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Octobre, mois de mission extraordinaire !

«La cause missionnaire doit avoir la première place. Que se passerait-il si nous prenions réellement au sérieux ces paroles ?» (Evangelii gaudium, 15). Le pape François, en écho à la lettre Maximum illud sur l’évangélisation promulguée il y a cent ans par le pape Benoît XV, fait vibrer un pressant appel au réveil de la conscience du devoir missionnaire.

Au Congrès Mission à Paris, samedi et dimanche dernier, des milliers de chrétiens ont emboîté le pas du pape François dans la perspective de prendre ces paroles au sérieux. Octobre 2019 se veut «comme une secousse pour nous inciter à être actifs dans le bien, non des notaires de la foi ni des gardiens de la grâce, mais des missionnaires», a-t-il lancé le 1er octobre dans son homélie qui se terminait par : «Courage, Mère Église : retrouve ta fécondité dans la joie de la mission !»

Cet élan était perceptible au travers des nombreux ateliers animés par les jeunes eux-mêmes. À 21 ans, Julie partage son expérience des festivals Amen-Toi, qu’elle a créés : «En rentrant des JMJ, je me suis dit qu’il fallait qu’on se bouge pour que les gens connaissent Dieu.» Godefroy, 24 ans, jeune responsable d’Anuncio, dit s’être laissé surprendre par l’Esprit Saint, qui l’a libéré de sa peur de s’engager. Il entraîne des personnes de tous âges à tout simplement annoncer le nom de Jésus : «On a tous dans nos poches des invitations pour évangéliser. Quand on arrivera au Ciel, Jésus nous dira : «Tu as fait quoi de tes invitations ?» Une interpellation pour tous. Sans gêne. Sans hésitation.


Le pape insiste sur le fait que nous n’AVONS pas une mission à accomplir, mais que nous SOMMES mission.


C’est peut-être une des caractéristiques de la génération des 20-30 ans : ils ont intégré l’urgence de la mission. Le Congrès leur a donné une place prépondérante : motivés, créatifs dans l’annonce de la Bonne Nouvelle, ils nous étonnent par leur absence de compromis. Une faculté à donner leur vie à la mission, peu importe les conséquences, et peu importe le qu’en dira-t-on.

Ce besoin de radicalité, ils en ont conscience : «Nous jeunes, on a beaucoup de désirs et, si on ne nous aide pas à les orienter, on ira les combler ailleurs». Le mot «radicalité» est d’ailleurs revenu par plusieurs biais. Il fait écho à Christus vivit, exhortation dans laquelle le pape insiste sur le fait que nous n’AVONS pas une mission à accomplir, mais que nous SOMMES mission.

Tout se joue donc dans l’être et non dans le faire. L’appel à la mission n’est pas un appel extérieur étranger, ce n’est pas surajouter quelque chose à nos vies : c’est déployer notre identité même. Les jeunes l’expriment par leurs propres mots : «J’ai choisi d’être moi-même». Ils invitent vigoureusement à ne pas «copier-coller» les multiples initiatives présentées pendant le Congrès, mais à évangéliser avec «ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes».

Un autre élément mis en exergue par les jeunes : ils veulent être formés, certes, mais ils spécifient que c’est uniquement dans la perspective de se mettre en mouvement. «Oui, se former, mais à raison d’un tiers, un tiers, un tiers : on prie, on se nourrit, on bouge.» Leur principale demande, c’est de se former pour apprendre à transmettre l’amour de Dieu. Pourquoi ? «Parce que pour l’instant, mes copains à qui je parle de Dieu n’ont pas besoin de théologie pure. Ils ont besoin que je leur annonce le message de l’Évangile…» Ils auront le désir de se former en fonction de ce qu’ils pressentent comme besoins sur le terrain. Le refrain de ce qu’ils appellent les cinq essentiels parcourt toutes ces initiatives : prière, communion fraternelle, formation, service, évangélisation.

Pendant ce temps, les générations précédentes se posaient la question de la façon de soutenir les jeunes sans les freiner. «Nous avons devant nous 15 millions de jeunes qui ont besoin qu’on les prenne au sérieux», disait un prêtre du Chemin Neuf, précisant que c’est la première génération qui n’a pas bénéficié d’une transmission de la foi par ses parents ou grands-parents… même par bribes ! Une génération qui vit dans un milieu multiculturel et multireligieux. Une génération beaucoup plus décomplexée par rapport au fait religieux. Et une génération consciente de sa responsabilité par rapport aux générations futures. À la question du soutien qu’ils attendent de leurs aînés, ils répondent essentiellement «leur prière, le cadre qui nous aidera à ne pas dériver, leur sagesse et leur discernement».

La mission dans notre époque – et cela a été souligné –, c’est aussi de transmettre l’espérance théologale au cœur des combats actuels, au cœur d’une société qui a voté un des premiers volets de la loi bioéthique : «Il va falloir des chrétiens qui vont devoir dire : le feu brûle et l’eau mouille», a rappelé Fabrice Hadjadj lors d’une table ronde. Des chrétiens qui vont devoir de plus en plus défendre la chair», l’Église devenant de plus en plus «gardienne de la sexualité». Notre tâche va être de «rappeler la grâce de la nature humaine et de la restaurer». Le chrétien va de plus en plus être appelé à défendre des choses ordinaires, comme le fait qu’un enfant est le fruit d’un homme et d’une femme.

Élisabeth Collet

 

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