L'Église de France contre la PMA
Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Notre équipe de la Smart Reading Press a assisté à la prise de position de l’Église de France, le 16 septembre 2019. Ambiance.

À l’entrée du grand auditorium du collège des Bernardins, le 16 septembre 2019, aux alentours de 18h15, les visages sont détendus. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF1, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, et Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail de la CEF sur la bioéthique, vont prendre la parole dans quelques minutes. Les conférences seront retransmises en direct sur KTO. En attendant, ils serrent les mains et saluent les invités, discutent avec des amis ou des journalistes, et sourient aux personnes qui attendent patiemment devant la grande salle, dans l’espoir d’y avoir une place.

On croise de nombreux journalistes qui vont s’installer et prendre des notes, des enregistrements ou des photos. Au moins cinq rangs leur sont réservés. Ils sont nombreux, ceux qui viennent entourer les trois archevêques de l’Église en France, accompagnés de trois laïcs qui ont formé le comité de travail sur le sujet bioéthique dont ils vont nous entretenir ce soir. Certains évêques ont pu se déplacer, d’autres ont délégué des représentants. Un public très nombreux est venu : 300 personnes dans l’auditorium comble, et d’autres encore dans une salle annexe. Ce vaste auditoire témoigne non seulement de l’importance des conférenciers, mais plus encore de l’importance du sujet. Il va entendre deux choses. D’abord l’inquiétude, non seulement celle de l’Église, comme l’exprime Mgr de Moulins-Beaufort, mais celle de la société, voire de l’humanité : quel chemin prenons-nous ? Quel virage sommes-nous en train d’opérer ? Quel monde de demain sommes-nous en train de construire ? Ensuite, un «oui» profond, un «oui» à la vie, à la beauté, à une saine technique, à l’ouverture de «l’auberge pour tous» que doit être l’Église, à la fraternité, à la justice !

Mgr Aupetit, médecin devenu archevêque de Paris, développe les risques d’une médecine qui se dégrade en «prestation sociale», perdant ainsi sa dignité de médecine soignant les malades et les plus faibles. Mais il accentue son discours sur le destin de l’embryon. Quel est ce tout petit, ce frêle être humain livré aux volontés des adultes ? Quel respect avons-nous pour cet être vulnérable, le plus vulnérable d’entre nous ? A-t-il une valeur plus importante que les larves de salmonelles ou que l’œuf d’un rouge-gorge ? Donner un statut civique à l’embryon humain devient une urgence politique si nous voulons que l’œuvre de la paternité et de la maternité demeure toujours une œuvre humaine, et non uniquement le fruit d’un processus technique !

Une théologienne de l’Institut catholique de Paris, Madame Dominique Trébuchet, développe la notion de «fraternité», qui ne peut découler de l’égalité que si le grand principe de la «justice» est respecté. Or, qu’en sera-t-il de la justice lorsqu’il deviendra légal d’engendrer et de mettre au monde des enfants «sans père» ? Cette nouvelle catégorie de citoyens pourrait-elle garantir l’égalité avec un enfant né d’un père et d’une mère ? La loi qui crée aujourd’hui l’injustice pourra-t-elle continuer à garantir la fraternité ?

Mgr d’Ornellas, reprenant le célèbre «I have a dream» de Martin Luther King, ne craint pas de nous faire partager son «rêve» d’une humanité saine, heureuse, accueillante à la vérité d’une nature qui l’engendre, guidée par une «bioéthique éclairée». Son discours devient plus grave, plus incisif, plus dramatique lorsqu’il pose et repose la question : «Prenons-nous le bon virage quand nous faisons souffrir la terre» par nos techniques malfaisantes ? ; «Prenons nous le bon virage quand nous oublions ou négligeons de prendre soin de l’homme, cet être vulnérable, quand nous mettons en question la force de son humanité par toutes sortes de techniques qui détruisent son identité, qui l’induisent dans l’injustice dès sa naissance, qui nient le principe de gratuité en instituant la marchandisation des éléments humains, qui cherchent à créer des chimères ?» C’est avec la force de l’autorité et l’élégance de la parole que l’archevêque de Rennes a posé ces questions qui nous assaillent jusqu’aux profondeurs de nos âmes ; sans nous faire oublier, en terminant, l’Esprit Créateur qu’un jour l’humanité – l’Épouse – appellera de toute ses forces pour qu’Il s’unisse à elle dans un dernier cri au Seigneur Jésus : «Viens ! » (cf. Ap 22, 17) Et ce sera le vrai bonheur, ce jour où toutes larmes de nos yeux seront effacées.

Les derniers intervenants sont Gaëlle et Bertrand Lionel Marie, qui appartiennent aux Associations Familiales Catholiques (AFC). Ils témoignent qu’ils sont des époux sans enfants et «que ce n’était pas voulu», mais qu’ils sont des époux heureux. Ils affirment qu’on peut être des époux heureux privés d’enfants, sans pour autant renoncer à une fécondité épanouissante dans le don de soi-même à tant de personnes petites et grandes qui ont besoin d’être aimées. Gaëlle, avocate, montre avec force et compétence toutes les contradictions que contient le nouveau projet de loi qui sera bientôt voté, tandis que Bertrand nous montre que cette nouvelle loi est également en contradiction avec notre propre Code civil, et même avec les divers Codes civils des pays de l’Europe et de ceux de l’ONU.

Des applaudissements résonnent dans l’auditorium après ce témoignage si humain et touchant.

Mgr de Moulins-Beaufort conclut la soirée. Il rappelle que la position de l’Église est toujours celle d’un «immense oui à la vie». Que la CEF s’efforce de faire prendre conscience, de former les esprits et d’accueillir ceux qui en auraient besoin, afin de toujours protéger la dignité de l’homme. Devant les journalistes, il explique qu’il est du «devoir» de tous ceux que le projet de loi inquiète d’aller manifester… Même si l’Église n’organise pas la manifestation.

Rédaction SRP

Photo : Corinne Simon / CIRIC


1 – Conférence des évêques de France.

 

Télécharger le texte de cet article

>> Revenir à l’accueil