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Benoît XVI : «la gravité de la situation !»

En février 2019, le pape émérite Benoît XVI a rédigé un essai afin d’apporter sa contribution au sommet sur les agressions sexuelles qui s’est déroulé à Rome du 21 au 24 février 2019. Ce texte est paru dans un mensuel du clergé bavarois (le Klerusblatt) en avril 2019 et a fait le tour du globe. La Smart Reading Press a contribué à l’explication des propos du pape émérite par deux articles : l’un d’Aline Lizotte et l’autre de l’abbé Bernard du Puy-Montbrun. Le 28 août 2019, Benoît XVI est revenu sur son essai en évoquant son inquiétude concernant l’Église.

Le 27 août, le National Catholic Register rapporte certains propos du pape émérite dans sa note pour le journal Erder Korrespondenz :

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«Les réactions à l’essai ont été particulièrement fortes en Allemagne, où des initiés disent que l’ancien pape, de nationalité bavaroise, a longtemps fait l’objet de critiques soutenues dans certains milieux. Le pape Benoît a cité l’exemple d’une réponse critique à son essai d’un professeur d’histoire allemand [le professeur Aschmann, ndlr], soulignant que, si la réponse du professeur faisait quatre pages, “le mot ‘Dieu’ n’apparaissait pas [une fois]”, même si l’apostasie était le point central de l’argument du professeur. […] “Autant que je sache, dans la plupart des réactions à ma contribution, Dieu n’apparaît pas du tout”, a écrit l’ancien pape. “Par conséquent, la question centrale que je voulais soulever n’est pas discutée”. Les critiques de ce genre ont seulement servi à démontrer “la gravité de la situation”, a poursuivi le pape Benoît XVI, “dans laquelle le mot ‘Dieu’ est marginalisé, même en théologie”.»

Le pape émérite est toujours théologien et évêque : à ces titres, il a le droit de parler quand il le veut.

Les incendies en Amazonie et le «catastrophisme» ambiant…

Depuis quelques semaines, de nombreux foyers d’incendie ravagent les cultures, les champs et une partie de la forêt amazonienne, et cette situation a ému toute la planète. Cependant, une forme de «catastrophisme quasi religieux», rappelant les plus grandes heures du passage à l’an 1 000, amplifient une situation difficile qui n’a pas besoin de cette hystérisation politique et diplomatique.

Interrogé par Inès San Martin de Crux, Roberto Malvezzi, membre du Réseau ecclésial panamazonien (REPAM), qui a participé à l’organisation du prochain synode (il se déroulera du 6 au 27 octobre 2019), déclare le 26 août 2019 :

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«Un véritable phénomène apocalyptique, dantesque et redoutable est apparu. […] La première étape consiste toujours à prendre conscience, peut-être devenir des “frères en solidarité”, à diffuser la cause de l’Amazonie dans les diocèses, paroisses et communauté ; à organiser des débats et protester contre les politiques du gouvernement brésilien, ainsi que contre les agents économiques de l’agrobusiness et des compagnies minières. En fait, il existe de nombreuses actions à développer ici, comme faire pression sur les entreprises avec des quartiers généraux en Europe, aux États-Unis, ou dans d’autres parties du monde qui font également partie du processus de destruction de la forêt amazonienne. […] Soit l’humanité sort d’une pensée binaire pour adopter une pensée complexe dans laquelle tout est interconnecté, dans une écologie intégrale, soit nous détruirons les fondations de la vie.»

Le journal La Croix, le 25 août 2019, cible l’action du président brésilien :

Logo du journal La Croix

«Climatosceptique notoire, nationaliste virulent, adepte d’un agrobusiness sourd aux enjeux écologiques, Jair Bolsonaro incarne jusqu’à la caricature un “chacun pour soi” professé par d’autres dirigeants internationaux, à commencer par Donald Trump. Or l’Amazonie, “poumon vert” de la planète et havre de biodiversité, est devenue un symbole inverse  : celui d’un monde d’interdépendance, où des biens communs doivent être protégés dans une démarche collective et globale. […] Au G7, Emmanuel Macron a saisi l’occasion opportunément. Les incendies au Brésil sont un cas d’école qui peut faire prendre conscience à Donald Trump des risques pesant sur le climat et de l’importance de la coopération entre États.»

Le problème des feux en Amazonie est-il d’abord un problème politique, comme le présente La Croix, ou le problème d’une mauvaise gestion de la forêt ?

Valeurs Actuelles, le 26 août 2019, est plus sceptique quant aux conséquences des feux qui ravagent l’Amazonie :

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«Les cris d’orfraie des apprentis-Cassandre ne le cachent qu’à moitié : ces lamentations semblent plus destinées à dénoncer le productivisme du très droitier Jair Bolsonaro, président du Brésil depuis le 1er janvier 2019, qu’à réellement défendre l’Amazonie. Car les incendies, étroitement liés à la déforestation, n’ont pas attendu le sulfureux président pour ravager la plus vaste forêt du monde ; si l’on compte beaucoup plus de départs de feu au Brésil cette année que l’année dernière (72 843 depuis janvier 2019 contre 39 759 en 2018), ceux-ci restent néanmoins dans la moyenne de ces quinze dernières années, note une étude de la NASA du 16 août 2019, 2018 ayant été une année de baisse globale du nombre de feux de forêts en Amazonie. […] Le traitement qui est fait de l’information donne la part belle à un catastrophisme quasi religieux qui, dans la droite ligne de l’engouement pro-Greta Thunberg, délaisse la réalité factuelle pour un pathos assez peu rationnel. Jeudi 22 août, Jair Bolsonaro dénonçait le “néo-colonialisme” latent du président français, qui avait annoncé vouloir aborder le sujet au G7 de Biarritz ; #PrayForAmazonia, un casus belli idéal pour Emmanuel Macron, dont la récente tendance aux appels du pied à la jeunesse – supposée très férue d’écologisme béat – aura coûté à la France sa proximité diplomatique avec Brasilia.»

Toujours cette manie de résoudre un problème d’économie locale en le réduisant à nos divergences politiques occidentales…

Pour Le Figaro, le 22 août 2019, Paulo Moutinho explique l’influence de la déforestation sur les incendies :

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«Pour Paulo Moutinho, chercheur à l’Institut de recherche environnementale sur l’Amazonie (IPAM), la hausse dramatique du nombre d’incendies en Amazonie ces dernières semaines est avant tout causée par la progression de la déforestation. “La déforestation explique la majorité des incendies, explique-t-il à l’AFP. Historiquement, ils sont liés à l’avancée de la déforestation, conjuguée à des périodes de saison sèche intense. Mais en 2019, nous n’avons pas une sécheresse aussi sévère que lors des années précédentes, or il y a une hausse substantielle des incendies. Tout indique donc que la saison sèche n’est pas du tout le facteur prédominant. S’il y avait eu plus de sécheresse, cela aurait été bien pire“. “Les incendies ont toujours eu une origine humaine, le feu est utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n’étaient pas destinées à être brûlées. Très souvent, la pluie les éteint ou ils finissent par rencontrer des barrières de végétation plus denses et plus humides et s’éteignent d’eux-mêmes”, poursuit le chercheur.»

Les feux en Amazonie sont un phénomène régulier et cyclique, favorisé par la culture sur brûlis1 comme l’explique Paulo Moutinho.

Cardinal George Pell : un futur procès canonique très délicat !

Comme nous l’avons rapporté dans ces colonnes (cf. l’article «Rejet de l’appel du cardinal George Pell : parole contre parole !»), l’appel de l’ancien cardinal-préfet du Secrétariat à l’économie du Vatican a été rejeté. Il purge aujourd’hui une peine de six années de prison pour agression sexuelle sur deux mineurs dans la cathédrale de Melbourne en 1996. Il dispose encore d’un recours devant la Haute Cour australienne pour contester le rejet de son appel.

C’est ce qu’explique Ed Condon, dans un article publié dans le National Catholic Register du 23 août 2019 :

«Compte tenu des questions soulevées à propos du traitement de l’affaire par les cours australiennes, le déroulement de ce procès revêtira une importance capitale, non seulement pour le cardinal Pell, mais aussi pour la crédibilité de l’Église et sa prétention à gérer un système juridique indépendant [des justices civiles, ndlr] datant de l’Empire romain. […] Si un tribunal ecclésiastique acquitte le cardinal Pell des charges dont il est accusé, cette décision sera perçue par de nombreuses personnes comme une mise en accusation du système juridique australien et une reconnaissance tacite des critiques qui affirment que le cardinal Pell est emprisonné à cause d’un climat anticatholique. […] D’un autre côté, si le cardinal Pell est canoniquement reconnu coupable, certains dans l’Église, pensant que le procès du cardinal est particulièrement injuste, pourraient conclure que l’Église n’a dorénavant plus un système juridique indépendant et que les évêques et les prêtres du monde ne devraient plus se tourner vers Rome pour avoir un procès juste et équitable.»

Il ne peut y avoir de procès canonique sans une enquête canonique. Pour le moment, il n’y en a pas en cours, et l’on peut penser qu’elle serait difficile à réaliser.

Les exorcistes rappellent l’existence du diable

Le supérieur général des Jésuites, le père Arturo Sosa, interrogé par le quotidien espagnol El Mundo, a déclaré, à propos de l’existence du diable :

«Les Écritures et la tradition de l’Église ont constamment enseigné l’existence réelle du diable, “ange déchu”, être spirituel (non corporel), personnel, immortel, doté d’intelligence et de volonté. Mais il est vrai qu’après des siècles de craintes entretenues par un imaginaire d’épouvante, la modernité et les progrès de la science ont largement contribué à démythifier le diable, au point que certains catholiques aujourd’hui ont du mal à y voir davantage qu’une expression ou un symbole. L’Église elle-même a d’ailleurs un peu délaissé la figure de Satan à l’époque contemporaine.»

De fait, “Aujourd’hui, même chez les catholiques, on parle peu ou mal de Satan, car on le situe immédiatement dans les domaines de la superstition ou de la magie”, déclarait en 2016 à La Croix le père Jean-Pascal Duloisy, exorciste. Mais le pape François, depuis le début de son pontificat, a largement réactualisé la figure de Satan, qu’il mentionne très régulièrement dans ses écrits et ses discours.

Réduire Satan à un simple symbole, c’est séduisant, mais cela ne fait qu’augmenter la responsabilité de l’homme dans l’univers. N’y-a-t-il dans tout l’univers qu’un mal cosmique ? L’homme à lui seul doit-il porter tout le mal éthique de l’univers et de l’histoire ? Les écrits de la Genèse ne sont-ils que des para-symboliques d’histoire dépassées ? Si Dieu n’a pu créer que des hommes comme image de son être et qu’entre l’homme et lui il n’y a aucun intermédiaire, Dieu n’est qu’un surhomme et l’homme qu’un petit Dieu ! Et s’il a créé des personnes angéliques, il les a aussi créées libres et responsables ! Il serait donc impossible que des personnes spirituelles, libres et responsables, se révoltent contre Dieu ? Cela ne serait que le «privilège» de l’homme ?

Le coup de Boris Johnson !

Le premier Ministre britannique Boris Johnson a demandé à la Reine la prorogation de la session du Parlement anglais, mettant fin aux réunions jusqu’à l’ouverture d’une nouvelle session. Le parlement anglais est prorogé de la semaine du 9-12 septembre au 14 octobre. Le 31 octobre est la date limite de négociation du Brexit…

Le Figaro, le 29 août 2019, y voit un «coup de maître» de la part du premier ministre :

«De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer une décision dont les motivations sont jugées peu démocratiques. […] Les partis d’opposition et plusieurs membres du parti conservateur hostiles à Boris Johnson condamnent dans des termes identiques ce qu’il convient de qualifier de manœuvre constitutionnelle. […] Cette prorogation défie les usages constitutionnels à deux égards. En premier lieu, sa durée est particulièrement longue (plus d’un mois). Traditionnellement, le Parlement est prorogé à la veille d’une élection générale ou au terme d’une session parlementaire avant que la nouvelle débute, entre une et deux semaines en général. […] En second lieu, la prorogation n’a jamais été utilisée par l’Exécutif pour soumettre le Parlement. Il s’agit d’une décision assez formelle qui est un non-événement de la vie quotidienne des institutions. En usant de la prorogation pour parvenir à des fins politiques, Boris Johnson serait coupable d’une espèce de détournement de procédure qui renvoie à une problématique classique de l’histoire constitutionnelle britannique: l’atteinte des droits du Parlement par l’Exécutif.»

Le Monde y voit un «outrage» aux règles constitutionnelles anglaises :

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«La procédure dont se prévaut Boris Johnson a néanmoins toutes les apparences de la légalité : la reine Elizabeth a d’ailleurs acquiescé sans tarder à sa requête de suspendre les travaux du Parlement pendant cinq semaines, entre le 9 septembre et la mi-octobre. […] Ce n’est pas seulement la fierté de Westminster et la réputation du Royaume-Uni comme bastion de la démocratie représentative qui sont en jeu dans ce nouveau coup d’éclat de Boris Johnson. Car que vise celui-ci, au fond, dans cette démarche ? Il cherche à exacerber la polarisation au sein de l’opinion britannique, que la question du Brexit a douloureusement divisée depuis trois ans, et à jouer le peuple contre le Parlement. C’est le propre du populisme.»

De plus, de toute manière, il n’y a pas d’unanimité en Angleterre concernant le Brexit, que ce soit pour ou contre.

Pierre Hardon

 


1 – Culture sur une zone forestière que l’on brûle pour fertiliser le sol.

 

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