Perte de la croix, perte de la joie


L’Église n’est pas une république, c’est le peuple que Dieu s’est acquis par l’offrande incommensurable de justice et d’Amour de son propre Fils.


Oser dire qu’il faut repartir à zéro ! Oser dire qu’il faut refonder l’Église ! Oser dire que l’Église doit être «réparée», et que c’est à une poignée de laïcs que la tâche incombe ! Oser dire que ces laïcs doivent en faire une république d’humanité, c’est non seulement «sot», c’est injurier tout le peuple de Dieu. Car l’Église n’est pas une république, c’est le peuple de Dieu ! C’est le peuple que Dieu s’est acquis par l’offrande incommensurable de justice et d’Amour de son propre Fils. Et ce peuple est la collectivité des fidèles «ayant l’onction qui vient du Saint» (1 Jn 2, 20, cf. 1 Jn 2, 27). «Elle ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, “des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs”, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel2».

Le signe de la sottise de ces vierges folles, c’est la perte de la joie ! Elles sont tristes, ces vierges — femmes et hommes — qui prétendent aider l’Église et qui rejettent comme une peste la joie de la servir ! Elles sont saturées de critiques, d’amertume, elles instrumentalisent les souffrances, se lamentent sur elles-mêmes, veulent l’impossible et l’inaccessible : la parousie sans la Croix, le Salut sans le combat, l’amour sans la vérité, le peuple sans le Maître (magistère), le Christ sans le Père ! Invitées à partager la joie de l’Époux, elles ont préféré la gloire des hommes, l’applaudissement de leurs opinons, la caresse de leurs compliments. Et devant elles, la porte s’est fermée. L’Époux ne les connaît plus ! Elles ont bien acheté de l’huile chez les marchands, leurs lampes éclairent de nouveau, mais la voie est fermée.

On ne peut réformer l’Église, la «réparer», si l’on n’emprunte pas la «Voie». Cette Voie passe par la Croix du Christ, qui n’est pas une contre-espérance, mais une victoire, la seule qui mène à la Résurrection.

Aline Lizotte

 


1 – […] per oleum signatur interior lætitia de quo in Ps 103, 15 (exhilarans faciem in oleo). Et alibi in Ps 44,8 (unxit te Deus, Deus tuus, oleo lætitiæ præ consortibus tuis). Multum sunt qui exterius abstinent et quærunt intus gaudium, scilicet conscientiæ et ibi habens secum oleum. Alii vero non quærunt gaudium conscientiæ, sed gloriæ hominum, et isti non habent oleum. (Super Matthæum, XXV, n°2017).

2 – Vatican II, Lumen Gentium, n°12.

 

Laisser un commentaire sur cet article

 

Télécharger le texte de cet article

>> Revenir à l’accueil