La terre à sauver
Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Le salut est à la mode. Non pas cette pratique de courtoisie habituelle qui permet de lisser les rapports humains, mais celui qui, dans un climat d’angoisse et d’émotion, mobilise les bonnes volontés pour toutes sortes de causes jugées désespérées.

Il faut sauver les hannetons, les abeilles et les tortues, les marsupiaux et les dauphins, les cactus et les orchidées géantes, les Inuits et les Masaïs, les atolls calédoniens et les parcs parisiens, les mangroves et la forêt amazonienne… Indistinctement, sans ordre ni priorité, et de toute urgence. Enfin, ne manquons pas d’ambition, il faut sauver la Planète tout entière, dont la survie est de toute évidence menacée par l’Homme, désigné coupable.

Ce salut a ses prophètes, ses apôtres, ses médiateurs, ses fidèles : des lanceurs d’alerte aux ONG, des simples citoyens aux militants patentés. Et ses théologiens, baptisés «experts», sur la parole desquels repose la confiance du bon peuple. La gloire des sauveteurs autoproclamés peut ainsi s’étendre largement, des causes les plus infimes aux plus générales, moyennant pour le fidèle une contribution sonnante et trébuchante à l’une des nombreuses organisations médiatrices de salut. Sans obligation de résultat.

Les moyens ne manquent pas : manger moins de viande, se déplacer à vélo, recycler ses déchets, économiser l’eau, consommer local, installer des capteurs solaires, arrêter de faire des enfants, etc. Le choix est large : des «5 manières d’aider à sauver la Planète», aux «50 gestes pour sauver la Planète». Voire plus pour les courageux. On peut même «sacrifier sa fortune» (si l’on en a les moyens).

Ultimement, ce salut demande un sacrifice. Celui du coupable, bien sûr. La survie des espèces doit se faire au prix de la disparition d’une seule, l’espèce humaine1. Alors, la Planète revivra, les espèces menacées ressusciteront, et le bonheur éclatera. La bonne nouvelle aura triomphé !

Nous pourrions nous en réjouir, mais… nous ne serons pas concernés. Si le salut de la Planète nous aura coûté très cher, notre parfait désintéressement amplifiera nos mérites.

Mais qui s’en souvient : quand on se contentait de vouloir sauver l’Homme en lui proposant le véritable Salut, il semble que tout le reste pouvait s’ensuivre : l’Homme n’a-t-il pas été voulu par Dieu comme le roi de la Création ? Un roi à sauver pour que toute la Création le soit.

Élisabeth Voinier

 


 

Télécharger le texte de cet article

>> Revenir à l’accueil

>> Revenir à l’accueil