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Peut-on partir en mission avec seulement une Bible en poche ?

Le 22 octobre 2017, le pape François adressait une lettre au cardinal Fernando Filoni1 en vue de la célébration du centenaire de la lettre apostolique Maximum illud promulguée par le pape Benoît XV en novembre 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale. François s’appuie sur les paroles de ses prédécesseurs Benoît XV, Paul VI et Jean-Paul II, et sur le concile Vatican II pour redire avec force le caractère essentiel de la mission dans l’Église. Celle-ci «par nature est missionnaire2» en raison de la demande du Christ après sa victoire sur la mort : «Allez ! De toutes les nations, faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.» (Mt 28, 19).

Dans sa lettre encyclique Redemptoris missio, Jean-Paul II pointe le fait que «la mission en est encore à ses débuts3» au regard des réalités de notre époque (guerres, intérêts capitalistiques, bioéthique, etc.) et que «nous devons nous engager de toutes nos forces à son service4». Il invite toute l’Église à se mettre en «état permanent de mission5» afin, comme le dit François, «d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer6».


Jésus lui-même n’a-t-il pas envoyé ses disciples en mission après les avoir formés pendant trois ans ?


Il ne s’agit probablement pas là d’un devoir principalement kérygmatique, c’est-à-dire de la proclamation d’une Parole de l’Évangile qui crée une émotion religieuse, ou même seulement d’un témoignage émouvant d’expériences vécues ponctuellement. Le but de la mission est d’enseigner et de guérir, de sorte que la personne devienne libre et responsable, capable d’actes de foi, d’espérance et de charité.

La tâche exige alors une réponse adéquate à quelques questions fondamentales : qui est l’homme vers qui nous sommes envoyés ? Quelles sont ses puissances d’action, qu’est-ce qui rend bon son agir ? Quelle est la doctrine de l’Église ? Quels courants philosophiques influencent notre société ? Quels remèdes adéquats apporter aux maux qui engendrent tant de divisions et de souffrances ? Face à la question des agressions sexuelles, comment accueillir, soutenir, guérir la victime et l’agresseur ? Comment ouvrir un chemin de dialogue vers un pardon fraternel ? Que répondre à la femme divorcée, à la jeune fille qui s’apprête à interrompre une grossesse ou encore au jeune garçon mal dans sa peau ?

En raison du «sujet bénéficiaire» de la mission, l’être humain, toutes ces questions d’ordre anthropologique, théologique, moral et sociologique méritent d’être regardées, au risque d’induire une réelle souffrance – et peut-être un dessèchement pénible et désespérant – chez les disciples eux même, notamment chez tous ceux qui sont investis officiellement d’une mission publique auprès de leurs frères : prêtres, religieux, laïcs engagés.

La mission suppose une vraie formation humaine et spirituelle, intellectuelle et pédagogique, selon les exigences propres à chaque domaine et selon les charismes de chacun. Jésus lui-même n’a-t-il pas envoyé ses disciples en mission après les avoir formés pendant trois ans ?

La formation et l’accompagnement sont des actes de justice vis-à-vis des personnes envoyées. L’Église se doit de former et d’accompagner ses acteurs pastoraux, ses fils et ses filles «baptisés et envoyés». La formation humaine a pour finalité propre de préparer la terre dans laquelle la graine va être semée ; la grâce accomplit ce que la nature a déjà désiré et mis elle-même en chemin. Le désir de la nature et celui de son Créateur peuvent enfin s’accorder, la grâce donnant un élan encore plus beau, plus grand à son sujet, jusqu’à la grâce possible du martyre.

La formation est aussi une œuvre de miséricorde vis-à-vis des fils et filles de l’Église qui partent sans cesse vers leurs frères et sœurs.

Que l’Esprit Saint, qui est avec nous jusqu’à la fin des temps, nous aide à discerner et à prendre le temps de la formation humaine plus spécifiquement comme une offrande pour mieux servir nos frères et sœurs !

Suzanne Lamartinière

 


1 – Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

2Décret sur l’activité missionnaire de l’Église Ad gentes, 7 décembre 1965, n°7. AAS 58, 1966, 948.

3 – Lettre encyclique Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n°1. AAS 83, 1991, 249.

4Ibid., n°2. AAS 83,1991, 250-249.

5Ibid., n°1. AAS 83,1991, 1030.

6Lettre du pape François à l’occasion du centenaire de la promulgation de la lettre apostolique Maximum illud, 29 Octobre 2017.

 

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