Le pape et les schismes
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Dans l’avion qui le ramenait à Rome après son voyage en Afrique, le pape François a déclaré aux journalistes : «Je n’ai pas peur des schismes», évoquant le livre de Nicolas Senèze Comment l’Amérique veut changer de pape. Cette déclaration a provoqué une tempête médiatique, chacun y allant de ses pronostics sur l’éventualité d’un tel événement. Avec le recul de l’histoire, Aline Lizotte nous donne son point de vue.

Les entretiens médiatiques des journalistes avec le pape François lorsqu’il retourne à Rome ont perdu leur solennité, si jamais ils en avaient eu une. Le pape François affectionne les «scoops» qui, en quelques heures, font le tour de la planète. Cette semaine, revenant de son périple à Madagascar, au Mozambique et à l’île Maurice, il prit comme occasion la publication du livre de Nicolas Senèze Comment l’Amérique veut changer de pape1. Ce journaliste, chargé des questions religieuses au journal La Croix, a fait allusion aux critiques qui s’élèvent contre lui. Un autre journaliste lui a demandé s’il craignait un schisme dans l’Église américaine. Après avoir évoqué, à sa manière, l’histoire de l’Église, François a déclaré : «Moi, je n’ai pas peur des schismes». «Je prie pour qu’il n’y en ait pas parce qu’il y va de la santé spirituelle de beaucoup de gens. Je prie pour qu’il y ait du dialogue et de la correction quand quelqu’un se trompe. Mais le chemin du schisme n’est pas chrétien».


Ne pas avoir peur du schisme ne signifie pas ne rien faire pour l’éviter.


Les seuls mots «Je n’ai pas peur du schisme» constituent un fameux coup de «com». Tous les journaux ont titré la nouvelle, ce qui a fait complètement oublier tout le reste de l’entretien, qui portait en grande partie sur l’environnement, sur l’exploitation des peuples autochtones, sur les Chagos, sur la nécessité des organismes internationaux et le devoir de leur obéir. Mais ne pas avoir peur du schisme ne signifie pas ne rien faire pour l’éviter, ni cesser de travailler à ce qu’il n’y en ait pas, ni renoncer à le combattre tant que cela est possible. Aucun pape ne peut favoriser un schisme… Le fait qu’il y en eut plusieurs dans l’Église n’est pas une réalité qui rendrait le schisme «innocent», voire tolérable. Le pape François, comme tout autre pape, n’est pas prêt à accepter un «schisme» comme on tolérerait la «petite vérole» parce qu’une grande partie des gens en sont victimes.

Les trois grands schismes dans l’Église

Un schisme est une chose grave, très grave ! Il a fallu à l’Église près de quatre siècles pour se libérer complètement de l’arianisme et de son influence sur les différentes thèses doctrinales touchant les dogmes fondamentaux du christianisme, la Trinité, la Maternité divine de Marie et la Personne divine du Christ, seul sujet de la nature divine et de la nature humaine. La foi de Nicée (325) ne fut pleinement acceptée que par le dernier concile byzantin, Constantinople III, en 681. Mais que de souffrances, que de persécutions de chrétiens, que d’exil d’évêques ont jalonné cette dure période de l’Église ! L’un des derniers d’entre eux, Maxime le Confesseur (580-662), arrêté et emprisonné sous l’ordre de l’empereur Constant II, fut torturé – on lui arracha la langue et on l’amputa de la main droite – pour l’empêcher de prêcher contre le monothélisme (une seule volonté dans le Christ). Il resta fidèle à la doctrine de Chalcédoine (451), qui proclama la dualité des natures – divine et humaine – dans le Christ, donc deux volontés et deux actes de vouloir : la volonté divine et la volonté humaine, le vouloir divin et le vouloir humain.

Si ces problèmes doctrinaux sont réglés vers la fin du VIIe siècle, la division entre les chrétiens fidèles à Nicée et les chrétiens de doctrine arienne influença fortement la nouvelle civilisation qui apparut à l’ouest avec les invasions des Barbares. Sauf les peuples franc, germain et suève qui ont opté pour la foi de Nicée. L’Italie fut envahie par les Ostrogoths, la péninsule Ibérique par les Wisigoths, la côte africaine par les Vandales et, dans tous ces peuples, les chrétiens étaient ariens. Il faudra ainsi quelques siècles pour convertir ces peuples à la plénitude de la foi chrétienne qui, non sans problèmes, sera la marque du Moyen Âge. Les difficultés de l’évangélisation ne sont pas pour autant terminées. Alors que ce qui deviendra l’Europe s’unifie dans la foi, la côte africaine de la Méditerranée et les rives de la mer Egée jusqu’en Asie mineure sont aux prises avec l’expansion de l’Islam, préoccupation constante de l’Empire romain d’Orient jusqu’à sa chute définitive en 1453.

Le premier schisme véritable, c’est-à-dire l’acte de séparation de l’autorité pontificale voulu par une autorité ecclésiale, ce fut le schisme d’Orient. Il fut consommé entre Michel Cérulaire, le patriarche de Constantinople, et le pape Léon IX, en 1054. Cependant, les tensions entre Constantinople et Rome avaient commencé bien avant. Léon Ier (le Grand) dut faire face au patriarche de Constantinople Acacius, qui voulait pour sa ville le titre de «Ville apostolique» immédiatement après Rome. Fermement, le pontife répondit qu’Antioche et Alexandrie étaient, bien avant Constantinople, des villes apostoliques en raison de leur filiation aux apôtres Pierre et Paul pour Antioche, et Marc pour Alexandrie. Constantinople n’était qu’une ville impériale où l’Église chrétienne et son patriarcat étaient bien plus sous la coupe de l’empereur que dans la continuité apostolique.


Déjà, au temps du concile de Chalcédoine, se dessinaient les tensions qui allaient conduire à la rupture de la communion.


Déjà, au temps du concile de Chalcédoine, se dessinaient les tensions qui allaient conduire à la rupture de la communion. L’un des premiers signes en fut le rejet par les chrétiens de Syrie et d’Égypte des canons de ce concile. Bien que Constantinople et Rome maintinssent leur communion, le fossé se creusa entre les deux villes au regard de l’autorité doctrinale suprême. L’Orient pensait que le seul le concile œcuménique avait l’autorité suprême, alors que Rome considérait Pierre et ses successeurs comme l’autorité première. Quelles que soient les intrigues politiques qui accompagnèrent ce schisme de l’Église d’Orient, il n’en reste pas moins qu’il constitua une grande blessure pour l’unité de l’Église. Une blessure qui dure encore, et pour les mêmes raisons !

La deuxième rupture fut le grand schisme d’Occident. Le 13 mai 1377, Grégoire XI retourna à Rome, inaugurant le retour des papes d’Avignon vers le lieu historique du siège apostolique. Suivit le collège cardinalice. Grégoire mourut l’année suivante. Réfugiés au Château Saint-Ange, par peur de la foule qui voulait un pape romain – du moins italien –, les cardinaux élurent Bartolemeo Prignano, archevêque de Bari, qui prit le nom d’Urbain VI. Il fut couronné le jour de Pâques, le 17 avril 1378. Mais ce nouveau pape voulut réformer les mœurs des cardinaux. Il les accusa d’avarice, de manipulations, de mensonge. Excédées, les «Éminences» décidèrent de le déposer et, en mai 1378, elles quittèrent Rome pour Anagni. Le 20 juillet de la même année, elles élurent Robert, cardinal de Genève, qui prit le nom de Clément VII. Avec les cardinaux qui l’avaient élu, le nouveau pape repartit pour Avignon. Il ne resta plus à Urbain VII que trois cardinaux. Mais l’Église devenue bicéphale se trouva déchirée en deux obédiences : l’Angleterre, l’Allemagne et une grande partie de l’Italie restèrent fidèles à Urbain VI ; la France, la Castille, l’Aragon, le Portugal, le royaume de Sicile optèrent pour Clément. Au-delà de ces désorientations politiques qui préparèrent la guerre de Cent Ans, tout gouvernement dans l’Église devint bicéphale : deux évêques, deux abbés, deux curés. Ce schisme mortel dura soixante-dix ans et se termina au concile de Constance. Le 11 novembre 1417, Martin V fut élu, et toute l’Église le considéra comme le pape légitime.

Ce grand schisme d’Occident portait en germe un autre grand schisme : la Réforme. En 1520, Luther fut condamné pour hérésie par la bulle papale Exsurge Domine. Recevant cette bulle, il s’empressa de la jeter dans les flammes aux portes de Wittenberg. C’est alors qu’il écrivit en allemand ses trois courtes œuvres : Lettre à la noblesse chrétienne de la nation allemande, De la captivité babylonienne de l’Église, Le traité de la liberté chrétienne. Le succès fut foudroyant.

Luther brûlant une bulle
Luther brûlant publiquement la bulle condamnant ses propositions (détail).
 

Conseillé par l’électeur de Saxe Frédéric le Sage, Charles Quint décida de faire venir Luther à la diète d’Augsbourg, qu’il convoqua en avril 1521. Luther, qui se rendit à cette convocation impériale, fut applaudi et acclamé dans toutes les villes qu’il traversa. Devant les livres qu’il avait déjà écrits et qui s’étalaient devant lui, livres qu’il reconnut être les siens, il dut répondre à la question de l’empereur : «Est-ce que vous abjurez ?» Luther demanda un jour de réflexion. Il se trouvait au tournant de sa vie : retournerait-il comme simple moine en Allemagne ou poursuivrait-il sa route vers un avenir incertain, guidé par la seule lecture de la Bible ? Sa réponse du lendemain fut remplie de dignité : «Si je révoque ces livres, tout ce que j’obtiendrai sera d’ajouter la force à la tyrannie et d’ouvrir non une fenêtre, mais la porte à cette monstrueuse impiété qui se répandra avec une liberté et une ampleur jamais atteintes».

C’est en pleine raison et en s’appuyant sur sa seule foi qu’il ne put abjurer ses livres. Luther se retira à Wittenberg pour dix mois. Quand il sortit de sa solitude, en mars 1522, il s’employa à mettre en œuvre la nouvelle foi qui était devenue la sienne : la seule foi en Christ est source de justification. Les œuvres de l’Église «catholique» la tiennent prisonnière comme autrefois Babylone. Ni les sacrements, ni l’autorité d’un magistère ne peuvent être des sources de justification. Le schisme était prononcé ; le protestantisme était né. Ce protestantisme scinda l’Europe en deux zones assez bien tranchées : tout ce qui autrefois formait le Saint-Empire romain germanique passa au protestantisme, y compris le royaume d’Angleterre ; le royaume de France et celui des Flandres, les différents royaumes de la péninsule Ibérique, le Portugal et l’Italie demeurèrent dans la communion romaine.

Tels sont les grands actes schismatiques qui ont affligé l’Église depuis sa fondation. Dans la mouvance du refus de la bulle de Clément XI Unigenitus (1713), le pape légitime qui condamnait le jansénisme, certains catholiques des Pays-Bas se réunirent pour survivre contre les persécutions qu’ils subissaient. Les chanoines d’Utrecht formèrent un groupe, qu’ils appelèrent l’Église vieille épiscopale d’Utrecht, et mirent à sa tête Cornelius Steenoven, qui fut consacré évêque par Dominique-Marie Varlet, un ancien évêque coadjuteur de Bossuet. Sous le pontificat de Pie IX, la publication du Syllabus en 1864, suivie au concile de Vatican I de la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale en 1870, firent surgir, principalement dans les pays de culture germanique, des groupes de résistance contre ces «nouveautés» dans l’Église, nouveautés inspirées du protestantisme de la Réforme. Ces résistant reçurent de deux théologiens catholiques, Hyacinthe Loyson et Ignaz von Döllinger, une assistance qui leur permit de s’organiser en groupe constitué. C’est alors que l’Église vieille épiscopale d’Utrecht leur proposa son aide pour la réception sacramentelle, principalement pour la confirmation des enfants. C’est ainsi que naquit le groupe schismatique de ce que l’on appelle les «Vieux catholiques», qui refusent l’autorité pontificale et son infaillibilité, tout en tentant de maintenir une certaine continuité sacramentelle. La validité de la consécration épiscopale, qui peut se maintenir au-delà de toute excommunication s’il y a preuve de la perpétuité de la transmission apostolique, favorise l’existence de cette «Église» d’Utrecht jusqu’à nos jours.

On peut rapprocher de ce schisme de l’Église vieille catholique le schisme opéré par Monseigneur Lefebvre ordonnant quatre évêques contre la permission de Rome en juin 1986. Cependant, la levée de l’excommunication de ces évêques par Benoît XVI en janvier 2009, tout en ne changeant rien au statut de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, dont la «pleine communion» avec l’Église romaine n’est pas encore reconnue, rend canoniquement difficile d’employer à son égard le terme de «schismatique».


Les guerres de religion (1559-1629) ont vidé les pays européens d’une grande partie de leurs élites culturelles, économiques et morales.


Quelles que soient les modalités canoniques ou politiques, tous ces schismes ont entraîné de très grandes souffrances. La longue expansion de l’arianisme a maintenu très longtemps les peuples de l’Europe de l’Est dans l’opposition à l’Église romaine, et elle a fait le lit du schisme d’Orient. Les guerres de religion (1559-1629), même si elles ont, de façon immédiate, des sources politiques, ont fait plus de 25 000 morts, autant chez les catholiques que chez les protestants. Elles ont vidé, plus particulièrement en France, les pays européens d’une grande partie de leurs élites culturelles, économiques et morales. Cela a profité à l’Amérique, plus particulièrement aux États-Unis, favorisant l’émergence d’un pays dont la culture fondamentale repose sur la théologie de la Réforme. Max Weber a très bien analysé ce phénomène social dans une partie de son œuvre sur l’éthique de la Réforme et l’esprit du capitalisme2.

On comprend l’attitude de Jean-Paul II, qui aurait dit à certains évêques français se plaignant de l’attention trop intense que le pape portait à l’histoire de Mgr Lefebvre : « Un schisme, nous savons quand il commence, nous ignorons quand il finit ».

Les menaces actuelles de schisme dans l’Église

Lorsque le pape François nous dit qu’il n’a pas peur du schisme, cela ne signifie pas qu’il s’en moque ou qu’il pense qu’un schisme est un phénomène normal dans l’histoire de l’Église. Cela signifie qu’il ne voit pas dans l’actualité les signes d’un schisme prochain. Et cela est probablement juste ! D’une part, il n’y a pas que l’Église américaine qui serait en état de pré-schisme, il y aurait, c’est assez connu, l’Église allemande, alors que les deux bastions sociologiques de l’Église romaine, l’Amérique latine et les Philippines, sont en état d’effervescence. L’Amérique latine est en passe de se faire avaler par le pentecôtisme et les évangéliques, et les Philippines traversent une dure crise politique avec un gouvernement qui, pour maintenir la liberté politique contre les trafiquants de drogue et les menaces «terroristes», tente d’établir un gouvernement autocéphale et se rapproche de la Chine.

D’autre part, et cela est important, il n’y a dans aucun des pays ciblés, que ce soient les USA ou l’Allemagne, les éléments suffisants pour faire un schisme. Un schisme suppose non seulement un mécontentement à l’égard du style du pape qui gouverne l’Église, mais la faveur grandissante d’une véritable erreur théologique : la subordination du Fils vis-à-vis du Père (arianisme) la négation de la Personne divine comme sujet du nature humaine (nestorianisme), la primauté de l’autorité pontificale sur le gouvernement politique (schisme d’Orient), la contestation de la légitimité du gouvernement du pape et l’affirmation du conciliarisme (grand schisme d’Occident), la foi seule comme source de la justification (Réforme).

Aujourd’hui, toute la contestation et les critiques portent non sur des questions de foi, mais sur des questions de discipline qui regardent le for externe : autorisation de la communion eucharistique pour les divorcés remariés, accentuation de la primauté de la conscience par rapport aux prescriptions morales et disciplinaires de l’Église (primauté du for interne sur le for externe) ; possibilité de l’ordination d’hommes mariés (viri probati). On dira que le gouvernement de François, en changeant comme il le fait les règles de la discipline ecclésiale – ou du moins en voulant les changer – met en péril les vérités de foi, surtout les vérités de la théologie morale : indissolubilité du mariage, diminution des contraintes normatives de la morale, confusion quant à la nécessité de l’objet moral comme lumière pour le discours de la conscience, célibat sacerdotal. Il est possible d’avoir une certaine crainte sur cette orientation du pontificat qui, de manière évidente, cherche à changer ces règles de la discipline ecclésiale.


François sait qu’il bouleverse, mais il considère que c’est normal et que cela ne fait pas de mal à l’Église, au contraire !


Le pape François le dit lui-même et de façon assez claire par l’entretien qu’il a accordé aux journalistes dans l’avion de retour de son voyage en Afrique. Il dit même que la critique sur ce style de gouvernement est permise et même souhaitable. Il ajoute qu’il aime et qu’il écoute… du moins en intention. Mais il ne voit dans ces mouvements aucun élément de schisme. Il sait qu’il bouleverse, mais il considère que c’est normal et que cela ne fait pas de mal à l’Église, au contraire ! François compte sur les pasteurs, les prêtres et les évêques et les laïcs bien formés pour relayer son enseignement et adapter aux peuples chrétiens, en tenant compte de leur culture et de leurs mœurs, les changements qu’il croit devoir opérer dans l’Église universelle. Il ne pense pas que cela la mènera au schisme, c’est-à-dire à une erreur grave de doctrine ! Peut-être pourrait-on simplement dire qu’il n’a pas pris la mesure suffisante d’une impuissance culturelle et psychologique de ces mêmes pasteurs pour relayer ces changements ? Cependant, c’est aussi le fait des grands papes réformateurs dans l’Église comme le furent ses prédécesseurs : Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, les papes de Vatican II.

La deuxième constatation dont il faut avoir conscience est la suivante : il n’y a dans les Églises soupçonnées de schisme aucune autorité théologique ou ecclésiale capable de prendre une ligne directrice suffisamment pour entraîner un schisme. Sur ce point important, le livre de Nicolas Senèze dont parle le pape François, Comment l’Amérique veut changer de Pape – livre dont il nous dit qu’il ne l’a pas lu ! – ne parle pas de schisme. Il n’expose aucun mouvement théologique d’envergure, aucune contestation épiscopale importante, aucun dessein concerté d’organisation de révolte. L’auteur se borne à nous raconter, à la manière d’un journaliste qui se veut informé, les bruits de couloir, les intrigues financières, les vieux cas (dont l’intervention du cardinal Viganò), les entretiens de Saint-Gall. Tout ce que nous savons depuis longtemps, mais rien qui pourrait laisser présager un schisme.

Que les évêques américains n’aient pas été contents de la lettre du cardinal Ouellette leur demandant de surseoir au vote de leur conférence épiscopale en novembre 2019 sur le document qu’ils avaient préparé pour renforcer les mesures de prévention contre les agressions sexuelles sur mineur, c’est fort probable ! Mais où sont les éléments d’un schisme qui demandent une mobilisation des chrétiens conduits par des autorités qui veulent imposer leur doctrine à l’Église entière ? Où sont les évêques en rang de combat ? Les quatre cardinaux dont nous avons entendu parler sont ceux qui ont rédigés les «dubia», lesquels ne contenaient aucun éléments d’erreur doctrinale ni aucune intention de schisme. Le pape les a ignorés, cela n’a pas dû leur plaire ! Dire cela ne signifie pas qu’il faut se fermer les yeux et se forcer à penser que l’Église est en état de paix, de certitude, de béatitude ! La réponse à la menace de révolte schismatique n’est pas le quiétisme ! Il faut cependant examiner sérieusement sa propre conscience et sa propre psychologie. Pourquoi peut-on être si troublé ? Peut-être parce que nous avons été habitués à nous laisser «coucouner» par l’Église, qui pensait pour tous, décidait pour tous, déterminait pour tous les jugements de conscience qui nous appartenaient et prenait en charge nos responsabilités !

Au fond, le pontificat du pape François pourrait être la naissance d’un état d’adulte qui passe des dicta papae à la capacité d’un vrai jugement de conscience et d’une vraie prudence surnaturelle. Ce qui nous force à nous poser des questions auxquelles la réponse est difficile : comment dois-je témoigner de la vérité du Christ dans un monde qui ne veut pas en entendre parler ? Si nous pouvons répondre, nous non plus nous n’aurons pas peur du schisme !

Aline Lizotte

Photo : Alessandra Tarantino / AP / SIPA


1 – Nicolas Senèze, Comment l’Amérique veut changer de pape, Bayard, 2019, 275 p.

2 – Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1904. 1905.

 

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