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Amazonie : un synode qui divise ?

Le synode pour l’Amazonie sera un des temps forts de la vie de l’Église en cette fin d’année. Il se tiendra du 6 au 27 octobre et explorera de «nouveaux chemins pour l’Église et une écologie Intégrale1». La publication de l’Instrumentum laboris a provoqué différentes réactions, tant des prélats que de la presse : certains louent l’écologie intégrale prônée par Laudato si, d’autres critiquent les risques de remise en cause du magistère de l’Église.

La Croix du 6 septembre 2019 reprend la réflexion du père Michæl Czerny2 :

Logo du journal La Croix

«On ne peut pas séparer le social et le culturel, on ne doit pas séparer l’environnemental et le pastoral. Les compartimentations dangereuses – des dimensions intellectuelles et spirituelles, économiques et politiques – ont mis en danger la vie humaine sur la terre, la maison commune de l’humanité. […] Comme l’affirme si clairement le pape François, “Je crois que l’enjeu central est la manière de réconcilier le droit au développement, tant social que culturel, avec la protection des caractéristiques particulières des peuples autochtones et de leurs territoires […] À cet égard, le droit à un consentement préalable éclairé doit toujours prévaloir”. […] L’Église est donc aux côtés des peuples autochtones dans la sauvegarde de leurs territoires.»

Le National Catholic Register, le 5 septembre 2019, rapporte les propos du cardinal Burke à propos du synode sur l’Amazonie :

Logo du NCR

«Notant que l’Instrumentum laboris du synode “est un long document marqué par un langage abscons, spécialement quand il s’agit du Depositum fidei”, le cardinal Burke ajoute qu’il “contredit l’enseignement traditionnel de l’Église sur la relation entre Dieu et la Création, l’Incréé et l’homme, créé à son image et à sa ressemblance pour coopérer avec Lui comme gardien de la Création.” […] À propos du document de travail du synode, le cardinal Burke ajoute : “la vérité que Dieu s’est révélé pleinement et parfaitement à travers le mystère de l’Incarnation du Rédempteur, le Fils de Dieu, est obscurcie, sinon niée.”»

La préparation du synode révèle des fractures dans l’Église entre des courants qui veulent une adaptation de l’Église au monde et ceux qui souhaitent être fidèles à la Tradition.

Boris Johnson : Quo non descendam ?

Après une semaine ardue, Boris Johnson, le Premier ministre britannique, est aujourd’hui dans une situation difficile : il a perdu sa majorité parlementaire, mais il cherche à garder la maîtrise du calendrier du Brexit en refusant un report de celui-ci au-delà du 31 octobre. De plus, The Inner House of the Court of Session d’Édimbourg (Écosse), une Court of Appeal en matière de droit civil, vient de déclarer la décision de «proroger3» le Parlement «Unlawful» (illégale). Boris Johnson a décidé de faire appel à la Cour suprême de Londres, qui doit rendre son jugement mardi prochain. Suite à cette décision, Johnson vient d’admettre qu’il sera forcé de négocier un délai si la Cour suprême l’ordonne4.

Dan Balz, dans le Washington Post du 5 septembre, estime que Boris Johnson a sous-estimé ses adversaires au Parlement :

Logo du Washington Post

«Le Premier ministre britannique a éclipsé le président Trump comme maître du chaos. […] Il a chassé plus de vingt députés conservateurs rebelles du parti, et il a perdu sa majorité parlementaire. Jeudi, son frère a annoncé qu’il se retirait de son poste de député. […] Il a également provoqué une crise constitutionnelle en Grande-Bretagne en déclarant que le Parlement serait fermé une bonne partie du mois prochain. […] Johnson a sous-estimé la capacité de ses opposants au Parlement d’agir rapidement pour reprendre le programme du gouvernement. […] Ses mauvais calculs l’ont laissé les mains vides.»

The Economist, le 6 septembre, analyse le comportement de Boris Johnson, qu’il qualifie de «fanatique» :

Logo de The Economist

«C’était l’étape la plus dramatique d’un long procès : la transformation du parti conservateur au pouvoir en parti populiste radical. La capture des Tories par des fanatiques déterminés à poursuivre un Brexit sans accord a conduit le parti à abandonner les principes avec lesquels il a gouverné la Grande-Bretagne une grande partie du dernier siècle. À la veille des élections, et la capture du parti travailliste par une extrême gauche radicale et la sinistre métamorphose des Tories sont une terrible nouvelle.»

Le Figaro a interrogé le 6 septembre Nicola Sturgeon, le Premier ministre écossais, qui rappelle qu’un départ entraînera la question de l’indépendance de l’Écosse :

Logo du Figaro

«[…] Au bout du compte, si l’Écosse veut rester dans l’Union au cas où il y aurait un Brexit, il faudra qu’elle devienne un pays indépendant. […] Je préfèrerais la perspective d’élections générales, qui permettraient aux Écossais de faire entendre leur voix. Ainsi, ils auraient non seulement l’opportunité de dire leur opposition au Brexit, mais aussi la chance de choisir leur propre avenir… […] je pense qu’il y aura un second référendum, les sondages le suggèrent aussi. Et l’Écosse choisira d’être indépendante. […] En tant que Première ministre écossaise, il est très frustrant d’avoir le sentiment que le destin de l’Écosse est déterminé par des forces hors de contrôle. C’est beaucoup mieux de prendre son destin en main, et c’est ce que permet l’indépendance.»

Le Brexit devient un cauchemar pour l’Angleterre ! On parle de «deal» et de «no deal», mais on oublie aussi les «remainders», ceux qui ne veulent pas quitter l’Europe !

Lutte d’influence et de pouvoir dans l’orthodoxie

Les Églises orthodoxes russes en Europe occidentale (AERO) devraient retourner dans le giron du patriarcat de Moscou. Cette juridiction (archevêché) est en effet une structure qui, pendant toute la période communiste, dépendait du patriarcat de Constantinople. Aujourd’hui, dans la lutte d’influence entre les deux patriarcats, notamment autour de l’Église autonome orthodoxe d’Ukraine, une majorité s’est dégagée en faveur du Patriarcat de Moscou, sans pour autant atteindre la majorité des deux tiers nécessaires.

La RTS explicite un peu plus le contexte politique autour de l’orthodoxie :

«La création de cette structure est une conséquence de la Révolution bolchévique d’octobre 1917, lorsque de nombreux opposants ont cherché refuge à l’étranger. Jugeant le patriarche de Moscou sous influence soviétique, ces émigrés ont négocié le rattachement de leurs communautés religieuses au Patriarcat de Constantinople, de tradition grecque et basé à Istanbul. En 1931, ce dernier a créé une structure autonome ad hoc pour ces communautés de tradition russe. Cette crise est à replacer dans le cadre des tensions très vives nées de la reconnaissance par Constantinople de l’indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne contre la volonté de Moscou. Constantinople et Moscou se livrent depuis lors à une lutte d’influence et de leadership au sein de l’orthodoxie mondiale.»

La Croix, le 9 septembre, pointe les risques d’une ingérence russe dans l’orthodoxie européenne :

«L’option russe semble en effet la seule [solution, ndlr] envisageable. Le 23 février, l’AERO a acté sa rupture avec Constantinople en refusant de dissoudre sa structure juridique. […] Les Églises orthodoxes russes européennes risquent toutefois de se heurter au cléricalisme caractéristique de Moscou ou encore aux liens politiques que le Patriarcat entretient avec le Kremlin. Or, une fois ce rapprochement acté, elles devront respecter les conditions négociées avec le Métropolite de Chersonèse et d’Europe occidentale, Mgr Antoine Sevryuk.»

Le Patriarcat de Moscou dispute l’adhésion de l’Église orthodoxe d’Ukraine à celui de Constantinople, lequel détient depuis longtemps la primauté d’honneur. Sauf que le Patriarcat de Moscou est politiquement soumis au gouvernement de Moscou. Une manœuvre de Poutine ?

L’autre, c’est moi !

Trois responsables de l’association Génération Identitaire ont été condamnés à six mois de prison fermes pour avoir mené des actions anti-migrants à la frontière franco-italienne, au printemps 2018.

Dans Causeur, le 10 septembre, Aurélien Marq, à l’occasion de la condamnation des trois militants, analyse :

Logo de Causeur

«En revanche, les thuriféraires de l’accueil à tout va jouent systématiquement sur la fibre compassionnelle, sur la pure émotion, refusant de voir les migrants pour n’évoquer que le Migrant, figure christique, doloriste, idéalisée pour ne pas dire divinisée. Figure que l’on ne saurait simplement abriter chez soi le temps que la tourmente s’apaise, mais à laquelle on aurait l’obligation de faire don de sa maison. Tous les migrants ne seraient que des incarnations du Migrant, de l’Autre, forcément victime, forcément innocent, forcément rédempteur. Mais un seul contre-exemple, et l’illusion se brise. Le déni est donc leur priorité. Comme si eux-mêmes sentaient confusément que leur position si belle, si idéale, n’est justement tenable que dans un monde idéal de principes désincarnés et ne saurait survivre au constat de ses conséquences concrètes. Comme si ces bonnes âmes cherchaient surtout à s’enivrer du rôle qu’elles jouent sans jamais affronter la complexité du réel. »

Une forme d’idéalisation du migrant qui nuit à une réflexion raisonnée et constructive sur le problème migratoire.

Une femme pour prononcer l’homélie ?

Certains, dans l’Église catholique, militent pour une plus grande égalité homme-femme, notamment quand il s’agit de prêcher. C’est certain : en chaire, une femme peut faire aussi bien qu’un homme…

Dans America Magazine, le 9 septembre, Pia de Solenni argumente en faveur d’un prêche fait par les femmes :

Logo du magazine America

«Pour être claire, l’Église catholique doit autoriser les femmes et les hommes non-ordonnés à prêcher, à la discrétion de l’évêque local. […] Nous vivons dans une culture qui considère et valorise les personnes en fonction de leur statut social, de ce qu’elles font. Et, aux États-Unis aujourd’hui, hommes et femmes peuvent faire exactement la même chose. Fréquemment, les femmes surpassent les hommes avec leurs compétences et leurs réussites scolaires, ce qui rend d’autant plus difficile à comprendre pourquoi une femme qui peut certainement écrire et faire une meilleure homélie qu’un prêtre ne serait pas autorisée à le faire.»

Le prêtre, quand il prononce l’homélie, exerce sa mission d’enseignement au nom du Christ. Ce n’est pas une question d’égalité, ni de sexe, mais cela relève du pouvoir d’ordre sacramentel.

Pierre Hardon

 


1 – Site internet du Synode.

2 – Sous-secrétaire de la Section des migrants et des réfugiés du Dicastère pour le service du développement humain intégral. Il sera créé cardinal lors du consistoire du 5 octobre 2019.

3 – Clore une session parlementaire pendant quelques jours, avant d’en ouvrir une nouvelle. La spécificité de la prorogation de Boris Johnson est qu’il a prorogé le Parlement pendant plus d’un mois, empêchant les parlementaires de s’opposer à un éventuel départ sans accord.

4 – Voir The Times du 9 septembre 2019.

 

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