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Un processus synodal local qui touche l’Église universelle

En Allemagne, la Conférence des évêques organise un «processus synodal» pour répondre à la crise des agressions sexuelles. Or, à Rome, la forme et le fond de ce «chemin synodal» inquiètent. Le pape François a déjà mis en garde les catholiques allemands, dans une lettre du 29 juin dernier, contre «des réformes purement structurelles, organiques ou bureaucratiques». Le cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, a envoyé une lettre le 4 septembre 2019 aux évêques allemands, leur signifiant que les schémas du processus synodal «violent les normes canoniques en vigueur». Les avis très partagés de la presse rendent compte des mouvements d’opposition qui traversent l’Église.

Nicolas Senèze, dans La Croix du 23 septembre 2019, évoque des «ultra-conservateurs» qui brandissent la menace d’un «possible “schisme allemand”» :

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«Régulièrement à Rome pour conseiller le pape ou pour les finances du Vatican, le cardinal Marx a eu l’occasion de rencontrer François. Jeudi dernier encore, il était dans son bureau pour lui expliquer la démarche de l’Église d’Allemagne. Car, après les récents propos du pape à propos des menaces de schisme de certains secteurs de l’Église américaine, les ultra-conservateurs n’hésitent pas aujourd’hui à brandir le risque d’un possible “schisme allemand”. […] Peut-être le cardinal Marx a-t-il voulu devancer la future constitution sur la Curie, qui donne une plus large place à ce dialogue entre Curie et conférence épiscopale, agissant ainsi trop tôt.»

Peut-être le cardinal Ouellet a-t-il voulu éviter une séparation entre l’Église universelle et l’Église d’Allemagne ?

Dans La Vie du 20 septembre 2019, Marie-Lucile Kubacki explique que ce synode allemand risque de rendre plus active l’opposition au pape François :

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«Les catholiques allemands ont vu avec surprise arriver une lettre assez cinglante du préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Marc Ouellet. Ce dernier estime “canoniquement incorrect” de se pencher localement sur ces questions qui engagent des enseignements et la discipline de l’Église universelle : les structures de pouvoir dans l’Église, la vie sacerdotale, l’accès des femmes aux ministères et la morale sexuelle. A fortiori dans une assemblée synodale de type démocratique, où des laïcs auraient un droit de vote. En somme : le cardinal mettait en garde les Allemands contre la tentation de faire un concile camouflé en synode. […] Une chose est en tout cas certaine : la quasi-simultanéité du synode de l’Église d’Allemagne et de celui de l’Église sur l’Amazonie présente un risque accru de crisper la réflexion sur des sujets névralgiques (l’ordination de viri probati, les ministères féminins), d’occulter médiatiquement les autres thèmes (les enjeux écologiques et sociaux en Amazonie, mais aussi les autres sujets ecclésiaux) et de rendre, par ricochet, plus active l’opposition au pape François.»

La lettre du cardinal Ouellet n’est pas à proprement parler «cinglante» : elle rappelle les règles de droit qui régissent l’Église universelle.

Dans le National Catholic Register, Edward Pentin, le 22 septembre, rappelle que les motivations allemandes ne sont pas neuves :

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«Selon les organisateurs allemands, la principale cause [de l’organisation du processus synodal, ndlr] est de réagir face à la crise des agressions sexuelles perpétrées par le clergé. Mais il est discutable, pour le dire gentiment, que ce soit la raison principale pour lancer une initiative aussi radicale, étant donné que les initiatives qu’elle cherche à faire progresser –fin du célibat des prêtres, nouveaux rôles ministériels pour les femmes et changements fondamentaux dans l’enseignement de l’Église sur la morale sexuelle – sont au sommet de la liste des vœux des dirigeants de l’Église allemande depuis de nombreuses années, totalement indépendante de la crise des agressions.»

Ce qui pose la question de l’instrumentalisation de la crise des agressions sexuelles.

Le processus synodal allemand, le synode pour l’Amazonie… Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro du 20 septembre, évoque les tensions au sein même de la Curie :

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«Tout est actuellement soigneusement préparé pour que ce vote [NDLR sur l’ordination des viri probati] aboutisse. Ce qui donne des idées à d’autres Églises, comme celle d’Allemagne. En 2020, elle lance un “chemin synodal” en direction du mariage des prêtres et de l’ordination diaconale des femmes. […] D’autres turbulences agitent aussi la colline du Vatican : la réforme de la Curie romaine, qui passe très mal en interne, et la récente sélection par François de nouveaux cardinaux. Ils recevront leur charge le 6 octobre, mais tous, sans exception, ont été choisis dans la ligne d’une Église d’abord engagée socialement. […] Beaucoup autour de lui applaudissent sa vision et son élan. Mais des personnalités ecclésiales jusque-là bienveillantes pour les réformes, jugées utiles sur de nombreux points, commencent, pour les plus courageux, à dire que cela va trop loin.»

Le projet de loi bioéthique en cours d’examen à l’Assemblée nationale

Le projet de loi bioéthique étendant l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules est discuté sur les bancs de l’Assemblée depuis le 24 septembre. Dans un avis du 18 septembre, l’Académie nationale de Médecine a émis de nombreuses réserves sur «l’absence de père» dans la construction de l’enfant. Ce contrepied, qui a été tout de suite dévalorisé par le pouvoir politique, a permis de relancer un débat. C’est ce qu’illustrent deux articles du journal Le Monde.

Dans un premier article, Simone Bateman, sociologue au CNRS, explique le 20 septembre :

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«[…]Une fois acceptée l’idée que l’on peut faire un enfant sans sexualité et que le médecin peut légitimement s’occuper d’engendrement, la question de l’extension et des limites de cette nouvelle compétence médicale se renouvelle à chaque fois que le contexte historique et les normes sociales en matière de vie familiale changent. Puisque l’insémination affranchit la reproduction des rapports hétérosexuels, il devient possible de procréer en dehors des schémas familiaux traditionnels. L’évolution des mœurs appelle donc un réaménagement social de la pratique initiale : l’ouverture de l’insémination aux femmes seules ou en couple.»

«[…] Une fois acceptée l’idée»… C’est là que le bât blesse : «l’idée» peut-elle s’opposer à la nature ?

Le lendemain, c’est Myriam Szejer, pédopsychiatre, référente au Centre de procréation médicalement assistée de l’hôpital Foch, qui lui répond, dans une interview qui pose de véritables questions :

«Les référents masculins de leur entourage sont très incertains, et ne remplaceront jamais un père au quotidien, même absent. C’est le tiers dans sa présence charnelle qui manque, ce que les enfants expriment très bien en demandant : “Où est mon père ?” Je pose donc la question : ne joue-t-on pas les apprentis sorciers en ouvrant la PMA aux femmes seules ? Je souligne le risque qu’à leur adolescence, âge auquel la question de la famille est réactivée, ces enfants soient assez difficiles parce qu’ils n’auront pas de père à qui se confronter, et ce sera à la mère, seule, de faire face. […] Le père est une notion très complexe, pas seulement une question juridico-sociale. Le père s’inscrit dans une histoire, celle de la famille paternelle, de la rencontre des parents. Ces femmes disent que la question du père est présente pour elles, elles ne le nient absolument pas.»

La construction de l’identité de l’enfant passe par la confrontation à l’altérité. Pourquoi le pouvoir politique reste-t-il sourd aux mises en garde des praticiens ?

Dans la lettre politique de Libération du 23 septembre 2019, Laurent Joffrin déclare :

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«L’argument “anthropologique” use d’un mot savant – et flou – pour stigmatiser une rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines. Aussitôt, on pense à un basculement civilisationnel dramatique qui verrait des apprentis sorciers violer les lois sacrées de la nature au détriment de millions d’enfants. L’ennui, c’est que les vrais anthropologues ne semblent guère souscrire à cette version de l’anthropologie. Ainsi Françoise Héritier, l’une des plus célèbres spécialistes de la discipline, récemment disparue, soutenait-elle hautement la PMA et le mariage pour tous.»

Peut-on être un «vrai» anthropologue si l’on ne reconnaît pas l’existence d’une nature humaine ?

Une procédure d’impeachment lancée contre Donald J. Trump

Le président des États-Unis, Donald J. Trump, fait face à une procédure d’impeachment, la seule procédure qui, outre-Atlantique, permette de destituer un président en fonction pour «trahison, corruption, ou autres graves crimes et délits». Après avoir refusé catégoriquement de lancer une telle procédure à propos de l’influence russe sur les élections américaines, c’est le président de la chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui a finalement décidé de s’y risquer. Non plus à propos de la Russie, mais de l’Ukraine : Donald J. Trump est accusé d’avoir encouragé le président ukrainien Volodymyr Zelensky à enquêter sur son potentiel concurrent à l’élection présidentielle de 2020, Joe Biden, à propos d’un éventuel conflit d’intérêts, voire une malversation.

Le New York Times, le 24 septembre, voit dans cet affrontement entre Nancy Pelosi et Donald Trump, un combat épique :

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«Un appel téléphonique entre le président de la chambre des représentants [Nancy Pelosi, ndlr] et le président des États-Unis n’a pas empêché une confrontation, et ils sont tous deux prêts pour une lutte épique qui va tester les limites de la Constitution et l’équilibre des forces dans le système américain. […] Quoi qu’il en soit, aussi stupéfiant qu’ait été le déroulement de la journée, la seule vraie surprise aura été le temps qu’il a fallu pour en arriver là. […] Maintenant, après deux ans et demi, la bataille est engagée.»

Combat épique… Le New York Times se garde bien de désigner un vainqueur.

Dans le Wall Street Journal, le 24 septembre, on semble peu s’inquiéter de l’ouverture de cette procédure d’impeachment :

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«Dans un sens, ce moment était probablement inévitable. La plupart des démocrates et des médias n’ont jamais accepté Trump comme président légitime. Ils ne peuvent croire que 63 millions d’Américains aient voté pour lui au lieu d’Hillary Clinton, leur candidate, alors ils ont scruté chaque jour depuis l’élection de 2016 toutes les raisons possibles pour l’éjecter du Bureau ovale. […] L’invitation de monsieur Trump à monsieur Zelensky d’enquêter sur monsieur Biden, s’il s’agit bien de ça, démontre un mauvais jugement de notre point de vue. […] Mais un mauvais jugement n’est pas un crime, et les électeurs pourraient demander plus pour annuler une élection quelques mois avant qu’ils aient la chance de rendre leur propre jugement sur le comportement de monsieur Trump.»

Quand on sait qu’au final, c’est le Sénat (républicain) qui aura le dernier mot, le Wall Street Journal pose une bonne question : les électeurs se verront-ils voler l’élection, ou du moins un véritable débat électoral ?

Pierre Hardon

 

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