La rentrée de Macron
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C’est la rentrée pour tous, y compris pour le Président Emmanuel Macron, après un été sans événement notable. Suffira-t-il d’un changement de style présidentiel et de quelques mesures cosmétiques pour faire oublier aux Français que bien des dossiers importants sont à traiter ? Leur colère sourde pourrait de nouveau s’enflammer… Jean-François Chemain fait un état des lieux de cette rentrée à haut risque.

Curieuse rentrée politique… Il ne se passe rien, on nous distrait au sens propre, en attirant notre attention sur ce qui n’a pas d’importance, comme si l’on voulait nous empêcher de penser à ce qui en a vraiment.

Changement de style présidentiel

Le G7 s’est bien passé. Pas de violences notables, les Black-blocs ont été canalisés. Le Président Macron s’est affirmé sur la scène internationale par son initiative d’inviter les Iraniens, ainsi que par des prises de position très fermes sur la question environnementale, notamment à l’égard du Brésil. Et puis, n’a-t-il pas sacrément bien répondu à Jair Bolsonaro quand celui-ci s’est moqué de Brigitte ?…

Sur la scène nationale, la rentrée est là aussi, marquée par les mûres réflexions d’un homme d’État désormais expérimenté. Sur la forme, tout d’abord. Changement de style annoncé pour le Président qui «n’a pas l’intention de réenfiler son costume d’hyperprésident», nous rassure Le Monde. Il aurait «promis de se faire plus discret», de «ne plus intervenir sur tous les sujets et à tout bout de champ», de «revenir à une posture plus gaullienne, en somme, au-dessus de la mêlée et à distance des polémiques». C’est important, en effet.

Emmanuel Macron qui a, paraît-il, passé ses vacances à relire les conclusions du «grand débat», affirme en outre que la seconde partie de son mandat associera mieux les Français à son action. Dont acte. Comment ? On lui fait confiance, et peu importe si ce fameux débat a plutôt été «une longue série de monologues avec des interlocuteurs triés sur le volet et dans des lieux protégés par de larges périmètres de sécurité», explique Atlantico. Un débat dont les conclusions étaient rédigées à l’avance, comme me l’a affirmé un membre du cabinet d’Édouard Philippe.

Sur le fond ensuite, Le Monde lui-même, pourtant peu suspect de «macronophobie», parle de «rayon bricolage».

Un quinquennat repeint en vert…

L’heure est encore et toujours au sociétal, qui ne mange pas de pain et fait plaisir à l’électorat LREM. La question des violences faites aux femmes est au cœur des préoccupations, la presse ne reculant devant aucun grand mot : «plan Marshall», «Grenelle». Mais au fait, d’où vient cette nouvelle propension, bien étrangère à la célèbre courtoisie française, de battre sa femme ? Je pose peut-être une mauvaise question… La PMA pour toutes arrive pour sa part à grandes enjambées, avant, sans doute, l’euthanasie, vu la sinistre issue de l’affaire Lambert. La Manif pour tous se mobilise, mais a-t-elle jamais, même avec 1,8 millions de manifestants, fait plier un gouvernement ?

Le Président a aussi, après les élections européennes, décidé de «repeindre tout son quinquennat en vert», pour tenir compte du score des écologistes aux élections européennes (13 %). L’écologie sera intégrée dans l’article 1 de la Constitution, mais attention, «l’écologie souriante» précise-t-on. Pas question de stresser les Français avec l’apocalypse climatique ! Gérald Darmanin préparerait pour sa part un «green budgeting» (en anglais, cela fait toujours plus sérieux), un budget qui prendrait en compte ses conséquences environnementales. Jean-Michel Blanquer annonce la création, dès la rentrée, d’un éco-délégué de classe. Du lourd !…

Ce vagabondage hors-sol, le Président peut se le permettre faute d’opposition politique crédible. Les Républicains sont en miettes, comme les socialistes. Jean-Luc Mélenchon a disparu des radars, et son parti, La France insoumise, en chute libre, se déchire sur les questions migratoire et musulmane. Le RN se cogne toujours à son «plafond de verre», constituant pour Emmanuel Macron l’adversaire idéal. La menace, on nous le rappelle en boucle, c’est le «populisme»…

La colère des Français n’est pas éteinte

Le populisme, c’est-à-dire la colère du peuple. Et en cette rentrée, les signes annonciateurs de la colère des Français se multiplient, tant des fractures profondes traversent la société française. Le pays réel va-t-il, enfin, ébranler le pays légal ?

vEn effet, les sujets ne manquent pas.

L’avenir des retraites inquiète – à tort ou à raison – nos concitoyens, plus que le droit pour les lesbiennes de procréer. Plusieurs journées de mobilisation sont prévues en septembre. Les pompiers, les urgentistes, sont eux aussi fortement remontés face aux difficultés croissantes de l’exercice de leurs missions, qui s’exercent de plus en plus dans un climat de violence. Une manifestation est prévue le 7 septembre. On peut y ajouter les enseignants, mécontents de la réforme du Bac (mais de quoi mes collègues ne sont-ils pas, année après année, mécontents ?…)

Au-delà des colères et des inquiétudes catégorielles, des menaces plus lourdes affleurent sous la surface encore lisse de la rentrée.

Les gilets jaunes n’ont pas désarmé, et le feu couve encore sous la cendre, souligne Édouard Husson sur Atlantico. Ils portent les inquiétudes de tous les laissés-pour-compte de la mondialisation, ouvriers victimes de la désindustrialisation, paysans soumis à la concurrence de la Terre entière, entre CETA et traité Mercosur, habitants des petites villes de cette France périphérique qui se vide de ses services publics… Contre eux, le Président Macron a mis en œuvre, dans l’indifférence générale, une implacable répression, les estropiés et éborgnés se comptant par dizaines. La seule constante dans le parcours politique d’Emmanuel Macron, c’est de tenir la «France périphérique» à distance, rappelle l’ancien directeur de l’ESCP-Europe. Elle pourrait bien, cette France-là, se rappeler bientôt au souvenir présidentiel.

De nombreux voyants rouges

Au même moment, les «banlieues», où prospère le communautarisme ethnique et religieux sur fond de trafics impunis, sont toujours à deux doigts de s’embraser (on en a eu un aperçu cet été avec la Coupe d’Afrique des nations de football). Seules les consignes de laxisme données aux forces de l’ordre, favorisant la multiplication de zones de «non-droit», les maintiennent dans une paix précaire. Mais une étincelle peut faire repartir le brasier, comme on en a eu l’exemple en 2005. D’autant que les médias attisent les haines en «euphémisant» les violences des uns, tout en «hyperbolisant» les réactions qu’elles suscitent, comme en témoignent les nombreuses unes sur la menace de l’extrême-droite. À l’unisson d’une justice qui, connue pour son laxisme, a régulièrement la main bien lourde contre les «identitaires» et leurs semblables, comme on l’a vu très récemment avec l’affaire Defend Europe.

Comment s’étonner, dès lors, que les sites politiques les plus visités – et de très loin – soient, comme s’en inquiète Médiapart, les sites d’ultra-droite ? Et ce ne sont pas les lois liberticides contre les fake news – qui ne disent souvent que ce que chacun peut observer autour de lui – et les propos «haineux» qui y changeront quelque chose. On peut bien casser tous les thermomètres, cela ne fera pas tomber la fièvre. Comment s’étonner, aussi, que la police, comme nous l’apprend encore le média d’Edwy Plenel, soit aujourd’hui majoritairement acquise à l’extrême-droite ? On en est, il est vrai, à une quarantaine de suicides depuis le début de l’année dans cette institution malmenée tant sur le terrain que dans les médias. Va-t-elle continuer d’être fidèle ?

Tous ces éléments pourraient bien constituer les ingrédients d’une rentrée plus corsée que celle à laquelle notre jeune Président semble se préparer…

Jean-François Chemain

Photo : Thibault Camus / AP / SIPA

 

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